‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 137 sur 186 · CHAPITRE CXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXI

LaReligion chrétienne est divine dans son établis: sement : elle est donc la vraie Religion.

I. Querze différence entre l’établissement des autres religions, et l'établissement de la Religion chrétienne ! Les religions païennes se sont établies par la superstition etpar lacorruption du cœur. Larreligion de Mahomet, Sn toute charnelle, s’est établie par la force des armes.et par l’imposture. Les autres fausses religions se sont.établies en donnant toute liberté, et secouant le joug de la subordination. Qu’y a-t-il en tout cela qui ne soit humain ?.et doit-on s’étonner si tant de sectes, fa vorables aux passions , ont fait de si grands progrès

Mais que la Religion de Jésus-Christ, si contraire aux passions de l’homme, si au-dessus des forces de,la pature et de l'esprit humain, se soit promptement établie

par douze pauvres ignorans, malgré tous les efforts des savans ct des puissances de la terre, voilà ce qui est divin. veu

En effet, à peine saint Pierre eut-il annoncé la Religion chrétienne devant une assemblée de personnes de toutes lesnations, que plusieurs crurent en Jésus-Christ. Le bruit de cette Religion se répand aussitôt ; les synagogues et les sénats, les académies et les docteurs, les

ontifes et les roïs se déchaînent pour la détruire. Saint. Pres va à Rome, la plus savante ville du monde,

capitale de l’univers ; il prêche devant Néron , le plus

fier des tyrans; ce prince fait défense, sous peine de

mort, d'écouter cet étranger. Malgré ses défenses,

Pierre fait adorer Jésus-Christ jusque dans la cour de

ce prince.

Les autres Apôtres l’annoncent dans les autres provinces de l’univers. On les menace de Ja mort : Nous sommes prêts, disent-ils, & tout souffrir : vous ne nous empécherez pas de publier ce que nous avons vu, cegue Dieu nous met en bouche. On les enchaîne, on les condamne au fouet, à la torture, à la roue ; on les crucifie ; on les plonge dans des huiles bouillantes ; on les déchire ; on # perce de lances ; on les écorche vifs : voilà toute la récompense qu’ils attendaient en ce monde.

Mais à peine furent-ils morts, que leur sang fut comme une semence qui fit germer , par toute la terre, des milliers de chrétiens. Malgré la fureur des tyrans qui, pendant plus de trois cents ans, firent dans toutes Jes provinces massacrer les chrétiens pour détruire le christianisme, on vit une foule de savans se déclarer pour Jésus-Christ, soutenir au prix de leur sang

ue la doctfine des Apôtres était véritable et divine. On vit les empereurs, les rois, les sénateurs, les pon- Ufes, les dames, les grands seigneurs, Îles royaumes et les empires, adorer Jésus crucifié, et croïre les plus impénétrables mystères de sa Religion.

Or, comment s’est pu faire un changement si prompt, si universel P Si c’est par un miracle, il faut donc que cette Religion vienne de Dieu , parce qu'il n’y a que Dieu qui opère des migacles. Si c’est sans miracle,

voil& , dit saint Augustin, leplus grand des miracles, que tout l'univers ait cru sans miracle, sur la parole de douze ignoruns , des choses si difficiles el incroyables.

11. Après tout ce que nous avons dit, si l’on examine la chose de bonne foi, on verra clairement que, de toutes les religions, la seule Religion chrétienne a un caractère de divinité ; par conséquent, qu’elle est la véritable , la seule où l’on puisse se sauver. Si elle était fausse, Dieu même nous tromperait, ce qui ne se peut.

Je ne risque donc rien de croire cette Religion; je risque tout en ne la croyant pas : mais tout me persuade que je dois la croire. Personne ne s’est avisé de composer des livres pour me persuader qu’il y a eu un empereur Auguste et une ville d'Alexandrie ; personne n’est mort pour me le faire croire; cependant je le crois ; mais pour me faire croire Jésus-Christ et me persuader sa Religion, Les plus savans hommes ont composé des volumes entiers, et des millions de martyrs ont souffert la mort : pourquoi donc ne la croirais-je pas ?

Il faut être aveugle pour douter d’une religion que Dieu a autorisée par tant de prophéties et de prodiges , que tant de personnes illustres ont signée de leur sang , que tant de profonds génies ont soutenue , que tant de princes et de grands hommes ont embrassée, que tant de nations , de conquérans ont défendue au prix de leur vie.

Les preuves de la Religion chrétienne sont si claires, qu'on peut dire, en un sens, qu’elles le sont trop, et

ue Dieu est allé jusqu’à l'excès pour la faire connaître : nie tua credibilia facta sunt nimis. Mais ces preuves sont toujours obscures à ceux qui ne jugent des choses de Dieu que selon leurs passions, et par les impressions des sens. L’homme animal et sensuel , dit J’Ecriture, ne conçoit point ce qui est de l’esprit de Dieu; ce qu’on lui en dit lui paraît une folie ; il n'y peut rien comprendre : Animalis homo non percipit eaque sunt Spirités Dei: stultitia enim est illi et non polest intelligere. I. Cor. 2.

RÉSOLUTIONS. f 1 Persuadé que la Religion catholique est divine dans sonauteur, dans son établissement, dans sa doctrine, ses mystères et. ses sacremens, je ne me laisserai jamais entrainer à aucun doute contre elle. 2. Et j'aurai en horreur tout ce que disent les impies et les hérétiques pour Pavilir et la détruire. PE Mon Dieu, augmentez en moi la foi.

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