Inquietude (Epreuves
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ne faudrait pas se repr&enter com me trop id&le. Le po£te a connu r amour sous ses formes les plus di verses, depuis l'amour platonique, que lui r6v£la sa passion enfantine, jusqu'aux luttes de la chair contre r&me, dont il a dit la tragique Aprete 1 . Accessible k toutes les seductions de la femme, aux plus troublantes comme aux plus pures, il a cent fois poursuivi un mirage qui s'6vanouissait devant lui, et ses illusions, toujours dissip6es et toujours renaissantes, ont continue, comme les Danaides d'un de ses plus beaux sonnets, k essayer de remplir c i'urne ou l'eau vaine s'6panche», et de la remplir, trop souvent, avec des pleurs.
J'ai commenc6 par l'amour ce que je voulais dire du sentiment dans la po£sie de Sully Prudhomme, k cause de l'importance extreme qu'a pour un poete sa conception de l'amour.
Mais elle est naturellement lite k sa conception du bonheur et de la vie, et n'en offre qu'une application sp6ciale. Encherchant k nousrepr&senter comment l'auteur des Destins a conQu et
1. Rencontre (Stances et Poemes), Combats intimes (Solitudes), Les deux Chutes, Volupte (Vaines Tendresses).
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sa propre vie et celle de Fhumanite, nous verrons quel 6troit lien rattache dans son &me la fagon d'aimer k la fagon g6n6rale de sentir.
II y a plusieurs phases dans Pid6e que notre poete s'est faite de sa propre vie et de celle de l'esp^ce humaine. II est entr6 sur la scene du monde avec une attitude fi&re et presque combative. On le voit, dans ses premiers po^mes, rejeter d6daigneusement le scepticisme decourag6 de Musset, dont il se reproche d'avoir bu avec trop de d6lices le dangereux n6penth6s.
II aspire k Taction, k la lutte, & la gloire ; il se rSvolte contre le joug que la soci6t6 pretend lui imposer. II veut aider les horames k s'affranchir, les guider vers la lumi&re et la justice, mais aussi forcer leur admiration et m6riter une place au Panth6on « des rares immortels n£s de la race humaine ». Son r6ve lui ouvre des palais enchantes ou il se fait l'6gal des dieux; c'est aux voluptes les plus nobles, les plus h6ro!ques qu'il donne la preference, mais toutes hantent son imagination enfi6vr6e. 11 sympathise ardemment avec les opprim6s, et mfime avec les rebelles dont la cause lui apparait juste. II se voit volon tiers com me un pasteur
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d'hommes, et sent son courage k la hauteur de toutes les t&ches, comme son « ame d'aiglon » est k la hauteur de tous les vols. Et, chose remarquable, cette p6riode d'enthousiasme confiant est pr6cis6ment celle du plus grand asservissement de sa vie ; aussi y a-t-il de la r6volte dans ces fiers hennissements du poulain qui refuse de se laisser brider et s'6lance vers les libres plaines oil l'appelle son jeune instinct.
En mfime temps qu'il a confiance en luimGme, il a foi dans l'humanilg. Attendri sur scs souffrances, 6rnu des grands efforts qu'elle a faits pour conqu^rir la liberty et le bonheur, il croit qu'elle y parviendra, et il est r6solu k l'y aider. II est convaincu que Tartest un puissant auxiliaire dans cette grande lutte, un des facteurs les plus actifs de l'ascension indefinie de l'esp6ce humaine, et qu'il manque k sa mission quand il ne travaille pas sans d6faillance k cette noble t&che. C'est pour cela qu'il condamne les pontes qui se laissent enivrer par leur propre souffrance ou endormir par une molle inertie.
D6ja, cependant, dans ce premier recueil, se fait sentir qk et Ik un souffle de d&ouragement
et de melancolie bien oppos6 k cette brise qui semblait gonfler toutes les voiles. Le po6te devine que sa sensibility trop fine et trop multiple le rend incapable d'action et voue son coour k de subtiles tortures 1 , et parfois, se sentant hors d'6tat d'affronter l'&pre combat de la vie, il songe k y renoncer, a mourir, a se laisser glisser
Vers Dieu, vers l'infini, vers roubli dela mort*.
II doute aussi, au moins par moments, de la r6ussite finale de l'oeuvre humaine ; ii en voit surtout les 6checs, les douleurs et les crimes ; le monde, agrandi par les d6couvertes, lui semble n'fitre qu'une prison dont on est arriv6 a toucher les murs : plus de terre inconnue oil l'espoir puisse s'enfuir, et, dans le champ clos oil luttent d6sormais le droit et la force, qui sait lequel Temportera 3 ?
Ces notes passag^res iront toujours en se renforgant et en se multipliant. Elles sont deve-