CHAPITRE L
Des Divertissemens du monde. | Sr faut quelque récréation ct quelque divertissement à l’homme, il doit les prendre selon Dieu; mais les grands repas, les jeux immodérés, les bals et les spectacles, qui sont " divertissemens ordinaires du monde, sont-ils selon les desseins de Dieu ? Quatre chefs qu’il est important d'examiner. Ù . L. Les repas. On peut donner quelques repas, quelques festins, selon sa condition ; la société et la bien séance l'exigent en certaines conjonctures. Le Sauveur assista lui-même aux festins qu'on lui prépata chez Simon le pharisien, chez Zachée, chez Matthieu. Mais les festins doivent être rares et modérés.
Les grands repas fréquens et somptueux sont l’écueil de l’honnétete et de la modération ; souvent on y dit ce qu'on n'aurait osé penser à jeun. Il est difficile de n° point passer les bornes que la tempérance et la religion prescrivent : l’ame s’y ressent de la dissolution du corps; le cœur s’y dissipe; Pesprit de Dicu s’y éteint; on y scandalise les pauvres qui meurent de faim, tandis que d'autres sont trop rassasiés; on y oublie Ia pudeur et le salut, on y altère sa santé, on ÿ avance sa mort, selon le proverbe : La gourmandise et la table en ont plus fait mourir que le glaive. Au contraire, la sobricte et l’abstinence prolongent les jours. In multis enin escis erit infirmitas… Qui aulem abstinens est, adjiciet vitam. Eccli. 37.
IL. Les jeux. On permet des jeux innocens, et des amusemens aux enfans : cela convient à leur âge; mais qu'il sied mal à des gens dont la vie se passe dans l’inutilité, de dire qu'ils jouent par délassement ct pour s'amuser ! comme si des fainéans et des fainéantes , qui coulent leurs jours dans la mollesse, dont la vie est une perpétuelle récréation, avaient besoin de délassement; et comme si le temps qu’on doit ménager pour le salut et pour ses affaires , n’était donné de Dieu que pour se diverur et s'amuser !
PLTLTUT NEC LEP
Autrefois le sénat de Rome, pour honorer ja mémoire d’une dame illustre, lui érigea une statue qui tenait une quenouille, pour montrer qu’elle s’était occupée non pas aux jeux et aux spectacles, mais au soin de sa famille , et à des ouvrages convenables à son état et à son sexe ; et pour apprendre à toutes les dames que Vattention à leur famille, l'aiguille et le fuseau sont leurs que nobles occupations. Ce sont celles que Je
sprit donne à la femme forte : Digiti èjus app derunt fusum. Proy. 31. Mais aujourd) érigeait des statués à certaines dames, il faudra mettre en main l’attirail d’une toilette, des romans et des cartes. ea | ”
Lé délassement et quelques récréations conviennent à des personnes d'étude, à des gens de travail, à des convaléscens, comme jeux d'esprit, jeux d'exercice, et autres jeux honnêtes. Les jeux de maïns ne conviennent point à des gens raisonnables. Jouez peu de temps, peu ou point d’argent. Un jeu trop interessé, ou qui sert d'occupation, n’est plus innocent. ;
Voilà les règles que suivent les personnes sages, mais il est rare qu’on s’en tienne là. On joue longtemps, on joue sans modération , on joue par intérêt : et de là combien de désordres ! ce qui a fait dire à un célèbre magistrat , que les grands joueurs féunissent en eux les grands vices. En voici lé détail.
Imprudens, ils risquent étourdiment la perte de leur bien sur un coup de dés, sur une carte: Orgueilleux, ils se piquent de savoir jouer ; fiers jusqu’à l’impudence quand ils gagnent. L'avarice, esprit d'intérêt qui les possède, leur fat employer la tromperie et la surprise. L’envie les tourmente ; ils ne voient qu’avec chagrin le bonheur des autres, cachant sous une contenance forcée le dépit qui les ronge.
D'autres fois opiniätres, ils ne veulent ni céder, ni entendre raison. Tantôt emportés jusqu’à la fureur et au désespoir, ils blasphèment et s'en prennent à Dieu quand ils perdent. Tantôt injustes et voleurs, jouant au préjudice de leurs créanciers, où ce qu’ils ont dérobé dans leur famille, ou sur les emprunts qu'ils ne peuvent rendre; enfin, soupçonneux, défians, brouil-
DA LA RALIGION. 131 lons , chicaneurs, querelleurs : voilà les passions qui, tour-à-tourou tout à la fois, les agitent.
Jérémie, ce sait rophète, et la chaste Sara, épouse dé Tobie, pour obtenir miséricorde, disaient à Dieu : Se FA ayez égard que je n'ai jamais été, dans
assemblées des joueurs. Jer. 15. Tob. 3. Vraiment un ur est bien en état de parler à Dieu , en sortant du jeu avec une conscience agitée de tant de passions !. Comment gémirait-il devant Dieu sur l’état de son ame, lui qui ne daigne pas même y réfléchir , et qui se croit innocent? . vÉ
Ce n'esbpas tout. Quelle vertu voit-on dans un joueur habituel ? Sans, patience, il prend feu pour rien ; sans humilité, il veut toujours avoir droit et jamais tort; sans modération , il se choque d’une parole échappée ; sans piété, point de retour à Dieu, point d’assistance ni de recueillement au service divin. Dieu veuille que la pudeur soit épargnee dans le jeu, et que la chasteté n’en soit pas la victime ! Enfin, sans attention à tous ses! devoirs, un joueur néglige sa famille, ses affaires, les sacremens et son salut.
$3 je n'ai pas la charité, dit saint Paul, je ne suis rien. Un homme passionné pour le jeu n’a pas même l'ombre de cette vertu. I est sans charité pour sa femme et ses enfans, qu’il réduit à la misère par son acharnement au jeu ; sans charité pour son adversaire, qu’il voudrait dépouiller et que souvent il ruine ; sans charité pour les jeunes gens, qu'il séduit, qu'il attire au jeu, et qu'il met dans la disgrâce de leurs parens ; sans charité pour le pauvre, à qui il refuse un sou, tandis que, etc.; enfin, sans charité pour soi-même, se souciant peu d’altérer sa santé et de perdre son ame, pourvu qu'il se satisfasse et qu’il gagne de l'argent. ?
Oh! combien doit-on craindre cette pis ! elle est d'autant plus à craindre, qu'outre les désordres auxquels elle entraîne, on ne se corrige, pour l’ordinaire, de la passion du jeu, que quand on est ruiné, après en avoir ruiné d’autres, et très-souvent la conscience: embarrassée de plusieurs restitutions à faire, etc.
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