CHAPITRE XXXVI
Jésus souffrant nous apprend à souffrir.
Deux sortes de personnes sont dans l’erreur au sujet des afilictions. Je n’ai point de mérite à souffrir , disent les uns; jy sens trop de. répugnance. Je souffrirais volontiers , disent les autres, si je l’avais mérité ; mais je suis innocent. Instruisons-les par l'exemple de Jésus souffrant.
I. Quant aux premiers, le Sauveur leur apprend que la répugnance, la sensibilité, les sentimens de la nature , ne sont point contraires à la patience , et n’ôtent pas le mérite, pourvu que dans le fond de l’ame on soit soumis à Dieu. Les consolations qui accompagnent certaines croix n’en font pas le mérite ; elles sont quelquefois accordées à des ames faibles, comme le lait et le miel qu’on donne aux enfans. Mais les croix qui sont sans consolation et qui accablent sont comme la nourriture des ames fortes.
Qui fat jamais plus accablé d’ennui, qui eut jamais plus de répugnance à souflrir que le Sauveur au jardin des Oliviers , lorsque, succombant sous le poids d’une tristesse mortelle, il disait à Dieu son Père : 44! mon Père, éloignez de moi ce calice de douleurs ! Quelle fut même sa désolation sur la croix, lorsqu'il s’écriait : Mon Père,m'avez-vous done abandonné P
Le Sauveur ressentait vivement ses douleurs, parce qu’il était homme ; il les ressentait encore plus vivement, parce qu'il était innocent. Il s’offrit cependant à la croix; et malgré la répugnance de la nature, malgré la confusion dont il était accablé, son ame sainte fut toujours si parfaitement soumise à la volonté de son Père, qu’il souffrit avec joie la rigueur et ape probre de ce supplice. Proposito sibi gaudio, dit saint Paul, sustinuit crucem, confusione contempté. Héb. 12. "
N’a-t-on pas vu des saints à qui la douleur faisait jeter des larmes ct pousser les hauts cris, qui néanmoins, dans le fond de l'ame, étaient soumis aux
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ordres du Ciel ? Ce n’est donc pas dans l’insensibilité que consiste la patience, mais dans un attachement sincère à Ja volonté de Dieu.
I. Quant à vous qui dites qu’il est dur de souffrir la persécution et la calomnie lorsqu'on est innocent, jetez les yeux sur votre Sauveur, qui est plus innocent que vous : ilest votre Dieu, le Saint des saints ; néanmoins il souffre, et jamais 11 n’y eut de douleur semblable à la sienne. De quoi donc vous plaindriezvous ? Si votre Dieu souffre , pourquoi ne souffririezvous pas ? Il est innocent, et vous êtes coupable ; et fussiez- vous innocent aux yeux des hommes en une chose , l’êtes-vous en tout devant Dieu P
Saint Pierre martyr, accusé faussement, et condamne , quoique innocent , à une dure prison, se plaignait amoureusement aux pieds de son crucifix : £A ! mon Sauveur, qu'ai-je donc fait pour étre traité de la sorte P Le Sauveur lui répondit: £t moi, Pierre, qu'ai-je fait pour étre attaché & la croix P Cette parole lui inspira tant de courage, que les peines de tout l’univers n’eussent pas cté capables de l’ébranler.
On ne vous a point encore noirci par des calomnies aussi atroces que celle dont on à chargé Jésus-Christ. On ne vous à pas garrotté et flagellé comme lui. Vous n’avez pas cté attaché à un gibet comme ce Sauveur innocent; vous n'avez même jamais ressenti ces grandes afllictions dont Dieu visite ses saints : et ce-
endant, pour une légère perte, pour une parole helene” pour une contradiction , vous êtes déconcerté, O que vous ne comprenezsguère de quel esprit vous devez être animé !
Plus vous étes innocent, plus vous éles heureux et glorieux de roc , dit saint Pierre. Quelle gloire auriez-vous de soulfrir l’opprobre , lorsque vous l’auriez mérité par un crime ? Qucæ enim est gloria, si peccantes el colaphizati suffertis P 1. Pet. 2. Plus vous êtes innocent, plus vous aurez de consolation à souffrir et à pardonner, parce que vous serez plus semblable à Jésus-Christ. Il souffre la mort, et 1l offre le pardon à ses bourreaux ; il embrasse même Judas quile trahit; et vous ne souffririez pas une in-
jure d’un ennemi ou d’un frère! Apprenez, par l’exemple d'un Dieu, qu'il est bien plus avantageux de recevoir une injure que de la faire, plus honorable de souffrir que de faire souffrir les autres , et qu’il vaut mieux souffrir de tous les hommes, que d’en faire souffrir ou que d’en haïr un seul.
Armez-vous de cette pensée , dit saint Pierre , que Jésus - Christ a souffert pour vous. En jetant les yeux sur ce divin original, vous trouverez dans son innocence un courage à l’épreuve de toutes ntradictions de la vie. Sile Sauveur, montant au Cal-. vaire, vous avait prié de l'aider à porter sa croix avec quelle ardeur ne l’auriez-vous pas émbrassée Quoi! vous n’auriez pas balance de porter cette pesante croix sous laquelle un Homme-Dieu MOLe et vous ne pouvez vous résoudre à porter les plus légères ! Comment souflririez-vous les insultes des bourreaux, vous qui ne pouvez souffrir une parole P comment vous laïisseriez-vous charger de plaies, vous qui ne pouvez souffrir un mépris, une contradiction ? Vous auriez eu le courage de porter la croix du Sauveur ; pourquoi done n’acceptez-vous pas une portion de cette croix dont il vous honore tous les jours? Le serviteur doit-il être plus délicat que son seigneur, et. tenir une autre route que celle qu’il voit tenir à son maître ? Von est discipulus super magistrum.
Matth. 10.
Finissons par cette pensée de saint Bonaventure qui enseigne que Jésus-Christ n’a pas été un seul moment sans souffrir; que, dès le premier instant de sa conception jusqu’à sa mort, il ressentit en son ame les horreurs de la croix ; qu’il la désira, et que les tourmens de sa passion furent toujours présens à son esprit. Ce saint Docteur assure même que le Fils de Dieu était disposé à s’incarner, à être attaché à Ja croix dès le commencement du monde, et à y souffrir jusqu’au jour du jugement, s’il était nécessaire pour fa gloire de son Père et pour notre salut. Oh! que nous Conaissons peu ce que nous devons à Jésus- Christ, et quel est le prix de la croix, lorsque nous vefusons de souffrir.