CHAPITRE I. LD, Des veilldes, assemblées et promenades nocturnes
* Cx sont là des moyens puissans qu’emploie l'esprit de ténèbres pour tendre efficacement des piéges à l'inmocence, et pour pervertir les ames. |
I. Une gaité peu mesurée préside d'ordinaire aux veillées, aux assemblées, aux promenades qui se. font durant la nuit entre des personnes de différent sexe: il est difficile, et il arrive presque jamais que la conversation y soit constamment ce qu’elle doit être. Pour ne point parler de beaucoup d’autres défauts qui s’y rencontrent souvent, on s'y permet presque toujours des discours indiscrets, équivoques, licencieux et capables de produire Jes plus funestes impressions. À quels dangers ne s’y trouvent. point alors exposés de jeunes cœurs encore inexpériméntes et sans défiance ?
D'abord on a honte d'entendre de pareils diséours : mais peu à peu on s’y habitue : bientôt on y applaudit avec répugnance et par respect humain, mais ensuite par inClination et par goût; enfin, on en tient soimême, pour se mettre à la hauteur des autres, pour égayer aussi à son tour , fournir du sien ét faire de l'esprit.
Prétendra-t-on, après cela, sortir dé cette assemblée, de ces veillées ou promenades , tel qu'on y tait entré, avec un cœur encore innocent ? Ce west pas ainsi qu’en juge le tentateur lui-même, Il s’applaudit de vous avoir conduit dans ces réunions dangereuses : se réjouit du goût que vous y avez pris, des plaics
DE LA KÉLIGION: 135 profondes que votre vertu y a reçues , du poison meurtrier qui est entré presque imperceptiblement dans votre cœur. Il prévoit les suites déplorables où peut entraîner un commencement si ficheux, IL sait, d’après une expérience longue et souvent répétée, qu'une parole équivoque suflit quelquefois seule pour donner paissance à une foule h pensées , de réflexions, d’affections, de mauvais désirs, qui font le tourment de la vie, et qui deviennent comme une source inépuisable de tentations et de péchés. Déjà il compte en quelque sorte que vous serez un jour associé à sp malle ete ,
Jeunesse chrétienne, trompez J’attente de ce cruel ennemi. Voulez-vous conserver tout de bon le précieux trésor de la sainteté dans les mœurs P évitez à jamais les réunions pleines de dangers dont il s’agit : il est à craindre que si vous vous y rencontrez une seule fois, vous n’en remportiez votre cœur changé, séduit, perdu : tant est vrai ce que dit le grand Apôtre,
ce les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs ! 1. Cor. 15. 35.
IT. Cependant il est rare qu’on s’en tienne à ces conversations déjà si pernicieuses et si coupables ; souvent ou y ajoute des jeux de mains, des familiarités indécentes, des embrassemens passionnés. De semblables pratiques réveilleraient les passions mortifices d’un anachorète qui aurait fait penitence pendant cinquante ans daus un affreux désert; et elles ne produiraient aucun effet funeste sur des cœurs jeunes, sans expérience, sans précautions ! Ce sont là, disent les pères de la wie spirituelle, les signes d’une chasteté mourate, où dejà morte; et on se les permettrait sans scrupule, à un âge où les mesures les plus sévères, la fuile des dangers la plus soigneuse, A vigilance la plus exacte et la prière habituelle suffisent à peine pour assurer la victoire et conserver la plus délicate des vertus! Un regard imprudent fit du APE saint des rois, ct d'un roïqui était prophète, un adultère et un homicide ; et des libertés folâtres entre de jeunes personnes de différent sexe seraient pour elles sans danger, sans conséqueuce ! Oser l’espérer , ne serait-ce pas le comble
