CHAPITRE CXXXVI, De l'amour de Dieu
I. Nous devons aimer Dieu bien plus pour luimême; que pour les biens qu’il nous fait. Si l’on vous disaitqu'il y a un roi si accompli et si parfait, que les plus beaux portraits qu’on en fait ne sont que de grossières ébauches, et ne peuvent le représenter. que très-imparfaitement ; que néanmoins on ne peut voir ces portraits , quoique imparfaits , sans admirer et sans aimer ce grand roi ; n
Que ses sujets font quelquefois plus de cent lieues pour avoir le Méilèur de le voir; et qu'après l’avoir contemplé un moment, ils sont si ravis d’admiration, si éblouis de l'éclat de ses charmes, qu'ils feraient plus demille liues pour le voir une seconde fois
Que ce roi est si puissant, qu’il n’a besoin dé per< sonne ; si bienfaisant , qu’il ne s’applique.qu'à rendre beureux ses sujets ; Guitles aime plus tendrement qu’une mère n'aime ses enfans , qu'il leur permet d'approcher de sa personne , qu’il les caresse, les récompense avec profusion , et leur accorde tout ce qu’ils lui demandent ;
Qu'il est rempli de sagesse ; qu'il n’y a rien que de saint, rien que de pur et que de noble dans tous ses desseins ; qu’il est d’une si haute majesté que les rois se font gloire d’être ses vassaux, et que les plus puissans princes se croient plus honorés de le serviret de l’aimer que de commander à leurs, sujets$ que néanmoins, avec toute sa grandeur, il est si généreuxsi aimable , si bon , qu’il recherchele premier ses ennemis;
ue lorsque ces rebelles viennent lui demander pardon, illes embrasse, les met au nombre de ses favoris, les traite comme ses enfans , etles récompense avec magnificence : | |
Vous ne pourriez entendre parler d’un roi si accompli sans l’admirer ; quand vous n’auriez reçu delui aucune faveur, vous ne pourriez vous empêcher de l’aimer.
IT. Tout ce que vous entendriez he de ce grand roi, n'est rien en comparaison de ce que vous devez-penser
e Dieu. Il est tout cela, infiniment plus que’tout cela. Toutes les perfections , tous les attraits des’ éréatures Les plus belles et les plus accomplies , réunies ensemble , me sont qu’un faible portrait de ses grandeurs , ou, pour mieux dire, ne sont rien devant la beëlité et les perfections de Dieu. Tout le brillant des cieux, tout l'éclat des anges, toutes les beautés imaginables, me-sont.que laideur , obscurité , et disparaissent. en, sa présence. Pouvez-vous donc trouver un objet plus aimable, qui soit plus digne de votre amour P Oh ! si vousconnaissiez cette beauté suprême et ses grandeurs, adorables... que vous auriez peu d'attache pour les créatures!
Quand vous n’auriez reçu de lui aucune grâce, il mérite toujours pdr ses perfections infinies d’être armé de tout votre esprit, de tout votre cœur etide. toutes vos forces. Saint Augustin le comprenait, lorsqu'il disait en versant des larmes : Q mon Dieu! beauté
œujours ancienne el loujours nouvelles, e’est.bien
tard queje vous ai connu, c’est bien tard que je vous ai aimé. Saint Antoine passait les nuits à contempler les beautés et les perfections de Dieu. Au sortir des ténèbres de la nuit, voyant l’astre du jour : Beau soleil , s’écriait-il, {uw viens me distraire, tu m'empêches de goûter tranquillement les amabilités de
JL. C’est l'amour de Dieu qui fait les saints sur la terre; c’est l'amour et la possession de Dieu qui fait le bonheur des élus dans le ciel. Quand vous auriez toutes les autres vertus, et que vous feriez des miracles, sans l'amour de Dieu vous ne seriez jamais sauvé. Si je n’ai pas lacharité, c'est-à-dire l’amour de Dieu , je ne suis rien , dit saint Paul, parce que , sans la charité, on ne peut ni mériter ni acquérir le ciel, et qu’il vaudrait mieux n’être rien, n’avoir jamais été, que d'être exclu du ciel et de ne pas aimer Dieu dansiJ’éternité. Aimezle, bénissez-le, réjouissez-vous de ses perfections : vous l’aimerez dans le ciel, vous l’y posséderez, si vous l’aimez pendant votre vie.
RÉSOLUTIONS