CHAPITRE CXVIL Aveuglement des incrédules
I. Cœux qui combattent la Religion devraient du moins sinstruire, et examiner de quoi il s'agit#car enfin il ne s’agit pas ici de superstitions arbitraires; il
DE LA RELIGION. 319 s’agit de ce que nous avons à craindre où à perdre paie l'éternité. L’autre vie, qui est un point capital de a Religion, est une chose si sérieuse, qu'il faut avoir per. sens pour ne pas s’en soucier. , Hn est point question , pour s’instruire sur ce point, e comprendre ce que c’est que l’autre vie, ni de comprendre tous les mystères de la Religion, puisque nous croyons et que nous voyons tous les jours une infinité de cho que nous ne comprenons pas; mais il est questio de comprendre si l’on doit croire, et à quoi on S’expose en ne croyant pas. Pour cela, il n’y a qu'à consulter sa raison et son cœur.
Le sens commun nous fait comprendre que les biens et les maux d’ici-bas finissent , et que la mort, dans peu de jours, nous mettra ou dans le néant, ou dans une autre vie ; or, qui dit l’autre vie, dit le ciel ou l’enfer. Le ciel n'est pas certainement pour ceux qui s’en moquent ; ils n’ont donc à attendre que l’enfer ou le néant.
Ils ont beau faire les résolus, il faut nécessairement qu'ils en viennent là, et que dans, leur système ils avouent qu'ils seront éternellement malheureux, ou ‘éternellement anéantis. Lequel des deux ? Ils n’en savent rien. Ils devraient donc chercher à s’instruire, pour ne pas s’exposer à être éternellement misérables.
II. Pour faire sentir combien grande est leur folie, il n’y a qu’à exposer ce qui se passe en eux - mêmes. Voici comment ils raisonnent : Je ne sais ce que je suis, ni quelle sera ma destinée. Tout ce que je suis, c'est que je Mmourrai, et qu'en sortant de ce monde je tomberai, ou dans le néant comme les bétes , ouentre les mains d’un Dieu, pour étre jugé ; mais je ne sais lequel des deux. Tout l'univers me dit que celui qui vit mal tombera entre les mains de Dieu, pour étre puni ; mais je m'embarrasse peu de ce que les autres croient, je prends un autre partis jeneme soucie pas de tout ce qui peut arriver; je veux vivre à ma liberté. Je vois bien que, vivant de la sorte, s’il y a un enfer, je fais tout ce qu'il faut pour y tomber ; maïs peu importe, je veux, à tout hasard, attendre à la mort pour voir de auoi il s'agira.
Il faut, en vérité, qu’un homme soit bien ennemi de lui-même, pour penser de la sorte sur sa destinée, Un pareil raisonnement n’est guère capable de faire im= pression que sur l’esprit d’un homme insensé : Car, je demande, pourquoi lincrédule prend-il plaisir à s’aveugler sur ce point, qui est le plus intéressant pour Jui ? D'où vient qu’il ne raisonne pas sur les autres choses comme il raisonne ici? Il prend ses mesures pour ne pas tomber dans la disette ; il passe 1e nuits dans le chagrin, lorsqu'il perd un emploi ou que sa fortune tombe; et ce même homme, qui sait que dans quelques jours il va ou être détruit par la mort, où tomber dans un malheur éternel, demeure sans inquiétude !
Etre ainsi sensible sur de légères pertes, et des pertes de courte durée, et s’endurcir sur soi-même ct sur son éternité, ce n’est pas un aveuglement, mais une fureur, qui fait voir que le doigt de Dieu est ici, et qu'il abandonne ces esprits orgueilleux à leur sens réprouvé.
Il faut qu’ils aient profondément péché, que les passions aient étrangement perverti leur raison , pour ne pas voir à quoi ils s’exposent, en refusant de croire ce qu'ont cru toutes les nations du monde. Ils ont beau se cacher sous le masque d’honnètes gens , il est aisé dé juger ce qu’on doit en penser. Que deviendrait la société des humains, si tous les hommes pensaient de la sorte ? Qu'ils se vantent d’avoir l'esprit fort ; nous les comparerons au frénétiques, qui n’ont de force que pour se faire du mal et en faire aux autres.
RÉSOLUTIONS
1. Je remercierai Dieu souvent de ce qu’il né m'a paslivré à mon sens réprouvé,
2. Et je le prierai de vouloir bien éclairer les incrédules qui, quoique grandement coupables, sont cependant ses enfans et. me; frères. |
O mon Dieu! je vous remercie du don de la foi que vous m'avez donné ; render-le à tant de malheureux qui l'ont misérablement perdu. DO A 7 à o es