CHAPITRE LXIX
Pour élre pénitent, il faut vivre dans l'Ivwmilite.
ET TU : Le Sage nous apprend que l’orgueil est le principe de tout péché : fnitium omnis peccati superbia ; parce que tout pécheur s'élève contre Dieu, et s'éloigne de lui : il faut donc que l’humilité le rapproche de Dieu. De quelque côte que le pécheur se considère, soit du côté de Dieu, soit du côté de lui-même, soit ducôté des autres, tout doit l’humilier. 4. Late co 2 :
I. Du côté de Dieu, il doit se regarder comme un esclave révolté, comme un criminel de lèse=majesté; comme un perfide et un ingrat qui a trahi son maître: comme un enfant rebelle et un orgucilleux coupable, qui a déshonoré son père et son Dieu. Oui vous avez déshonoré Dieu, et vous l’avez plus déshonoré par un seul péché mortel, que jamais vous ne pourriez l’honorer, quand vous feriez autant de bonnes œuvres que tous lez justes. Quel sujet de confusion ! et comment oseriez-. vous yous prévaloir de vos bonnes œuvres?
DE LA RELIÉION. 189
IL. Dutcôté de vous-même. O homme ! qu'êtes-vous devenupar le péché? Vous avez donné le coup dela mort à votre ame ; vous l’avez défigurée ; vous lui avez imet , selon la parole de l'Ecriture, le caractère de la
ête: characterem bestiæ , parce que vous n’avez suivi quevos sens etvos penchans, comme les bêtes : Comparatus est jumentis insipientibus. O mon Dieu ! disait David, comment oserai-je paraître devant vous, après m'être dégradé jusqu’à devenir à vos yeux comme une bête de charge ?
Ce fut un état bien humiliant pour le Sauveur, de vivre dans le désert parmi les bêtes farouches : Eratque cum bestiis: Mais reconnaissez avec humilité que vous ne méritez pas même d’être en présence de Jésus-Christ dansle rang des bêtes sauvages: elles n’ont jamais péché, elles ne sont capables ni de connaître ni d’aimer Dieu; au lieu que vous , qui n’êtes fait que pour l’aimer, vous ne vous servez de votre raison et de ses bienfaits que pour l’offenser.
Vous devtiez donc vous placer au-dessous des animaux, au-dessous même des démons. 1! y en a un parmi vous qui est um démon, disait le Sauveur en parlant de Judas. Voilà ce que vous devriez penser de vous-même, avec cette difference que le démon n’a péché qu’une fois; et vous, de combien de crimes multipliés n’êtes-vous pas coupable ! Pouvez-vous, après cela, vous estimer ? On n’estime point ce qui est défiguré et horrible : or, pouvez-vous voir quelque chose deplus horrible que votre conscience ? Y a-t-il donc un objet que vous deviez plus mépriser que vous même ?
HI. Du côté des autres. Vous oubliez que vous êtes pécheur, lorsque vous les méprisez. Eussiez-vous la vertu d'un saint, votre conscience doit vous faire dire, avec plus de raison que saint Paul : Je suis le plus grand des pécheurs , le plus misérable de tous les hommes ; parce que vous devez avoir plus deconfusion et d'horreur d’un seul de vos péchés, que des péchés de tous lesautres.
D'ailleurs, de quoi n’êtes-vous pas capable ? Un seclérat eût-il commis des crimes que vous ne commites jamais , croyez qu’il est encore meilleur que vous, parce qu'il wa reçu ni tant de lumières, ni tant de grâces.
et que vous auriez vous-même commis des crimes plus énormes , si Dieu vous avait abandonné à vous-même." Le fond de notre cœur est si mauvais, que nous devons, en quelque sorte, regarder comme nôtres les péchés mêmes quenousn’avons pas faits; ce qui a fait direàsaint Augustin : Seigneur, vous m'avez fait autant.de grâce en me préservant des péchés que je n’ai pas commis, qu’en me pardonnant ceux que j’ai faits : Omnia miki dimissa futeor, et que meû sponte feci mala, et que; te duce , non feci. Confess. lb. 10, cap. 10.
La vue de votre misère doit vous accompagner partout, vous reconnaissant indigne de la société des créatures, après avoir offensé leur Créateur. Quand vous êtes dans les assemblées de l'Eglise, souvenez-vous de cette parole de Job : Les enfans de Dieu s'étant assemblés, Satan se trouva avec eux. Soyez dans la confusion de yous trouver dans le lieu saint avec tant de fidèles, dont plusieurs ont la pureté des anges , tandis que vous êtes un pécheur abominable ; et croyez que c’estheaucoup pour vous, que l'Eglise vous souffre parmi ses enfans, vous qui devriez être sous les pieds des démons.
Si vous avez des richesses et des emplois honorables, pensez que vous ne les avez pas mérités ; que les'autres en sont plus dignes que vous, et que votre élévation est peut-être un ellet de la justice de Dieu sur vous. Reconnaissez qu'un pécheur comme vous , qui a mérité les anathèmes de toutes les créatures, ne mérite pas d’être élevé au-dessus des autres, ni de leur commander: Quanto magnus es, humilia te in omnibus. Bccli, 3.
Si l’on vous méprise, si l’on vous persécute, que la vue de vos péchés vous fasse aussitôt souvenir que vous ne méritez ni l'estime ni l'attention de personne ; qu'un pécheur qui mérite l’enfer ne peut-être traité trop durement en celte vie; et qu’à bien prendre la chose selon Dieu, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, dès qu’on vous traite comme vous le méritez.
Oh! si, à l’exemple du publicain , vous aviez ces sentimens d’humilité, quelque pécheur que vous ayez été, vous seriez un vrai pénitent et un grand saint, parce que Dieu ne rejette jamais un cœur contrit et humilié : Cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies.
Ps.-50. Sans cet esprit d’humilité on ne se sauve pas. Së vous ie devenez Lumbles comme des enfans, dit désus-Christ, vous »'entrerezjamais dans le royaume des cieux. à RAT, * | RÉSOLUTIONS.
1. Jé me considèrerai désormais comme un néant révolté contre Dieu. |
à. Je me confondrai à mes propres yeux, considérant combien j'ai dégradé en moi l'ouvrage du Tout-Puissant.
3. Je me mettrai, dans ma propre pensée, au-dessous des plus grands pécheurs.
4. Et je souffrirai les mépris comme une des moinres.peines que j'aie méritées de la part des créatures. y
O mon Dieu ! n’écrasez pas ce ver de terre, qui a osé s'élever contre vous et contre votre loi sainte : il reconnaît enfin sa bassesse et sa profonde misère.