CHAPITRE XLI
De la libératité.
Un chrétien doit être libéral, lêtre envers tous, l'être avec prudence.
On voit des personnes toujours disposées à recevoir, et qu ne donnent jamais rien : c’est la marque d’une
me basse. IL est plus heureux , dit Jésus-Christ, de dopner que de recevoir : Bealius est magis dare,
ym areipere. Act. 20. Ayez soin de votre réputation, AS plus estimable que les richesses. Or, rien ne soutient plus la réputation que le désintéressement et la libéralite.
Que penser d’un homme riche qui ne donne rien, ou qui ne donne que par des vues intéressées ? C’est une ame sordide et mercenaire, dont les sentimens n’ont rien de noble et de grand. Quel plaisir peut avoir dans là société un homme dur et tenant, qui n’est estimé de
ersonne ?
On voit des gens qui paient exactement , qui donnent
ce qu’ils promettent , qui ne font tort à personne, qui se croient exempts de blâme pourvu qu'ils ne fassent point d’injustice; mais si l’on examine de près leur conduite, on n’y voit ni désintéressement ni générosité. Ils craignent toujours de trop donner , de trop promettre , de se dessaisir. Ils dis utent, ils chicanent, ils épluchent, Pour avoir tout au plus bas prix. Ils ne se fient à personne, pas même à leur femme ; ils ont attention que l'artisan, l’ouvrier , le marchand » ne gagnent trop avec eux ou ne les trompent. Ils ne font point d’injustice , mais aussi ils ne font point de grâce. Défians, difficiles, tracassiers dans leur famille et dans leurs affaires, ils ne font que des mécontens. Une telle conduite montre ordinairement plus de lésine et d’avarice que d’économie.
IT. Un chrétien qui à des sentimens de religion et d'honneur est libéral envers ses amis , dont il sait cultiver l’amitié par des bienfaits. Les fréquens et petits
résens, dit le proverbe, entretiennent l'union. Li- Féral envers ses ennemis, il les prévient par ses services avec générosité ; libéral envers tout le monde, il se fait un plaisir de prêter, de donner, d’obliger, de se relâcher sans vue Lintérét. Accommodant, facile dans les affaires, il craint plus de faire des mécontens que de perdre. Libéral, surtout envers ceux qui le servent, il paie largement leurs services, parce qu’il comprend que les sueurs, les peines des artisans, des domestiques et de ceux qui nous servent, valent souvent plus que notre argent; qu'il leur coûte plus de nous servir qu’il ne nous coûte de les payer.
Une supérieure dit un jour à la sœur qui achetait les provisions du monastère : Ma sœur , ne chicanez point les pauvres gens en achetant lewrs denrées ; on ne peut trop payer leurs peines ; ils font plusieurs lieues pour apporter des charges dontils n’ont que peu de chose. Quoique nous soyons pauvres , nous ne Mourrons pas de faim ; après tout , lvaudrait mieux que nous eussions faim que ces Pauvres gens ; il ont plus de maux que nous.
Valère-Maxime dit d’un ancien, que tout ce qu'il avait était à tout le monde ; que sa maison était l’asile
SLA RELIGION. ” 105 des misérables ; qu’il avait un fond de bienveillance qui Je portait à rendre service à tous. Oh ! qu’un chrétien
a cette qualite est estimable aux yeux des hommes ! qu'il est chéri de Dieu! Hilarem enim datorem diligit Deus. 2. Cor. 9.
HI. Soyez libéral, mais avec prudence et par raison. Faire des dépenses au-delà de ses forces, dissiper son bien en vanité , en jeux , en festins , en debauches, c’est abus, prodigalité, folie et scandale. Il y a cette différence entre le prodi ue et l’avare, que le prodigue dissipe comme s’il ne devait vivre que deux jours, et que l’avare amasse comme s’il ne devait jamais mourir. Le premier manque de prévoyance, et l’autre de confiance en Dieu. La prodigalité est un excès blämable, et l’avarice un défaut encore plus honteux, et la marque d’une ame basse.
RÉSOLUTIONS
1. Instruits que les hommes , nés pour la société, doivent s’entraider et sefaire mutuellement du bien, chacun selon ses facuktés ;: je ne regarderai pas de trop près mes propres intérêts.