‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 162 sur 186 · CHAPITRE CXLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIV

De la dévotion à la Sainte Vierge,

Le Saint-Esprit ayant renfermé tous les éloges de sa chaste épouse dans le peu de paroles que contient la Salutation, angélique, Je vems salue, Marie, etc, et

dans celles-ci qu'il a dictées à l’évangéliste saïnt Mat. thieu, Marie, de laquelle est né Jésus; il est trèsimportant pour nous de nous appliquer à en pénétrer le sens. Eclairés des lumières de la foi, nous y-trouverons le fondement et la règle de la confiance que nous devons avoir en Marie, et de quoi satisfaire amplement le zèle que la piété inspire pour sa gloire, 4

I. Rien de plus solidement etabli que la dévotion envers la Sainte Vierge. Pour nous-en convaincre, il suffit de penser que l’Église, qui est toujours assistée du Saint-Esprit, ayantdécidé que Marie-peut et doit être appelée Mère de Dieu, parce qu’elle estla Mère de Jésus-Christ qui est Stable as Dieu, a toujours cru qu’elle ne pouvait trop faire pour honorer la plus pure, la plus sainte et la plus parfaite de toutes: les créatures. De là, le grand nombre de temples et de fêtes qu’elle lui a consacrés ; de là, les prières qu’elle a ordonné aux fidèles de réciter en son honneur; de là, enfin, ce consentement si général de tous les temps et de toutes les nations , à célébrer ses grandeurs.

II. Mais si l'Eglise a trouvé dans le titre de Mère de Dieu un objet si digne du respect et de là vénération des fidèles, elle y a encore découvert quelque chose de plus consolant et de plus édifiant pour nous. C’est là qu'elle a trouvé ces trésors infinis de grâces qu’elle présente à ses enfans ; c’est là qu’elle a trouvé une rédemptrice généreuse, une médiatrice toute-puissante, un asile ouvert à tous les pécheurs, une mère pleine de tendresse pour les hommes : car quiconque dit Mère de Dieu, dit tout cela.

Oui, nous pouvons le dire hautement avec l'Eglise, à la confusion des ennemis de Marie : être Mère de Dieu, c’est être la rédemptrice des hommes ; €’est être la cause du salut de l'univers ; c’est fournir le sang qui a été répandu pour nous sur la croix : est former le corps adorable qui a servi de rançon pour le genre humain ; c'est PA, ps , de la meilleure partie de soimême, la victime qui devait apaiser un Dieu irrité ; c’est la nourrir de son propre lait; c’est élever avec des soins et des peines inconcevables ; c'est s'arrachee avec violence au plus aimable de tous les fils, pour le

DE LA RELIGION. 399 voir attaché à une croix infime; c'est plus encore, c’est consentir à sa mort, ct le sacrifier au salut de ses bourreaux. Car si le consentement de Marie à été nécessaire pour l’Incarnation, comme Dieu nous l’a fait

onnaître en le lui faisant demander par l'ange Gabriel, a dû être bien plus nécessaire pour le mystère de la Passion ; et si le Verbe divin n’a pas voulu se former un corps du sang de Marie , sans qu’elle y consentit, combien moins aura-t-il voulu livrer ce même corps au supplice et à la mort , sans le consentement de celle qui le lui avait donné! C’est pour cela qu’elle demeura avec une constance héroïque au pied de la croix, comme pour marquer qu’elle présidait, ainsi quelle Père éternel, à l'exécution sanglante de son Fils; et qu’elleétait prête , si Dieu l’eût ordonné, à immoler de sa propre main celui pour qui elle se fût trouvée heureuse de.souilrir mille morts. Si donc on attribue à Eve la perte du genre humain, pour avoir présenté au premier homme le fruit défendu, ne doit-on pas appeler Marie la cause du salut des hommes , puisqu’elle a produit le fruit de vie que la croix a porté pour nous ? Si l’Ecriture a donne le nom de Sauveur à Joseph , pour avoir nourri les Egyptiens en distribuant avec prudence et avec bonté les provisions qui appartenaient à Pharaon, et dont ce prince l'avait fait le dispensateur , ne peut-on pas dire , à pius juste titre, que la Sainte Vierge nous sauve, quoiqu’elle ne le fasse que par les graces de Jésus-Christ, dont elle est la dispensatrice et l’économe souveraine P HI. Du titre de rédempirice que nous trouvons dans l’auguste qualité de Mère de Dieu , PEglise tire celui de médiatrice et d'avocate. Car, que faut - il our remplir dignement les fonctions de médiatrice ? tés influence souveraine près de celui dont on veut fléchir la colère , et une extrême bonté envers les hommes , pour employer cette puissance en leur faveur. Or, ces deux caractères sont deux propriétés inséparables de la qualité de Mère de Dieu. Car, y at-il apparence que Jésus-Christ qui, pendant trente ans, n'a pas cru devoir faire quelque chose de plus important

