CHAPITRE CXXII
Préventions mal fondées des incrédules.
I. La Religion chrétienne n’a pour adversaires que les ennemis de la vertu. Les plus incrédules ne laissent pas de l’estimer ; ils l’'embrasseraient, si elle ne condamnait pas leurs désordres. Mais s’ils ne peuvent s’empêcher d'estimer ceux qui vivent en chrétiens, pour-
uoi ne croiraient-ils pas comme eux ? Si c’est une tbe de condamner la vie sainte d'un chrétien, ce n’est pas une moindre folie de condamner ce qu’il croit.
Dire que les maximes du christianisme sontaffreuses, que ses mystères ne sont quedes obscurités incroyables, un vrai chrétien qui sait sa Religion est persuadé du contraire I] vous dira que ces obscurités prétendues portent de grandes lumières dans son esprit; que ces mystères, loin d’être incroyables, ont été crus dans tout l’univers par les plus grands géniesÿ qu’on les a crus dans le temps même que les tyrans défendaient , sous peine de mort, de les croire. El vous dira que plus il croit ces mystères, plus ils lui paraissent vrais ; que plus il les croit, plus il voit qu’il les faut croire, et qu'il est prêt à en soutenir la vérité au prix de son sang. [1 vous dira enfin que la vie d’un vraïchrétien , loin d’être dure et affreuse, est au contraire douce et'tranquille, et qu’il ne voudrait pas, pourtoute chose au monde, vivre autrement. Voilà ce que les incrédules devraient éprouver , et sur quoi ils devraient s’instruire.
I. Pour m'instruire , dit l’incrédule, suis-je obligé de me fier aux prêtres , aux docteurs P dois-je les croire, parce que c’est leur profession d’enseigner et de
prêcher ? Et moi, lui répondrai-je, pour apprendre
DE LA RÉLIGION. 531 la géométrie, suis-je obligé de m’en fier à un maître, parce que c'est sa profession de l’enscigner ? suis-je
igé, sur mer , de m’en fier à mon pilote, parce que c’est son métier de conduire les vaisseaux ? Dans un » Suis-je obligé de m’en fier aux plus habiles ayocats, parce que c’est leur profession de donner des avis ? Voilà, direz-vous , un raisonnement insense. Or, les incrédules raisonnent encore plus mal, parce quedaReligion , où il s’agit de tout pour l'éternité ; lestouche de plus près que les affaires du monde , où il s’agit de peu de chose.
Aqui est-ce d'enseigner la Religion ? À qui doit-on s’en fer, si ce n’est à ceux qui sont destinés à en instruire ? À qui est-ce d'enseigner la jurisprudence et les règlesde la guerre, si ce n’est à ceux qui se sont préposés pour enseigner les lois et le code mélitatse P S'il n’est Pas permis à tout le monde d’enseigner les lois humaines, faut-il moins de précautions et de subordination pour enseigner la loi de Dieu ?
IL faut que les incrédules soient étrangement prévenus, pour combattre la Religion par des raisons si frivoles, Elle ne serait plus qu'une pure illusion , si chacun était en droit de l'entendre à sa façon , et se-
non les rêveries de son esprit ; elle ne serait plus l’ouyrage de Dieu , s’il n’avait pas établi des ministres pour l’enseigner aux hommes.
Deux libertins s’entretenant sur Ja Religion, après
lusieurs contes ridicules, un d’eux dit à l’autre : Pour Apr c'en est trop ; à quoi tendent toutes nos soltes raisons P Nous serions plus chrétiens si nous étions moins libertins.
Quand les incrédules nous auront fait voir parmi eux des personnes aussi saintes qu’il yen a parmi nous ;
uand leurs auteurs auront composé des livres aussi so-
des que les livres d’un saint Basile, d’un saint Cbrysostôme, d’un saint Augustin , et de tant d’illustres docteurs, ils auront alors quelque droit de se faire écouter. IL est glorieux à la Religion chrétienne de n'avoir pour ennemis que des sophistes et des gens vicieux.
JL. Mais, dit l'incrédule , à quoi sert de croire la Religion chrétienne , puisque j'en vois qui la croient et
qui vivent en libertins ? A cela on répond'+ f.° que si l'exemple des chrétiens qui vivent mal est pour l’incrédule un sujet dé raillerie, l’exemple des gens de bien qui professent la Religion chrétienne est’ pour ui un grand sujet de confusion. 2.° Il y a bien de la diffe= rence entre un libertin et un incrédule. Toutincrédule est libertin dans son esprit ou dans ses mœurs; mais tout libertin n’est pas incrédule. L’incrédule ma pas la foi, et, sans la foi, comment peut-il s'approcher de Dieu ? Un libertin , au contraire, qui croit la Réligion, a encore la foi : que si le libertinage l’aveugle jusqu’à douter et à perdre la foi, ce serait alors la consommation de son malheur en cette vie. | è
Si j'avais la foi, dit l’incrédule, je eroiraïs tout ce qu’enseigne la Religion. Mais pourquoi me l’avéz-vous pas comme tant de gens qe ont un esprit La “em au vôtre , et qui soumettent leurs lumières à la Religion ? La foi est un don de Dieu, et Dieu ne la refuse pas à ceux qui la lui demandent avec sincérité; maïs, pour l'obtenir, réglez vos passions. Vous newerrez jamais, tant que vous aurez le voile sur les yeux. Otez ce bandeau de chair, l’orgueil et les vices, qui sont comme un voile épais qui vous empêche de voir la sainteté etles beautés de la Religion chrétienne, etvous comprendrez mA n’y a rien de plus raisonnable que de croire ce qu'elle enseigne, et rien de plus-consolant que de vivre en chrétien.
RÉSOLUTIONS
1. Je ne lirai jamais les écrits des impies, ni ceux des hérétiques contre la Religion catholique.
2. Je fuirai avec un égal soin leurs conversations et leurs disputes sur ce grand objet. :
Mon Dieu, convertissez les blasphémateurs, les impies, et tous ceux qui sont dans les ténèbres de l'erreur.