CHAPITRE CXXXVIT
Nous devons aimer Dieu par reconnaissance pour ses bienfaits.
1. Su les services que les hommes se rendent les uns aux autres font des impressions sur leur cœur, d’où vient que le nôtre est insensible envers un Dieu qui nous comble à tout moment de ses faveurs ? Si un inconnu vous avait donné la moindre partie des biens dont Dieu
vous a fait part ; s’il vous avait nourri un jour dans
une nécessité pressante ; s’il vous avait rendu Ta vué ou la santé, vous témoigneriez votre reconi issance À cet étranger, vous en parleriez sans cesse, vous Jui offririez vos services. Pourquoi n’avezvous pas ces mêmes sentimens pour Dieu? Hé quoi! Dieu méritet-il moins qu’un homme ? Vous recevez peu de chose des hommes ; mais vous recevez tout de Dieu, la santé, l'esprit, la parole, l'usage de vos sens"'si une de ces choses vous manquait, vous seriez misérable ; pourquoi n’aimez-vous pas celui qui vous les donne ?*
Le spectacle de l'univers vous prêche la reconnais: sance que vous lui devez. C’est pour vous qu’il a produit le soleil qui vous éclaire, Pair que vous respirez le feu qui vous échauffe, l’eau que vous buvez, les blés, les fruits, les alimens qui vous nourrissent, les vétemens qui vous couvrent , les animaux qui vous servent.
S'il vous a mis au monde, s’il vous à fait naître dans la vraie Religion, préférablement à tant d’autres qui le serviraient mieux que vous: si vous avez un naturel heureux, du penchant à la piété et de l'éducation ; s’il a rendu votre mariage heureux ; s’il vous a appelé à la vie religieuse, au célibat, à une vocation tranquille, ne sont-ce pas là d’autres preuves de son amour pour vous P Comptez les dangers, les accidens , les tentations dont il vous a préservé, les pensées salutaires , les impressions de la grâce, les œuvres saintes qu'il VOUS à inspirées : voilà encore des marques de sa bonté.
Sans parler de la charité ineffable qui a porté Jésus- Christ à souffrir Ja mort pour vous , ne vous donne-t-il
as encore Ses sacremens, son Corps et son Sang adorables Pour, vous sanctifier ? S’il avait quelque chose de plus précieux, il vous le donnerait, en attendant qu'il se donaât lui-même à vous dans le ciel, pour l'y posséder sans fin. ;
IT. Si cette bonté d’un Dieu ne nous touche pas, à quoi serons-nous sensibles ? Pour être infinie, méritet-elle moins notre reconnaissance ? Q ingratitude des hommes envers Dieu ! on dirait qu’ils ne reçoivent les marques de sa honte que pour en abuser'et pour s’en servir contre lui. Vit-on jamais cant de bonté d’un côté, et tant de dureté de l’autre ?
DE LA RELIGION. 375 es "animaux, dit saint Ambroise, n’oublient pas le bien Mon: leur fait; ils aiment le maître qui les nourrit, et lui rendent service. Les bêtes, même les ph féroces, ne sont point farouches à l'égard de leur’ ienfaiteurs. Et vous, chrétiens, vous oubliez les bontés d’ün Dieu. qui vous aime, qui vous nourrit, qui vous a rachetés, qui cherche à vous sauver.
Un prophète disait aux Juifs + Gardez-vous de devenr comme des animaux stupides qui sont sans entendement. Mais on peut dire aujourd’hui, à la honte des chrétiens : Soyez du moins semblables aux animaux ; ayez autant de reconnaissance pour Dieu que les animaux en ont pour leurs bienfaiteurs et pour leurs maîtres.
RÉSOLUTIONS
x. Oui}, j'aimerai aussi mon Dieu, à cause des bienfaits sans hombre que j ai recus de sa bonté paternelle.
2. Et pour m’exciter à ce devoir de reconnaissance, je me rappelleraï souvent les grâces que Dieu m’a faites, soit dans l’ordre de la nature, soit dans l'ordre du salut.
O. mon Dieu | je vous demande pardon de mes ingratitudes passées. |