poux goue saut que d'obéix à Joseph et à Marie,

se dispense dans le ciel de cette soumission, de cette condescendance aux désirs de ses parens, dont il nous a donné sur laterre de si beaux exemples ? Erat subditus illis. Ce n’est point là l’esprit de Jésus-Christ ; il ne nous a pas appris à secouer le joug de l’obéissance quand nous sommes dans l'élévation et la grandeur. il use donc aujourd’hui, dans son état glorieux, d’une condescendance envers sa sainte Mère, semblable à la soumission qu’il exerça, pendant sa vie mortelle et cachée, dans la maison de Joseph et de son épouse. Si Dieu s’est engagé à exécuter les vœux de ses serviteurs lorsqu'ils lui seraient fidèles, s’il a donné un pouvoir sans borne à une foi vive, pourrions-nous. croire qu’il ait voulu limiter la puissance d’une mère aussi sainte , aussi parfaite que Marie? Un bon fils ne peut rejeter les prières d'une mère tendrement aimée. Jésus-Christ ne saurait donc rien refuser à la sienne, lorsqu'elle élève vers le trône de sa miséricorde ces mains pures qui l'ont porté dans son enfance. Voilà pourquoi l’intercession de la Sainte Vierge ne peut manquer d’être efficace. Aussi tous les saints Pères se sont-ils adressés à elle avec les termes les plus respectueux et les plus soumis : {ntercédez pour nous, 6 sainte Dame, Maitresse , Reine et Mère de Dieu ! c’est la prière du grand saint Athanase. Je me jette à vos pieds, et je reconnais votre puissance ; c’est celle de saintEphrem. Demandez à Dieu qu'il nous sauve ; c’est la prière de saint Basile. Vierge sainte, secourez les malheureux ; c’est celle de saint Augustin. Vous étre dévot , 6 bienheureuse Vierge ! disait saint Jean Damascène , c’est une grâce que Dieu ne donne qu'à ceux qu'il a

rédestinés. En un mot, il n’est point de saint que Eglise honore, qui n’ait eu une grande confiance en Marie ; il n’en est point qui n’ait exalté sa puissance ct chanté sa miséricorde.

Si nous voulions nous convaincre nous = mêmes du tendre amour qu’elle a pour les hommes, pensons qu’elle n’a été Mère de Dieu que pour nous; qu'étant les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ, nous sommes ses enfans; qu’elle ne peut souscrire qu'avec peine ÿ la condamnation des pécheurs, et que le Seigneur

approuve la tendresse qu’elle a pour eux. Le Père céleste ne veut, pour ainsi dire, la perte du pécheur qu’à demi , tant que ce fils rebelle est en état de se convertir. Le temps de la vie présente est celui de la grâce et de Ja miséricorde. C’est faire une douce violence à ce Dieu de bonté, que de désarmer son bras irrité : il ne lance la foudre que quand personne ne s’oppose à sa justice vengeresse. Il est bien aise, s’il est permis de se servir de cette expression, il est bien aise de trouver un Moïse, un Aaron qui puissent apaiser sa colère. Mais ourquoi craindrions-nous de le dire ? lui-même, dans a résolution où il est de perdre son peuple et de le unir de ses infidélités , Littième cherche un seul Lt juste, qui le prie de faire grâce à son peuple, et il se plaint dans Ezéchiel de n’en pas trouver : Quæsivi de is virum , qui. staret oppositus contra me pro terré , ne dissiparem eam; et non inveni. Je n’en suis pas surpris, Ô Père des miséricordes ! Marie m'était pas encore dans ces temps malheureux; vous n’aviez pas encore donné au monde une médiatrice si puissante et si charitable ; maïs depuis que nous l’avons , combien de fois a-t-elle fléchi votre courroux! Combien de fois s’est-elle mise entre vous et le pécheur , vous présentant les larmes que le repentir nous faisait verser, obtenant de votre clémence le pardon de nos crimes , engageant même souvent votre Providence à faire des miracles pour nous sauver !

- Heureuse donc Pine qui a fonde son espérance sur Marie ! Heureux celui qui, plein de vénération pour le Fils, a appris dès son enfance à réclamer la protection de la Mère ; qui n’a point séparé l’un de l’autre dans son cœur , et qui, par cette tendre dévotion, s’est ménagé un des secours les plus puissans que nous ayons pour nous sauver !

IV. L’éminente dignité à laquelle Marie est élevée , sa puissance et sa bonté , nous inspirent sans doute une grande confiance en son intercession. Mais en vain prétendrions-nous qu’elle nous sera favorable, si nous n’imitons ses vertus et surtout sa foi, sa pureté et son humilité. Elle crût, sans hésiter, que rien n’était impossible à Dieu, et qu’elle pourrait, selon la parole de

l'ange, être tout ensemble mère et vierge. Bllé eñtmieux

aime, disent les saints Pères, être épouse de Dieu,

selon l'esprit ,-que d’en devenir la mère, s'ibeût fallu

perdre Ja virginité qu’elle lui avait vouée. N'oublions

donc jamais que, de toutes les vertus, il n'yven a point

qui attire plus efficacement le Saint-Esprit que la pureté. Faut-il que le vice maudit qui lui est contraire, soit si commun ? Mais la pureté, ainsi que les autres vertus , ne peut subsister sans l'humilité, quien est tout à la foi le fondement et la gardienne. Sans humilité, l’édifice du salut s’écroulera bientôt, puisqu'il ne portera plus que sur le sable, que par conséquent il né pourra résister à la fureur des vents et à la violence des orages. Mais qui nous donna jamais un plus be exemple de cette vertu que la Sainte Vierge ? Foici, dit-elle, l@ servante du Seigneur.

