‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 27 sur 186 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Il est plus difficile de se corriger des habitudes. contractées par le penchant.

En suivant ses penchans vicieux , on fait à son ame des plaies qui sont bien plus incurables, soit du côté du cœur, soit du côté de l'esprit.

I. Du côté du cœur, il est plus difficile de s’en repentir. On ne se repent pas aisément d’un péché qui vient d’un penchant qu’on aime , ou qu’on ne veut point combattre. On est fiché , dit-on, d’avoir péché ; on le dit, mais souvent on se trompe. On n’est pas toujours fâché d’avoir fait le péché, mais on est fâché de ce qu'il y a du péché dans ce qu’on a fait, parce qu’on voudrait qu’il n’y eût point de péché dans ce qui nous plaît. On est fiché, parce qu’il faut s’en confesser ct s’en corriger; mais en est-on fàché parce qu’il offense Dieu ? C’est sur ce point qu’il faudrait sonder son cœur.

Nous disons que le péché nous déplaît ; et à qui ne deplaît-il pas ? 11 déplaît même aux plus libertins. On parleraït avec plus de vérité, si l’on disait que c’est la gène qui nous déplaît, et que la violence qu'il faut se faire pour se mettre au - dessus du qu’en dira-t-on, REF se corriger , nous déplaît encore plus que nos

chés.

QE craint bien plus d’être raillé du monde, de faire queues efforts et de s’incommoder, qu’on ne craint “de pecher. Il est donc vrai qu’il est difhcile de quitter un vice, surtout Es il est d'habitude , lorsque le penchant a gagné le cœur.

IL. Il n’est pas moins difficile du côté de l'esprit ; ‘car comment combattre un penchant qui aveugle la raison , qui étouffe les remords, et qu’on ne veut point connaître P …. Dès lors qu’on a du penchant pour une chose, on Se persuade aisément qu’on peut la faire innocemment. La conscience, les lumières de la foi, la parole de

ieu, ne dissipent guères les illusions et A charme

50 PENSÉDS SUR LES VÉRITÉS | qui séduisent un esprit prévenu par la passion et par le penchant. Les instructions pourraient-elles désabuser une personne qui croit le contraire de ce qu’on lui dit Ps À quoi sert de présenter de la lumière à un hommes qui ferme les yeux ? et comment guérir celui qui croit n'être pas” malade? 0 + 0 nn en bu UE 4 N'est-ce pas pour celte raison que-les.jeunes gens ;! dont le penchant est si porté aux plaisirs et à Ja diss sipation, ouvrent si difficilement les yeux sur les frés quentations et sur les attachés qui les perdent ? ue l'impudique, loin de comprendre ‘horreur de ses crimes honteux, les traite de bagatelles ou de faibless s? que plusieurs personnes de ue , passionnées pour le as et pour la gloire, loin d'ouvrir les yeux ‘sur les, angers de leur condition , traitent de bienséances leurs, dépenses fastuenses , leur vie molle et leur ambition y ue les militaires regardent sans horreur le érime dé testable du duel comme un point d'honneur, et ne voient pas qu’il est l'effet d’une fureur diabolique, et d’un orgueil insensé qui les aveugle et que ieu réprouve ? FRERE) UE N'est-ce as aussi pour ne pas connaître leurs pen= chans déréglés, que tant de personnes attachées à cui biens , emportées quand elles perdent , dures envers auvre et le débiteur, ne voient pas que lavarice ét esprit d'intérêt les possèdent ? que tant de gens portés à la médisance, à la satire , qui S’offensent de tout, qui refusent de se réconcilier et de voir ceux qui les ont offensés, ne s’aperçoivent pas qu'ils sont sans charité; et, vivant sans le savoir dans une jalousie et une Tran: cune habituelle, se persuadent, malgré le scandale qu'ils donnent , qu'ils sont innocens d N'est-ce pas pour la même raison que tant de joueurs, de fainéans , d'intempérans , qui fréquentent habituelle ment les tavernes , se persuadent qu'ils ne font point di mal ? que tant de gens avides regardent comme inno: cens le trafic et l'exercice du commerce dans les saint jours, et se croient permis les monopoles , les usures L supercheries et les chicanes ? que tant de gens. impatiens quand on les contredit, pleins de hauteu dans leurs sentimens, qui pxennentf” “xpour une me |

DE LA RELIGION. 51 sur le compte de leur famille, ne voient pas que c’est un orgueilsecret qui les domine? N'est-ce pas pour cette raison que tant de pères et mères aveuglés par l'esprit du monde, ou par un amour excessif de leurs enfans , souffrent dans leur famille des désordres et des intrigues qu'ils ne veulent ni savoir, ni croire, ni empêcher ? n'est-ce pas enfin parce qu’on ne connaît pas ses penchans secrets, que tant de gens s’accusent si mal de leurs défauts essentiels, pendant qu’ils s’accusent si scrupuleusement de leurs fautes légères ?

Le Prophète avait donc bien raison de dire : Qui

est celui qui connaît ses péchés P L’amour-propre, le D À pour les plaisirs et les choses de la terre, sont comme un nuage épais qui obscurcit la raison, sont comme un souffle venimeux qui peu à peu éteint les lumières de la foi. Certains péchés grossiers, pour lesquels’on n’a pas de penchant , se font sentir : on les connaît, on s’en corrige ; mais les péchés que le penchant fomente, sont ordinairement les plus dangereux

our le salut : on n’en connaît souvent ni la cause ,æi la malice, niles remèdes , parce qu’on ne veut pas les connaître : Delicta quis intelligit P Ps. 18. Veillez donc. sur vous même, sondez votre cœur, instruisez-vous, et laissez-vous instruire.

RÉSOLUTIONS

1. Quelque difficile qu’il soit de rompre les habitudes pernicieuses, appuyées sur de mauvais penchans, je suis résolu de travaillemdésranjourd'hui à détruire celles qui régnent en moi. Quelles ‘sont-elles ?

saurai cécours souvent, à ceb effet, à la prière, aux sacremens,, à la méditation des grandes vérités ;. et je veillerai continuellement sur moi, à légard de ces funestes habitudes,

Menéz à mon secours, d mon Dieu ! afin que je parvienne Và tarir à jamais ces sources fécondes de transgressions.

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