134 PENSÉES SUR LÉS VÉRITÉS | de a présomption ? Agir en suite de cetté présomption coupable, ne serait-ce pas mériter d'éprouver tont l'effet de cette menace de l’Ecriture : Col qui aime le dangér y périra P Eccli. 3.27, 00 Oum | HIT. Mais c’est surtout dans les promenades et les : rendez-vous où l’on se trouve seul à seul,tquetles dan | gers se multiplient et qu’ils deviennent le plus séduisans. Alors le cœur parle au cœur , les ténèbres inspirent de | la sécurité | et l'isolement où l’on se voit énhardit Aussi une expérience également constante ét dl É prend que trop dans quel abîme de péches se laissent entraîner peu à peu, quelquefois m ut d’un coup, de jeunes gens qui iient”afis? FO" ilant de leurs parens, ou d’autres témoins sages: Fautil s'étonner si l’on voit cette jeunesse perduechangersensiblement de caractère, devenir hautaîne, arrogante, indocile, d’une humeur âpre, tracassière "si elle perd le goût de la prière, des lectures pieuses, des éxerticés publics de Fa religion, des sacremens , de la”relision elle-même; et si enfin elle s’associe bientôt aux libertins d'esprit qui rejettent les dogmes sacrés dé Ja foi catholique ,| puisqu'elle appartient déjà à cette classe aveuglé par le Hbertifiae outré du cœur ; de à les discordes qui divisent les familles, le déshonteur qui s’y introduit, les scandales qui se répandent au dehors, les unions mal assorties, illégitimes, contraires äux intérêts de la Religion, et dans lesquellés on traîne une vie malheureuse, image vivante de lenfér, vers lequel on se précipite à grands pas. TN | Jeunes gens, tenez-vous dans le séin de vos familles le soir, ou, si vous en sortez, que ce soit toujours accompagnés de quelques parens sages, prudens, âgés, expérimentés, et qui ne vous perdent pas de vue. Abstenez-vous de toute assemblée où ne régneraït pas la décence la plus exacte dans les paroles, dans les manières, la tenue, la parure. Si vous RES à un établissement, ne vous trouvez jamais seul avec la personne que vous avez en vue : quand on ne veut point faire de mal, on ne craint pas les témoins. Une fille bien élevée, honnête, craignant Dieu, aimant la vertu, ne parlera poiat à un jeune homme à l’insu de ses parens, et
DE LA RELIGION, 135 hors de leur présence , ou de quelqu'un qui lui en tienne lieu. Point de promenade le soir, seul à seul : vous vous exposeriez à un grand danger de vous perdre, de perdre aussi votre réputation , et vous donneriez du as. Quiconque fait mal haït la lumière, dit Jésus-Christ dans l'Evangile. Joan. 3. 20. — O mon Dieu! répandez sur la jeunesse fidèle l’abondance de paies afin que, connaissant les dangers qui l’en- . t de toutes parts, elle les évite autant qu’elle le doit, et que, S'y trouvant engagce sans les avoir he | retire promptement, le cœur rempli d'amour pour pour la vertu.
Jusqu'ici nous n’avons parlé que de la jeunesse ct qu’à elle seule ; qu’on n’en conclue pas que les dangers e nous avons montrés, et que les mesures que nous indiquons ne regardent que cet âge : ce serait s’abuser étrangement. La guerre du chrétien dure toute sa vie ; il doit donc se tenir constamment en garde contre les ennemis du salut, se défier continuellement de sa faiblesse, ét ne jamais poser les armes, ni s’appuyer sur ses anciens lauriers ; l'exemple de Salomon doit effrayer tous les âges et les hommes les plus saints.
1. J'éviterai soigneusement toutes les compagnies dans lesquelles on se permettrait de tenir des discours contraires aux bonnes mœurs,
2. Quand on en tiendra de cette nature en ma présense, je me hâiterai &e remplir les devoirs qui me sont imposés dans ce cas : je ferai taire la langue qui s'émancipe, si j'ai de l'autorité, ou quelque influence surelle, ou si je le puis avec prudence ;j'éléverai mon cœur à Dieu; je montrerai par un air sérieux el triste que je ne prends aucune part à ces discours , et , s’il m’est possible, je me retirerai incontinent du danger.
Mon Dieu ! ne permettez pas que je profane jamais ma langue, en là faisant servir à proférer de mauvaises paroles, ni mes oreilles en lesy ouvrant volontairement, ni mon cœur en y mettant un* affection coupable.