O la plus sainte des vierges! qui vous a appris à concikier si bien des choses qui, d’elles-mêmes , parais= sent si incompatibles ? Si vous croyez que vous allez devenir la Mère de votre Dieu , comment vousnommez= vous sa servante ? et si vous croyez être sa servante comment vous offrez-vous pour être sa Mère P comment accorder en vous une telle élévation et une telle bas= sesse ? Quel moyen d’avoir tout ensemble et de si hautes pensées, et des sentimens si humbles ? O profondeur de la sagesse de Dieu ! 6 miracle de sa puissance !... C’est à vous, Seigneur, qu’il faut atribuer ces mer4 veilles ; c’est vous qui, confondant notre faible et orgucilleuse raison, présentez à notre foi étonnée uné mère et une vierge, une servante et une mère dans une même personne; c'est vous qui savez allier tant de grandeur et d’humilité ; c’est vous enfin qui rendez l'esprit humain capable de croire des choses si extraor= dinaires et si À, apte de sa portée. O Roi souverain ! qui résistez aux superbes, et qui donnez votre grâce aux humbles, faites-moi, s’il vous plaît, entrer dans les sentimens de Marie ; faites qu’à son exemple je mette toute ma gloire à être et à me dite votre serviteur. Je le suis doublement, puisque par la création vous m’avez tiré du néant, et que par le baptême vous avez sauvé mon ame de la mort éternelle. Je suis le fils de votre

Et et

Mi DELA RELIGION. É, 403 Hranie p prsquil ne m'est pas plus naturel d’être

mme, que d’être votre serviteur. Mais surtout, 6 Dieu PER 1 6. divin Jésus ! je m’estime heureux d'être le fils de Marie, votre servante et votre Mère. Je vous conjure , par ses mérites, de, briser les chaînes dont je suis chargé comme un esclave volonele passions deréglées, afin qu'aliranchi de l'esclavage du péché je vous serve avec une pleine liberté sur la terre, afin de pouvoir vous glorifier et vous aimer dans le ciel avec votre sainte Mère, Ja reine des-anges et des hommes, le plus cher objet de vos complaisances , comme le plus digne, après vous ; de mon ‘amour et de mon hommage.

a à Prière à la Sainte Fierge.

O Sainte Vierge ! permettez qu’en vous félicitant avec l'Eglise de la gloire que vous ont méritce vos vertus, je vous remercie de tant de grâces que vous m'avez obtenues, dès mes plus tendres ans, de la miséricorde de notre Père AE , et que je vous prie de continuer à m'honorer , auprès de votre cher Fils, de votre protection généreuse. Faites ; par votre inter cession toute-puissante , que je n'oublie jamais que

orter votre bonté pour les hommes jusqu’à cet excès d'indulgence et de faiblesse qu'elle autorise le pécheur impenitent, c’est se former l’idée d’une Mère de Dieu sans équité, sans zèle pour sa gloire ; c’est par consequent vous mépriser et vous outrager, au lieu de vous

onorer par les apparences d’un culte extérieur que dement un cœur corrompu.

Faites-moi toujours souvenir que vous n’êtes venue au monde que pour terrasser le serpent infernal, et servir au grand ouvrage de la rédemption ; que vous n'avez donné un corps au Fils de Dieu , que pour laver dans le sang sacré de ce Dieu sauveur les moindres souillures du péché, qui a causé sa passion et sa mort. O Marie ! 6 pleine de grâce ! 6 ma Reine et charitable Mère! faites sans cesse retentir aux oreilles de mon cœur cette vérité salutaire : qu’autant est injurieux à Yolre puissance et à votre amour pour les hommes le

désespoir de ceux qui n’espèrent rien de votre miséri-

corde, autant est opposée à votre sainteté et à votre justice la présomption de ceux qui osent vous faire les demandes les plus injustes et les plus déraïsonnables ; je veux dire la fausse confiance que se flattent d’avoir en vous les pécheurs qui ne veulent point renoncer à leurs déréglemens. Enfin , obtenez-moi la grâce de mettre, comme vous, tout mon bonheur à accomplir la volonté de Dieu, afin de mériter la récompense promise aux serviteurs fidèles de Jésus et de Marie.

RÉSOLUTIONS

1. Je regarderai toujoursla sainte Vierge commeune Mèretendre; en laquelle je puis placer la plus grande confiance, 2. Et je réclamerai sa puissante protection dans mes peines, mes tentations, mes besoins spirituels et temporels.

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