CHAPITRE XXXIIT
De la patience dans les malades.
Sourrrez la maladie avec résignation, parce que Dieu le veut ; avec consolation, parce qu’elle est avantageuse.
1. Dieu leveut. Pourquoi ne le voudriez-vous pas ? Qu'il y a de bizarrerie dans notre esprit ! Tous les jours nous disons à Dieu : Votre volonté soil faite ; mais s’il manifestait sa volonté par quelque disgräce, nous Youdrions que sa volonté ne se fit plus. Dieu pourrait vous préserver de maladie ou vous guérir ; s’il ne le fait pas, c'est une marque qu’il veut que vous soullriez : vous devez donc le vouloir. Soulagez-vous par des remèdes, il le permet, il le veut; mais remettez à sa volonté l'opération et l’eflet des remèdes. En vain resistez-vous à sa volonté toute-puissante. Faites du moins de nécessité vertu.
Vous n'êtes pas le seul que Dieu afflige. Combien d’autres sont accablés de peines ! Y a-t-il sur la terre un homme sans disgrâce , une famille sans adversité ?
… N'a-t-on pas ses chagrins sur le trône, aussi bien que
dans les fers P Si tant d’autres sont obligés à porter leur croix, pourquoi n’acceptez-vous pas la vôtre ?
Vous vous croyez plus afiligé que les autres ; mais ne vous trompez-vous point ? Ils sont peut-être plus malheureux que vous. Vos amis pensent que vous êtes à plaindre; vous ne l’êtes pas parce qu’on À pense, mais vous l’êtes si vous souffrez sans résignation. Vos souffrances fussent-elles encore plus accablantes, jamais la maladie, ni rien au monde, ne doit vous empêcher d’être soumis à Dieu. Quand vous manqueriez de toute consolation, vous devez être content de ce que Dieu veut.
Cette divine volonté est si adorable et si sainte, que, quand il ne faudrait qu’un pas pour vous délivrer, vous ne devriez pas le faire. Il est in sûr pour vous d’être malade selon la volonté de Dieu, que d’être en santé contre son gré. Tels étaient les sentimens d’une vertueuse villageoise , qui , souffrant une cruellemaladie, me dit un jour : Je suis si contente d'étre ce que Dieu veut, que je ne changerais pas mes infirmilés contre un royaume. S’inquiéter parce que la maladie empêche de remplir ses devoirs et de servir Dieu, c’est une illusion. Pourquoi vous inquiéter de ne pouvoir faire ce que Dieu ne demande pas de vous ? Qu'y a-t-il de plus grand , et qui donne plus de gloire à Dieu, que de souffrir pour son amour ?
I. Il y a d’ailleurs de grands sujets de consolation dans une maladie, par les avantages qui l’accompagnent. Elle est avantageuse, 1. pour ceux qui vous assistent ; ils gagnent des mérites immenses par leur charité. Oh ! que je suis consolé, disait saint François de Sales dans ses maladies, de vor la peine que ces pauvres gens prennent autour de moi! Par leurs services et leur charité ils gagnent le ciel.
2. Avantageuse pour l’expiation de vos péchés. 11 est bien plus doux et plus court d'effacer ses péchés sur un lit, que de les expier dans Je feu. Combien d'années de purgatoire ne peut-on pas expier dans quelques heures de maladie ! Ah ! qu’un jour vous vous saurez bon gré de vous voir délivré de ces feux horribles, dont une heure est plus insupportable que plusieurs années -de Ja maladie la plus aiguë.