‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 161 sur 186 · CHAPITRE CXLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIII

Les causes du scrupule, et ses remèdes.

I. Les causes ordinaires des scrupules et des inquiétudes d'une ame sont : 1.° une crainte excessive des jugemens de Dieu. Cette crainte n’est point la vraie crainte, de Dieu : car la véritable crainte n’est jamais sans la confiance en la miséricorde; au lieu que la crainte excessive n'apporte que le trouble, et donne de fausses idées de la justice et de la miséricorde de Dieu, u’elle regarde comme un maître dur et impitoyable : illusion qui trompe, qui décourage , qui séduit lame.

II. La seconde, c’est un secret amour-propre, une délicatesse de conscience mal entendue, qui fait qu’on ne voudrait rien avoir dans l’ame qui genât et qui embarrassât. On voudrait avoir une paix sensible , quelques assurances qu’on est en état de grâce, ou du moins

uelques témoignages de sa conscience qu’on fait son

evoir , que nos confessions sont bonnes, que les fautes qu’on commet ne sont pas mortelles : effet d’un amourpropre trop délicat.

Dieu veut ou permet ces peines de lame : souffrezles avec patience, comme celles du corps. Il ne veut pas que vous ayez celle assurance qu vous faites votre devoir, ou que vous êtes en état de grâce. Les saints n’ont pas eu cette assurance sur la terre, ils ne Pont pas même cherchée ; ils se confiaient en Dieu, et trouvaient leur repos dans cette confiance.

Vous vous abusez, ct vous ne prenez pas garde qu’en vous inquiétant de la sorte sur l’état de votre ame, vous faites injure à la miséricorde de Dieu ; que vous manquez de confiance, et que vous voudriez fonder sur vos œuvres l'assurance de votre salut. Quand vous seriez assuré que vos actions sont saintes, que VOS confessions sont sans défaut, que vous seriez même assuré d’être en état de grâce, ce n’est point tout cela précisément qui vous sauvera. C’est de la miséricorde de Dieu que vous devez attendre votre salut. Laissez à Dieu le jugemeut de vos œuvres et de l’état de De ame ; et

on

394 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS après avoir tâché de faire votre devoir, reconnaissez humblement que vous n’avez encore rien fait, que vous êtes un serviteur, une servante inutile : ensuite attendez tout de sa misiércorde, et tenez-vous-en là. Celui qui se confie ainsi en Dieu ne périra pas. |

IE: La troisième cause des peines d'esprit et dés scrupüles , c’est un secret orgueil qui rend l’améindocile , et qui lattache avec obstination à ses pensées * delà ces réflexions infinies , ces raisonnemens , @és’ doutes, ces répliques. Un scrupuleux est esclave dé’ses idées ; il veut, malgré tout ce qu'on lui dit, avoir, par ses propres lumières, le témoignage de sa conscience; il s’aveugle jusqu’à se persuader qu’il Se connaît bien ;'

u’il n’est point si scrupuleux, que les confesseurs se trompent et ne le connaissent pas. De là vient qu’il change de confesseur, pour en trouver un qui lui laisse’ la liberté de tout expliquer. hab En vVäin lui dit-on qu’il doit avoir ue "aveugle docilité, qu'il doit se soumettre , malgré'ses propres Jutières, à cé que lui dit le confesseur; qu'il ne doit pas tant examiner , qu'il doit abréger sé$confessions , passer sous silence tant de circonstances, ne plus répéter le passé : avis inutiles ; il est fixé, arrété dans ses sentimens. Le démon ne revient jamais des sentimens qu'il a pris ; il fait aussi son possible pour attacher Opiniâtrément les scrupuleux dans leurs Sentimens. La Soumission au confesseur serait le remède X ce mal. Ï faut néanmoins avouer qu'un scrupuleux està plaindre, qu’il a souvent une répugnance presque insurmontable à se soumettre ; mais quand cette répugnance durerait toute sa vie, il faut qu’il en vienne là, quoi qu'il lui en coûte. Bien plus, le scrupuleux, eût-il plus de science que son confesseur, doit avoir l'humilité de s’y soumettre, et obéir. Saint Paul, avant sa conversion, était plus savant que le disciple Ananie ; cependant Jésus- Christ lui ordonna de se soumettre à ce que lui dirait ce disciple. 11 le fit, et reçut le Saint-Esprit. Le scrupuleux, dans sa soumission, recevra de même Pesprit de Dieu.

Si, ch fe soumettant, il éprouve de peine et An

Koulle, qu'illes supporte avec patience etavec simplicité,

DELA RELIGIONS 305 Celui qui va à Dieu avec cette simplicité , marche en assurance, dit le Sage. Sans cette humble soumission , le scrupuleux n’aura jamais de repos, s’éloignera peu peu de Dieu, éprouvera la vérité de ces paroles de saint Augustin : Malheur à l'ame orgueilleuse qui, én.s'éloiÿgnant de vous, 6 mon Dieæ ! espère trouve: quelquechose qui la console, et qui soit meilleur que vous ! 1 A

IV. La quatrième cause des scrupules , c’est une imagination vive et frappée, qui fait juger des choses autrement qu’elles ne sont: semblable à ces verres qui grossissent et multiplient les objets. L’imagination est comme le- miroir et le signe de la volonté; elle imite les. opérations de l'ame. Et de même qu’une personne qui n'aurait jamais vu un miroir, prendrait tout ce qui james pour un objet véritable, et ne pourrait

istinguer si c’est une représentation ou une réalité; de même aussi le serupuleux , livré à son imagination, n’est pas en état de discerner ce qui est péché d’avec ce qui ne l’est pas.

