Cti Perdu (Epreuves
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homines qui vivrontmilleansapriseux?Et qui nous garantit d'ailleurs que l'humanite aille en progressant? Qu'ont gagn6, au contact de ceux qui se regardent comme lea fauteurs du progr&s, les peuples qui ne progressent pas, sinon des souffrances et des vices, l'asservissement et l'exter ruination? Une loi ineluctable semble ttablir la guerre entre les nations, entre les hommes, et, en dehors mfonede l'humanite, entre les esp&ces. Tyrannie des forts, terasement des faibles, voili le couple eternal que la nature et l'histoire reproduisent avec une navrante mo notonie. Et les faibles ne valent pas mieux que les forts : l&ches devant leurs mattres, ils sont feroces avec les plus faibles qu'eux. Le spectacle de la vie est un spectacle de meurtre et de honte ; Tespace est plein de cris de douleur, de rage ou de joie grossiere. Et notre temps, qui semblait se lever comme uneaurore, est le plus sombre de tous k nos yeux, parce qu'ils ont entrevu la lumtere et qu'ils l'appellent en vain* Les haines y sont de toutes parts rugissantes et les convoitises d6chaln£es ; Tart se prostitue; la science 6tonn£e se heurte aux limites qu'elle avait cru franchir. Et le rfiveur
s'assied d£courag£, et & toute action qui se propose r6pond tristement : « A quoi bon ? » .
Au d6senchantement se joint, pour tourmenter le po&te, le scrupule. II a trouv6 k sa portee des moyens d'existence modestes mais suffisants. A-t-il le droit d'enjouir? Ne frustret-il pas les autres? Ne s'engraisse-t-il pas du sang de ceux qui peinent sans avoir jamais mftme la s6curit6 du lendemain ? Et cette part du banquet humain, dont il prive des convives plus m6ritants peut-dtre, est-elle au moins en elle-mfeme innocente et legitime? Non : de quel droit 6gorge-t-il les animaux dont il se nourrit? « II est bon, il ne veut k nul etre aucun mal, » et cependant chacune de ses jouissances est un martyre pour d'autres, chacun de ses pas fait des victimes, chacune de ses expansions d'existence est une restriction de quelque autre existence. Comment etre heureux dans de telles conditions, quand, en outre, on est mis chaque jour au courant des maux et des crimes du monde entier, quand on a conscience des lachetes de son propre coeur et des d6faillances de sa conscience, quand on connait la vanity des joies mfime les plus
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do>5, qiusd« avide <Tafeetioii, oo scot dans son i£j? cD-r OcmeD*, one impeoArable solitade?
Ains le poete est Tictime de cc qull v a de me: Hear en lai, de son id£al, de sa tendresse, de sa haote moralite. Sa Tie n'est qu'une soaffranee, d, dans ee desert brulant ou rien ne pent etancher sa soif et reposer ses pieds saignants, la seule oasis quH entrevoie, c'est la tombe : il rtve d'etre « d£Uvr6 da soleil > , et qaand il a eu de la mort one impression passagere, c est avec volupte quil y songe 1 :
I/arant-goat da s6pakre a rejooi mes os !
Heoreusement il n'est pas reste et ne nous a pas laissls avec lui dans cet abime qui semble sans fond. Une troisieme phase de sa sensibility morale se marque deji dans quelques pieces des Vaines Tendresses, et s'affirme avec plus de stirete dans les grands pofrnes de la Justice et du Boriheur. Mais, avant d'essayer de
1. La Grand* Chartreuse (ipreuves). Voyez aussi: VAttrait de la tombe (Vaines Tendresses).
la caracteriser, je veux dire un mot d'un sentiment qui occupe une place interm&liaire entre le sentiment purement individuel et le sentiment g6n6ralement humain, et dont le d6veloppement n'a pas 6t6 sans influence sur Involution dont il s'agit, le sentiment de la patrie.
J'aimais froidement ma patrie,
dit le po&e dans une de ses belles Impressions de la guerre; et en effet il s'6criait jadis :
Je n'ai point de patrie autre part qu'en mon reve 1 1
Rempli de la lecture des philosophes et surtout des philosophes allemands, habitue k chercher le beau et le vrai sous tous les cieux, il sentait k peine le lien vital qui rattache notre chair et notre &me au sol et k la race dont nous sommes issus, au groupe d'hommes avec lequel nous mettons forc&nent en commun tant de joies et de souffrances, tant d'humiliations et de fiertSs. La catastrophe de 1870 le refit Frantjais. On a vu avec quelle impru-