CHAPITRE X
Tout passe ici-bas. Réflexions, ete.
I. Ce qui passe doit être estimé comme rien : Qwod œternum non est, nihil est. Cent années sont done peu de chose , puisqu’elles s’écoulent à tout instant et qu’elles passent; elles sont moins qu’un moment en comparaison de l'avenir,
Imaginez-vous, d’un côté, une vie austère eb pénitente, une maladie longue , une disgrâce accablante; tout cela sera, dans quelque temps , aussi véritablement passé que s’il n'avait jamais été ; ce qui emreste, c’est l'espérance d’une récompense immortelle. Voilà ce qui console un chrétien dans les tribulations de cettewie.
Imaginez-vous , d’un autre côté, de grandesrichesses avec tous les plaisirs de cette vie ; un jour viendra gw’il scra vrai de dire que tout cela n’est plus. Tout ce qui en restera , sera le chagrin de tout quitter en un moment , avec la crainte d’un châtiment éternel; et voilà ce qui afflige et accable un mondain.
Que reste-t-il de la puissance d'Alexandre , des richesses de Crésus , de la beauté derCléopatre?von les admirait pendant leur vie, on en parle après leur mort, tandis qu’ils sont malheureux. On les Sp où ils nesont plus , dit saint Augustin, et on les tour-
ÿ - ; DE LA RELIGIONS 93 mente ous sont : Lowdantir uhi non sunt, cruciantur ubi sunt. Le temps du salut est écoulé pour eux : ilne l’est point encore pour vous, mais il le sera bientôt.
y “à que vous n’étiez pas; avant que cent ans soient finis, vous ne serez plus : le temps du salut seræpassel, votre corps réduit en poussière , et votre ame jugée. Est-il possible que cette réflexion ne puisse dessillés vos Yeux, et détacher votre cœur des biens et dés'plaîsirs de la vie, que vous quitterez dans peu de jours ysquelque effort que vous fassiez pour les retenir ?
Un érAnd'roi disait à sa mort : Tout est passé pour moi AR! qu'il me serait bien plus avantageux A sq étéun pauvre villageois craignant Dieu, que oirété Un puissant monarque ! Que nous somimés" averglés de nous laisser tromper par des .choses qui n’ont que l'apparence ! Rien ne mérite ici-bas nos empressemens , parce que rien n’y est durable. Tout ce que letemps peut nous ravir , dit saint Eucher, est peu” de chose et n’est pas digne de nous : Nihil est magnumre, quod parvum lempore. Comblez un homme de tout ce que son cœur peut désirer ; il n’est plas heureux , dès qu’il saït que bientôt tout sera passe pour Jui.
Cette pensée, tout passe, est comme un fiel qui devrait mous ôter le goût des choses d’ici-bas. Combien durer@ cette fortune, ce plaisir, cet honnewr, cette beauté P'Oh ! que cette réflexion a sanclifié de
ersonness en leur découvrant , même à la fleur de Le: âge, la vanité de tout ce que le monde à de plus pompeux e! de plus florissant ! Âe me parlez point, disaïtun pieux cardinal en mourant , 72 ne parlez pointtides toutes les grandeurs humaines, Je m'estimerais bien lus heureux d'avoir été le dermicidans un cloître, que de me voir revélu de la pourpre.
Les plus. grandes aflictions commencent souvent dans les plus-grands biens et par les plus grands plaisirs: et ces afflictions sont d'autant plus sensibles, que ces biens et ces plaisirs finissent lorsque nous y
> pensons Je moins. Ne vaut-il pas mieux s’en détacher
24 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS | à présent avec mérite , que de les perdre'un jour avec : douleur et sans fruit. !
IT. Les plaisirs de la vie fussent-ils solides , ce serait ! toujours une folie de s’y attacher. Ils répandent des | ténébres dans notre esprit et nous font oublier l’autre | vie, pour laquelle seule nous devons travailler. En ! effet, puisque la félicité et les joies du ciel ne passeront | jamais , pourquoi ne vous attachez-vous pas à ce qui. peut vous les procurer ? Un homme qui doit voyager pendant une année sur Ja mer , ne serait-il pas insensé si, pour y vivre, il faisait provision d’alimens qui se corrompraient dans un jour P Et vous qui voyagez pour l'éternité, n’êtes-vous pu encore plus aveugle, si, au lieu d’acquérir un fonds de mérites pour y vivre heureux, vous ne pensez qu’à vous procurer des . plaisirs et des biens caducs qui , dans deux jours, vous seront inutiles P
Cette attache aux biens de la terreest, au sentiment même des païens , la marque d’un petit esprit et d’une ame bornée dans ses sentimens : Anguslus est animus, quem terrena delectant. Senec. Tout ce que VOUS | ré espérer ou posséder ici-bas doit périr dans peu de temps; et, tout étant péri pour vous , que deviendrez-vous ? Aimez donc et cherchez ce qu'on peut posséder sans craindre de le perdre, qui est le ciel et Dieu seul. Dans tout le reste on n’éprouve qu’inconstance et disgrâces : souvent le soir accable detristesse ceux que le matin avait comblés de joies. c’est-àdire, qu’une vie qu’on a commencée et passée dans À plaisir et l’abondance , finit par le regret.
RÉSOLUTIONS
1. Je travaillerai donc à me détacher du monde, deses plaisirs | de ses honneurs et de ses biens périssables. em
2. Et je porterai toutes mes affections dans Tétiel, où sont les biens véritables el permanens.
Mon Dieu, aidez-moi à sortir en esprit de cette terre pleine d'illusions et d'erreurs , où tout passe , et à élever mes pensées et mon cœur dans le séjour de la gloire et des délices éternelles,
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