CHAPITRE XXXIV
Des effets de la patience.
Erxe adoucit nos peines, elle expie le péché, elle éprouve notre vertu.
I. Les moindres peines , sans la patience, deviennent insupportables. On ne se soulage pas par l'inquiétude et le chagrin, on ne fait qu'aigrir son cœur et irriter Je mal. La patience , au contraire, calme notre esprit et adoucit nos inquiétudes. s
La croix ne nous accable que parce que-nous voulons y succomber. Elle ne nous afilige qu'autant que nous voulons nous afiliger; ce qui a fait dire à un ancien, + nous n'avons de croix que celles que nous vou-
ons avoir, parce qu’elles ne sont sensibles qu’autant
que nous les prenons à cœur. Elles cessent de nous crucifier et de nous affliger aussitôt que nous les portons avec résignation. Il est vrai que la patience n'ôte pas la peine et la douleur; mais elle en tempère l’amertume; elle fait, selon la parole du Sauveur, qu'on possède son ame en paix : /n patientié vesbr& possidebitis animas vestras. Luc. 21:
Il. La patience expie le péché: et en peu de temps
DE LA RELIGION. 83 elle peut en expier beaucoup. Si nous comprenions ce ‘que nos péchés méritent, Join de nous plaindre des souffrances, nous dirions que Dieu se contente de trop peu de chose ; que, loin de mériter des consolations, nous ne méritons que des châtimens, trop heureux d'échapper à l'enfer à ce prix. Je l'ai mérite cent fois, et je n’y suis pas encore; je dois donc adorer la miséricorde de mon Dieu, qui, en échange de ces tourmens horribles, se contente de quelques peines en cette vie.
N'oublions jamais ue, quand nous n’aurions commis qu’un péché mortel, Dieu est d'une si haute majesté, sr toutes les peines de cette vie ne sont pas capables
€ réparer en rigueur l’injure qui lui est faite par un seul crime. Ne nous plaignons donc pas des afflictions dont sa miséricorde nous fait part pour l’expiation de nos péchés , puisqu'elles sont toujours infiniment au-dessous de ce que nous méritons.
III. Enfin, la patience dans l’adversité éprouve la vertu. Oh ! er est difficile d’allier la prospérité avec la sainteté ! Jouir d’une grande fortune, et servir Dieu dans le détachement; posséder de grands talens, des emplois éclatans , et aimer l'obscurité; être chaste,. et vivre au milieu des délices ; en un mot, pouvoir tout ce qu’on veut, et ne vouloir que ce qui plaît à Dieu « voilà un rare prodige. 11 faut de la grandeur d'ame, dit saint Bernard, pour n'étre pas séduit, quand tout nous réussit et que tout nous flatte.
Mais c’est une grandeur d’ame encore plus héroïque, de conserver la vertu dans les tribulations. Les Lonneurs, dit-on, changent les mœurs. On parlerait avec plus de vérité sil’on disait qu'ilsles font connaître. Disons la même chose de l’adversité. Celui qui n'a pas été éprouvé, dit le Sage, que sait-il P peu de chose. IL ne sait servir Dieu qu'anparfaitement , n’ayant point encore donné de grandes marques de son courage. C’est dans l’occasion qu'un soldat qui paie de sa personne et de son sang , fait connaître sa bravoure et sa fidélité. C’est aussi dans les occasions qu'un chrétien fait connaître ce qu’il est.
n’est pas une grande merveille d'être patient
quand on n’a rien à souffrir, de pratiquer la douceur quand rien ne nous contredit > d’être vertueux quan on n’a point d'occasions d’être méchant; mais passer sa vie dans la disgrâce, dans l’adversité, dans l’aban= don ; être accusé, opprimé ; être exercé par la contra= diction et l’imposture, sans être ébranlé : c'est l’hé« roïsme de la vertu. :
Où trouver de ces ames fortes et généreuses qui puissent dire comme saint Paul : Je me plais dans les infirmités, dans la nécessité, dans les persécutions , dans les afflictions pour Jésus-Christ, car c'est alors que je suis plein de force P 2. Cor, 12. Voilà le partage des grandes ames ; c’est dans la tribulation que Dieu éprouve et purifie ceux Fat cherit. C’est parce que vous étiez agréable à Dieu, disait l'ange à Tobie, qu'il était nécessaire que vous fussiez éprouvé. Oh! que la vertu est faible quand elle n’a pas été éprouvée ! Qu'elle est rare dans la prospérité et dans le succès !
RÉSOLUTIONS
1. Puisque j'ai besoin de faire pénitence, et que les afflictions qui m’arrivent peuvent me servir à expier mes péchés, je regarderai ces afflictions comme des pénitences légères que Dieu m'envoie pour m'aider à satisfaire à sa justice.
2. Et je ferai tous mes efforts pour ne pas en perdre le fruit.
Mon Dieu , aidez-moi à profiter des épreuves et des peines que j'aurai désormais , pour me purifier devant vous, et payer les dettes immeuses que j'ai contractées envers votre justice.
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