‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 40 sur 186 · CAFE · texte numérisé non relu

CAFE

DE LA RELIGION, 77 Loin delà , rien ne doit plus nous attacher à Dieu ue l’adversité ; elle est le partage ordinaire des enfans k Dieu. Le Seigneur châtie ceux qu'il aime, dit saint Paul, et frappe tous ceux qu’il reçoit au nombre de ses enfans. M dit tous et n’excepte personne, car y at-il un fils qui ne soit châtié de son père ? Quis enim filius quem non corripit pater P Hébr. 12. Ainsi, continue saint Paul, si vous n’eéprouvez pas les afilictions dont Dieu fait part à ses serviteurs, vous m'appartenez plus à Jésus-Christ, vous lui êtes étrangers, etnon pas ses véritables enfans : Siextra diseiplinam estis, cujus participes facti sunt omnes, ergo adulteri, et non fil estis. Ibid. Saint Ambroise eut donc raison de sortir d’une maison dont l'hôte , riche et scandaleux, n’avait jamais éprouvé aucune disgrâce. Sortonsd’ici, dit le Saint; cette maison périra, uisqu’elle est sans adversité. À peine fut-il sorti, que

A maison s’écroula et écrasa l’hôte.

Les adversités ne sont cependant pas toujours une marque qu’on est du nombre des serviteurs de Dieu. Les méchans ont leurs contradictions et leurs disgrâces; mais ils traînent leur croix plutôt qu’ils ne la portent ; et, par le mauvais usage qu'ils en font , ils se perdent par le chemin qui devrait les sauver; à l’exemple du mauvais larron, qui de sa croix descendit aux enfers. tandis que le bon larron monta au ciel.

II. Si la patience est la marque des serviteurs de Dieu, elle est aussi le chemin qui conduit au ciel. Jésus-Christ nous à promis la gloire, mais il veut que nous l’ayons avec honneur, et que nous la gagnions par notre courage. Il ne nous a montré pour aller au ciel qu'un chemin hérissé d’épines ; son Evangile ne nous prêche que la croix; il a voulu lui-même être pa =" à et n’est entré dans le ciel que par cette voie. Ilafallu, dit l'Evangile, que le Christ souffrit, afin qu'il entrât dans sa gloire : Oportuit pal Christum , et ità intrare in gloriam suam. Luc. 24.

Voilà ce que les Apôtres préchaient de sa part : C’est par beaucoup de tribulations qu'il faut que nous entrions dans le royaume de Dieu. Oui, il le faut ; c'est une loi que le Fils de Dieu a subie, Serait-il

78 | PENSÉES SUR LES VÉRITÉS juste que nous entrassions dans sa gloire par un che-

min de roses, tandis qu’il n’y est entré lui-même que :

par un chemin d’épines ? Per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei. Act. 14.

Ne nous y trompons pas : on ne va point de ce

monde à la gloire du ciel par les délices. Ceux qui”

vivent dans les plaisirs et l'abondance, qui n’éprouvent ni adversités ni disgrâces, semblent être réservés aux vengeances de Dieu, comme les victimes qu’on engraisse pour les sacrifier. C’est une vérité induhitébles que ceux qui ne veulent pas souflrir en ce monde souffriront en l’autre. Tout pécheur qui n’est pas purifié en cette vie ar le feu de l’adversité ou de la pénitence, sera puni en Pautre par le feu de l'éternité. | Pourquoi donc craignez-vous de souffrir ?: Pourquoi tant d’impatiences et de murmures ? C’est que vous n’aimez que votre satisfaction, vos plaisirs et vos biens. Mais tous les plaisirs et tous les biens de la terre sont-ils es à un moment des délices du ciel, que vous vous exposez à perdre par vos impatiences ? Ne vaut-il pas mieux souffrir quelques afilictions, quelques pertes pendant quelques jours, que d’être exclu du séjour de la gloire ? Aimez-vous mieux être un jour précipité dans les feux que de souffrir icibas quelque temps, pour mériter un bonheur sans fin: pe le plus sensuel se priverait volontiers d’une liqueur agréable, s’il savait qu’il dût en être empoisonné, et rendrait grâces à celui qui la luiôterait. Ah ! insensé , vous savez que le trop grand amour de vousanême, l’aitache à vos plaisirs et aux biens, empoisonnent votre ame, qu’ils embraseront l’enfer pour vous punir; et cependant vous vous livrez à l’emportement quand on vous en prive ou quand on contredit vos inclinations. Où est votre raison ? Si vous ne pouvez souffrir quelques momens , comment pourrez-vous souffrir toujours ?

es vrais serviteurs de Dieu ; loin d’être en paix dans la prospérite, et de chercher les joies du monde, craignent pour leur salut dès qu’ils sont sans tribulations. Les souffrances et la croix font leur sûreté ; ils les demandent comme des moyens d’arriver à la-gloire.

Ah! mon Dieu, disent-ils avec saint Augustin, afiligez-moi, purifiez-moi, ne m’épargnez point en cette vie, pourvu que vous m'épargniez en l’autre , et que je vous possède en l'éternité : He ure, hic seca, modè in œlernum parcas.

R RÉSOLUTIONS

s. Persuadé que la patience m’est nécessaire presque à chaque instant de la vie, je la demanderai souvent à Dieu.

2. Et dès que je m'apercevrai qu'il s’élève en moi quelque mouvement contraire à cette vertu fragile, je m’efforcerai d’apaiser sur-le-champ ce mouvement.

3. A plus forte raison renoncérai-je aux murmures ; aux sentimens de haine, aux désirs de vengeance, et autres excès de cette nature , aussitôt que ma conscience m’avertira qu'ils naissent dans mon cœur.

Mon Dieu, que de fautes j'ai faites jusqu'ici, parce que j'ai manqué de patience! Donnez-moi , je vous en supplie, cette vertu, quiest en quelque sorte le fondement de toutes les autres vertus.

Page 1