Jours lointains (Stances et Poemes
2, Voyez Enfantillage, Fort en thfane (Vaines Tendressesj,
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qui, en dfehirant Fflme vierge da po&te, y d6posa les semailles qui devaient produire plus tard une si riche moisson d'amour et de douleur.
Cependant le sage et consciencieux lyc6en travaillait avec ardeur. Tous les ans, sauf un, il eut le prix d'excellence k Bonaparte. Dans son ressentiment contre la vie scolaire il n'a jamais englobg l'enseignement quMl recut : il est un des rares Gcrivains de notre temps qui n'aient pas maudit les mattres auxquels on avait confte leur jeunesse. II a toujours su tin gr6 infini aux professeurs de TUniversite poiir leur respect de la liberty de penser chez letit*s 616ves, pour les soins qu'ils prennent d'6veiller leur amour du beau et de les provoquer k Initiative individuelle *. II a aim6 son lyc6e, od son esprit a 6t6 initio aux merveilles de Tart antique et de la science moderne et librement form6 aux luttes de la pens6e, et il a c6l6br6 dans une ptece de vers, lue k un diner que lui avaient offert ses anciens condisciples, les souvenirs qu'il en avait gardes.
1. Voyei la ptece intitutee L* University qu'il a d6di6e a soa ancien maltre, M. Deitour (Prisme).
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Si les lettres Tenchantaient, les sciences le passionnaient davantage encore. C'6tait alors le temps de la fameuse « bifurcation » : au moment d'entrer en troisifeme, il fallait choisir entre l'enseignement litteraire et Tenseignement scientifique. Sully choisit le second et s'y livra avec ardeur. Arrive en « math^matiques sp&iales » , il fut premier k la premiere composition. II 6tait d6]k alors bachelier es sciences; il se pr6parait k l'ficole polytechnique, et il avait toutes les chances d'etre regu, lorsqu'une ophtalmie, r6sultat de veilles trop multiplies, vint le saisir et changea tout le cours de sa vie. Une assez longue interruption de ses etudes scientifiques Ten d6tourna d6finitivement, et d6sorienta sa carrtere.
Mais le pli qu'avait regu son esprit dans ces ann6es de travail ardent et tenace ne s'en effaga jamais. II avait habitu6 pour toujours sa pens6e k la m6thode inflexible et circonspecte qu'imposent les math&natiques, et il avait savours avec une joie 6tonn6e — lui d6j& si port6 au.doute et & l'irr&olution — la certitude qu'elles donnent. En s'unissant k 1'incoercible aspiration d'une ame de po6te vers ce qui est
au-dessus des prises de la science, aux exigences d'une conscience toujours agit£e, aux Amotions d'un coeur exceptionnellement sensible, cette habitude du raisonnement g6om£trique et de la conception math&natique des choses a fait en grande partie la nouveaut6 et Poriginalit6 de la po&ie de Sully Prudhomme ; elle en a peut-&re aussi 6t6 T6cueil, comme je le dirai par la suite de cette 6tude.
La mfime duplicity se retrouve dans la vie du poete. Apr6s les ann6es d'enivrement scientifique, il eut une violente reaction dans le sens oppose. Ayant renonc6 k l'ficole polytechnique, il s'6tait retire k Lyon, chez des parentes, pour y preparer son baccalaur&t 6s lettres. 11 se trouvait Ik dans un milieu doux et pieux, conforme k un des c6t6s de sa nature : il y subit une crise de mysticisme qui lui a laiss6 un profond souvenir et qui lui a permis, dit-il, de comprendre parfaitement les Stats d'ame religieux. Bien que d6s l'age de quinze ans il se fut, au milieu de ses travaux mathfrmatiques, livr6 avec passion k la lecture des philosophes grecs, frangais et allemands, la foi simple de son enfance, qui s'6tait abolie en lui,
reparut tout k coup avec une pleine et lumineuse Evidence interne. Tout le dogme catho lique lui semblait d'une v6rit£ 6clatante; il ne concevait pas qu il en eut pu douter. II passait de longues heures en contemplation et s'entretenait avec Dieu, avec J6sus-Christ, de coeur k coeur. II m6ditait de se faire dominicain. Ses cousines, 6mues et ravies, voyaient d6ja en lui un saint: elles avaient parte avec admiration du jeune neophyte k des pretres capables de favoriser sa vocation et de diriger son entree au cloitre. Mais, rappelg a Paris par l'examen, d6s qu'il y fut rentr6 et qu'il eut pris son grade, l'enchantement cessa presque aussi soudainement qu'il 6tait venu. II lut alors les livres de Strauss, d'autres travaux de critique religieuse, et il se retrouva lanc6 dans l'infinie incertitude a laquelle cette extase l'avait passag&rement enlev6.
II composait d6s lors beaucoup de vers, — il en avait fait d6s le college, — ou il essayait un peu confus6ment les forces qu'il sentait en lui, et il aurait souhaite de ne pas employer sa vie k autre chose qu'4 s'efforcer d'exprimer le vrai par le beau. Mais il n'6tait pas libre
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de suivre son penchant. Sa famille exigeait, — on ne saurait Ten bl&mer, — qu'il < fit quelque chose » . II avait eu pour ami au college M. Henri Schneider ; le p&re de celui-ci lui offrit aux usines du Greusot une situation modeste, mais susceptible de s'am61iorer beaucoup. Get essai ne fut pas heureux : le po&te n'6tait pas fait pour la vie active, et dans ses relations avec les ouvriers il n'aurait jamais su apporter Toeil et la main du mattre... II revint k Paris et se d6cida k faire son droit ; en m&ne temps, sur le d6sir des siens, il entrait chezun notaire. II fut un 6tudiant peu z6l6, mais un clerc module. Aucun de ses camarades, k l'6tude, ne se doutait que ce jeune homme rGgulier et s^rieux, qui copiait si consciencieusement les r61es et ne prenait jamais part k leurs fredaines, ouvrit, une fois loin d'eux, ses ailes replifes tout le jour.
G'est la nuit, en effet, qu'ilse livrait au travail, k un travail acharn6, d6licieux et douloureux en m6me temps, qui £puisait son corps en surexcitant son esprit f . Et, moins heureux