Le corps est un ennemi dont il faut se défier. On
ne doit le ménager qu'autant qu’il est nécessaire. Îl est juste qu’il souffre, puisqu'il a été l'instrument du péché. Si vous l'écoutez, vous lui accorderez trop, et il ne content. sera jamais On multiplie ses besoins, quand 0 l'accoutume à ne se passer de rien, En lui retranchant beaucoup, il aura toujours assez.
La nourriture lu est nécessaire ; mais il faut que la modération et la penitence y mettent des bornes, et ces bornes sont étroites. Quelle différence y aurait-il entre vous et un animal, s1 vous accordiez à votre corps tout ce qu'il demande ? IL vaut mieux sentir les murmures cl Ja faim d'une chair soumise, que d’éprouver les révoltes d’un corps trop nourri et indocile.
Si vous n’avez qu'une nourriture grossière ow mal apprétée, n’en désirez pas une meilleure, Unpécheur ne mérite pas d’être traité comme un homme juste. Mangez , dit Jesus-Christ, ce qu’on vous présente, bon ou mauvais : Manducate quæ apponuntur vobis. Si la pauvreté ne vous permet pas d’avoir le nécessaire, adorez Dieu, qui veut purifier votre ame par les besoïns de votre corps. Souffrez la faim, pour imiter le jeûne de votre Sauveur. Un disciple coupable n’est pas meilleur
e son maître innocent.
Se plaindre des jeûnes de l'Eglise, c’est oublier que ce sont des jours desainteté, consacrés à une pénitence genérale ; des jours de salut et de grâces, qu’on doit recevoir avec joie. Si vous avez du zèle, vous vous imposerez encore, pendant l’année, d’autres jours d’abstinence. N'estil pas juste, après avoir si souvent passé les bornes de la tempérance avec les pécheurs, de jeûner de temps en temps avec les saints ?
Donnez aux pauvres ce que vous vous retranchez par le jeûne ; autrement, dit saint Grégoire, vous ne jetneriez pas pour Dieu, mais pour vous, cn réservant à votre corps, pour un autre jour, ce as vous Jui refusez aujourd’hui. Prenez garde que l’indiserétion et la propre volonté ne se trouvent dans vos jeûnes et dans vos mortifications. On doit mortifier le corps, mais il ne faut pas le ruiner et l’abattre. Si l’obéissance, votre santé, un directeur prudent, ne vous permettent pas Ge jeûner , de porter le cilice, ne le faites point.
I, Un chrétien pénitent veille sur ses sens. 1. Eur ses regards. Il fait, comme Job, un traité avec ses yeux, pour ne pas même penser à l’autre sexe. Si un objet séduisant ou une peinture indécente se présente, il dit aussitôt avec David : 4h ! Seigneur, détournez nes yeux, afin qu'ils ne voient pas lavanité:
Les comédies et les spectacles lui paraïssentindignes de l’honntte homme et du chrétien ; la pompe mondaine qui les accompagne dissipe l'esprit, séduit impercep- Uiblement le cœur, et fuit souvent en un quart-d'heure perdre plus de grâces et de vertus, que la pénitence de piusieurs añlices i) EN à pu aire acquerir,
L'image du cruciix ct les images des saints sont,
pour un-pénitent, les objets les plus agréables. Il les conserve, non comme les ornemens de sa maison, mais cémme des monumens de religion , qui le font souvenir de la pénitence des Saints, qu’il considère, en voyant leurstimages, comme des témoins et des juges qui lui reprochent ses infidélités et son peu de courage.
Tout.ce qu’il voit lui inspire des sentimens de pénitence.. S'il regarde le ciel, il pense aussitôt, en gémissant, qu'il l’a perdu : s’il voit les arbres chargés de fruits, il se reproche à lui-même qu'il est un arbre stérile, qui ne pr uit que des fruits de mort; si les animaux lui obeïssent et le servent, il se reproche aussitôt sa désobéissance et son ingratitude envers Dieu. Les yeux baissés, il regarde souvent la terre : Voilà, dit-il, d’où je suis sorti, et où la mort, dans peu de jours, me fera rentrer.