‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 132 sur 186 · CHAPITRE CXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXVI

La raison nous persuade une Religion.

Is n’est aucun homme de bon sens qui puisse douter s’il y a une Religion, comme il n’en est aucun qui puisse douter qu'il y a un Dieu. Les incrédules n’ont jamais allégué une seule bonne raison contre la Religion ; cela prouve dejà qu'il la faut croire. Plus de cent raisons solides la démontrent : mais, sans entrer dans le détail, je me borne à deux réflexions, et je demande : Pourquoi ne croyez-vous pas une Religion P et quel avantage auriez-vous en ne la Prat pas P

I: Pourquoi ne croiriez-vous pas une Religion ? scrait-ce parce que vous pensez que Dieu ne se soucie point de l’homme ni des hommages de sa créature ; qu'ilny a ni récompense à espérer, ni châtimens à craindre pour l’autre vie, et que votre ame rentrera dans lemnéant comme les bêtes ? Mais je vous demande

si vous en êtes bien assuré ? Pour re suis assuré du contraire. Ma raison me dit, comme elle le dit à tont homme qui pense sainement , qu’il y a un Dieu, qu'il est souverainement parfait, qu'il est puissant, qu’il aime les hommes, que les hommes ont besoïn de son secours. Jecomprends qu’il mérite donc d’êtreaïme, adoré, invoqué des hommes ; je sens que je le puis, pourquoi ne le ferais-je pas ? PARENTS

Quoiqu'il n’ait pas besoin de mes hommages , il ne les mérite pas moins. Ma raison me dit que je Îes lui dois, et qu’il doit lui-même les Het de moi. Il ne peut donc qu'être offensé, si je les lui refuse. Quoiqu’un roi n’ait pas besoin des hommages d’un esclave, les mérite-t-il moins? et sa majesté en est-elle moins offensée, si ce vil sujet les lui refuse P

Ma raison me dit que, si Dieu a créé tant de choses

our mon usage, je dois lui en rendre grâces ; que, s’il m’a donné la liberte , je ne dois pas en abuser ; que, s’il m'a donné un corps, je dois le conserver dans Jl'honnèteté ; que, s’il m’a donné la raison, je dois vivre en créature raisonnable ; que, puisqu'il m'a place ‘sur la terre avec les autres hommes, je doïs vivre avec eux dans la subordination et dans la paix, et que si je manque à tout cela, en agissant contre ses desseins et ‘contre ses ordres, je mérite ses châtimens ; et qu’au contraire je mérite ses récompenses, si je l’observe. S'il en était autrement, l'homme serait sans règles ; la société des mortels ne serait qu’un assemblage de monstres, et un ouvrage indigne du Créateur.

Ma raison me dit encore que je'suis d'une nature infiniment supérieure aux bêtes; qu’un Dieu souverainement sage n’a pu créer les hommes que pour une fin digne de sa sagesse ; qu'il n’aurait pas agien Dieu, s’il ne s'était proposé que de faire des hommes cruels, méchansetvoluptueux; qu’en formantlescieuxet ce vaste univers, avec l'assemblage prodigieux de tant de créatures pour le service de l’homme, 1l a destine l’homme à quelque chose de grand et d’immortel; que, puisque tant d’admirables ouvrages ont été créés pour l’homme, il faut que l’homme soit lui-même pour Dieu, c’est-àdire pour le glorifier : toute autre fin serait indigne de Dieu.

Me metpuis le glorifier parfaitement en éette vie, à faison de ma faiblesse ; je ne puis l’v glorifier longtémps, parce que la vie présente est courte : il est donc digne mas ep y ait une autre vie plus parfaite, où je puisse le glorifier parfaitement et éternellement: | “Eoôn ,je sens en moi-même un désir d’être heureux. Ce désir ne vient pas de moi, c’est le Créateur qui l’a imprimé dans mon ame. Je ne puis étre heureux en celte vie, où je n’éprouve que disgrâces ; il faut done qu'il y ait une autre vie où je puisse être heureux : autrement Dieu, qui m'a donné ce désir de la béatitude, aurait agi en vain, en me donnant un désir qui aurait un objet chimérique ; c’est ce qu’on ne peut dire d’un Dieu souverainement sage. Or, ce bonheur de l'autre vie, cette beatitude , n’est-il pas juste que je travaille pour la mériter ?

Croire tout cela, c'est déja croire une religion; et goilà ce que ma raison me persuade ; voilà ce que tous les peuples croient, ce que les plus grands hommes ont cru dans tous les siècles. C’en est assez pour m’assurer que je ne crois pas en téméraire. Il m'est évident que tout cela est raisonnable, et que j’agis en homme pru- : dent, en croyant de la sorte.

IT. Quelle raison auriez-vous donc de ne pas croire une religion, et quel avantage trouvez-vous en ne la croyant pas? Vous n’avez pour raison que quelques doutes fondés sûr un peut-étre. Vous devez donc être persuadé que vous pouvez vous tromper ; et si vous vous trompez ( comme je suis assuré que vous vous trompez en effet ), comprenez-vous à quoi vous vous exposez ?

Quant à moi, outre que je suis assuré que je ne me trompe pas, je suis de plus assuré que je ne risque rien en croyant. Cette croyance me retient dans mon devoir, me rend content, et adoucit les peines de la vie présente, en me faisant espérer un bonheur sans fin dans Ja vie future. Vous, au contraire, si vous ne croyez n1 religion , ni autre vie, vous n’avez ni motif pour le bien, ni frein contre. le vice, ni consolation solide dans vos

ines , ni espérance d’être heureux. Ce n’est pas tout, vousxisquez de plus d’être misérable pour toujours

al lieu de tomber dans le néant, comme vous vous imaginez, vous risquez de tomber dans un malheur éternel. Or, où est votre raison, sur des conjectures douteuses et chimériques, de risquer ainsi tout et pour toujours P nv

Les incrédules sentent le poids de ce raisonnement qui les accable. Si le plus déterminé d’entre eux était assuré de mourir dans huit jours , serait-il content de lui-même ? Quelles frayeurs, quel désespoir aux approches de la mort! ils se glorifient d’avoir l’esprit fort ; c'est une gloire qui tourne à leur confusion. Car à quoi se réduit toute cette force d'esprit ? à se dégrader, à se persuader qu'ils sont de la condition des bêtes ; que leur ame, comme celle des brutes, est de matère etde boue ; qu'iln’ya point dechâtimens pour punir le vice. Ils tâchent de le croire, afin de se livrer à leurs passions avec plus de liberté ; est-ce donc làla marque d’un esprit fort? Disons plutôt qu'il n’y a rien dans cet affreux système qui ne ressente la faiblesse, la bassesse du cœur et la dépravation , rien qui ne soit indigne de l’honnête homme , et indigne du Créateur.

11 est impossible, quand on a une juste idée de la dignité de l’homme et de la grandeur de Dieu, qu'on ne reconnaisse qu’il faut une religion, K

RÉSOLUTIONS

a. Persuadé qu’il faut à l’homme une religion , et une religion qui vienne du ciel, je rejetterai avec un souyerain mépris tout ce que les insensés du siècle pourront me dire contre ce sentiment si juste et si raisonnable.

2. J’éviterai même, autant que je le pourrai, la compagnie de ces hommes si dangereux.

O mon Dieu !‘je désire que toute la terre vous reconnaissé et vous adore en esprit et en vérité.

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