Faut-il s'étonner si le scrupuleux prend le change? 11 prend pour une opération libre ce qui est indélibéré ; ses tentations, pour des actes de sa volonté; les impressions des sens etles sentimens, pour des consentemens ; toutes les délectations, pour des péchés ; toutes les sen-" sibilités,, tous les mouvemens des passions et tous les” ressentimens, pour des actes délibérés et volontaires. ” Le démon, qui se joue de son imagination, fait de tellé” sorte qu'il le lui persuade.

IL semble au scrupuleux voir tantôt une foule d’obli- | gations et de vœux qu'il ne remplit pas; tantôt un grand nombre de péchés qu’il n’a point accusés, qu'il n’a même osé déclarer ; beaucoup de circonstances qu’il a omises, et qu’il croit avoir cachées volontairement. Tantôt il lui semble qu'il n’a jamais la vo-” lonté de faire ce qu'il promet à Dieu ; qu'il n’a plus’ de. confiance ; que toutes ses prières sont défectueuses ; qu’elles sont de nouveaux péchés ; qu’il doit toujours les répéter, etc. $

Enwvain lui dit-on de passer sur tout ; il se persuadée; qu'il ne de peut; qu'il sait, qu'il voit, qu’il sent, qu'il

éprouve tout le contraire de ce qu’on luidit: Voilà l'effet de ses réveries et de son imagination échauffée. Ila peutêtre plus besoin de médecin que de confesseur ; il faut Jui rafraîchir le sang et le dissiper, pour calmer le feu de son imagination. si t8R- 208) juteuss

V. Ce qui fait ordinairement l'inquiétude d’une ame scrupuleuse au sujet de ses confessions; c’est qu’elle pense que son confesseur , ne lui laissant pas faire de grands détails de ses péchés, ne la croit pas aussi criminelle qu’elle l'est , et qu’il lajuge innocente ; mais elle se trompe : le confesseur juge ce qu’il doit juger, et le péaitent ne doit pas s’en embarrasser. Le confesseur n'ignore pas qu’on peut être grand pécheur-et grand scrupuleux tout à la fois, et que bien des gens se font peine de certaines choses de peu d'importance, tandis qu’ils n’ont aucun scrupule de certains défauts essentiels. Les Juifs se faisaient scrupule d'entrer dans le prétoire de Pilate, et ne s’en faisaient point de demander la mort du Fils de Dieu.

Le confesseur ne regarde jamais le péché comme une bagatelle; le scrupuleux ne doit pas aussi le regarder comme tel : mais c’est s'amuser à la bagatelle , et perdre son temps que de s’amuser à tant réfléchir, à détailler, à éplucher, à raconter, à expliquer des minuties, et une foule de circonstances inutiles et étrangères. On doit accuser les péchés simplement, en peu de mots. C’est remplir sa confession de bagatelles, que de dire un péché avec cinquante paroles où 1l n’en faut qu’une... .,.…

Une confession simple soulage la conscience ; une confession trop détaillée l’embarrasse. La multitude des

aroles sert plus à décharger la mémoire, qu’à décharger ‘ame. C’est dans une humble douleur et dans la soumission que l’ame trouve la paix. Mais je ne suis pas content, si je ne déclare tout ce que j’ai dans l'esprit : illusion ! vous ne devez pas chercher à vous contenter, mais à faire la volonté de Dieu. Soyez soumis au confesseur, contentez-vous de déclarer vos péchés comme il vous dit de les déclarer : voilà ce que Dieu demande de vous. Si vos péchés vous font toujours de la peine, c’est une bonne marque: portez cette peine en esprit de pénitence et en silence. Si Le scrupuleux suit cet avis, ü sera bientôt en paix.

DE LA RELIGION: 397 Lé confesseur doit, de son côté, lui parler avec assurance, ne pas beaucoup raisonner avec lui, mais lui dire des raisons courtes et sensibles. Quoique le scrupuleux ne le comprenne pas, il doit s’y soumettre par un esprit de foi , à l'exemple d'Abraham, qui sortit de son pays pour obéir à Dieu, sans savoir où il allait : Fide.… Abraham obedivit.… et extit nesciens quô éret. Heb. 11. Le chemin qu’on croit assuré n’est pas toujours bon. 2! y a, dit le Sage, un chemin qui paait droit, et qui conduit &yla mort; et c’est celui qu suit par son propre esprit. Le scrupuleux doit

onc bien prendre garde de ne pas trop s'écouter. Qu'il s’en rapporte, sur l’état de son ame , aux lumières de son confesseur ; qu’il adore les desseins de Dieu, qu'il prie, qu'il ait confiance en Jésus-Christ, qui veut sincèremeut le sauver, et qu’il fasse absolument ce qu’on lui prescrit.

L'état de ré 0ù et de tentations est un état d'autant lus méritoire qu’il est plus pénible. C’est par là que ieu éprouve et purifie certaines ames en cette vie.

Plus ces ames se croient viles et misérables , plus elles sont dignes de miséricorde, et moins doivent-elles se décourager.

RÉSOLUTIONS

r. Dans les scrupules qui me viendront d’une crainte excessive y je mettrai en Dieu ma confiance.

2. À ceux qui auront pour cause l'ignorance , j’opposerai l'étude de mes devoirs.

3. Dans tout, je soumettrai mes lumières et ma volonté à la direction d'un guide vertueux , éclairé, rempli d'expérience.

Mon Dieu, ne permettez pas que je m’obstine à vouloir être moimême mon propre conducteur dans ce qui regarde le salut d2 mon ame.

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