ACTE III
Une chambre d'auberge, à Prague, la nuit du 28 octobre 1787.
CONSTANCE
On dirait qu ‘ respite un air supra- terrestre ! nu
MozART :
Kucharz dirigerait près de lui son orchestre Qu'il ne s'en soucierait pas plus dans son berceau
Que d’un vague et lointain murmure de ruisseau !, 4 +
Que sera-t- il plus tard ?
Et ta musique ?
| Alors, Ma musique, c’est toi, Constance! Et je me vante :
| Ta grâce a plus de charme en étant moins savante ! Quels rythmes combinés balanceraient dans l'air
Comme son père !
e MOzZART Hélas ! ”
CONSTANCE Une Grave, et rieuse aussi, parfois !..
MozaRT, après un sowbir.
\ Pas de CONSTANCE à Ils joueraient tous les trois maintenant...
MozarT, un long temps.
FT CONSTANCE Plus je vis avec toi, cher époux, plus T'admire, et plus je t'aime !..
‘ MozART Oh ! chère, chère CONSTANCE Vraiment ?
MozART.
Je ne sais rien de plus beau que ton cœur !.…
CONSTANCE
MozART
Elle est en toi, mon doux vainqueur.
CONSTANCE
Je ne suis qu’ane femme, hélas ! toute pareille
Aux autres !
$ MozART
Tu ne t’entends pas : j'ai plus d'oreille !
. CONSTANCE C’est ton cœur qui m'entend.….
MoOzZART
Mon cœur, peut-être bien.
c'est que mon cœur est très musicien.
Une harmonie aussi divine que ton clair Sourire ?... Est-il un son qui vaille le silence Mélodieux de ton regard ?.. Ta voix s’élance,
pensée unie, projets !...
songeais….
mon âme
femme !.….
Un homme de génie,
Le: Lu vi * à ie : è L à tie ;
Rora ES : Si : 7 Ve NV NUS 4 $ je) |: ni Ars w FA “ “0 | | MOZARE de s £ » rh : = s. Fe Res ! F, ne : d 2 <;
* 3 À & \ L / Pc fs fees cu jee si } si è d
ne ° pt # N À : . $ Fr SU ÿ pe MA à Et j'entends, tout à coup, chanter tes sentiments | F. Coxsraxce | : ae Que sont, à côté d'eux, mes pauvres He trrments ! PU y -pense ! es > 2 ME a . L’harmonie idéale, et que je balbutie, MozarT 5e On nous
ie la salue en toi, vivante et réussie !.….
CONSTANCE ee | Aloe, depuis cinq ans, tu n'as pas reg gretté De m'avoir épousée avec ma pauvreté ?
MoOzART
Lis ce que j'écrivais à Jacquin tout à l’heure...
. CONSTANCE, lisant. | 4 Bien cher ami, celui qui n'aime pas qu’il pleure! Mais celui qui gaspille en de folles amours Les trésors de son âme et le bonheur des jours, Un long regret suivra sa vieillesse morose.
Appelons- le barbare, il piétine une rose | si amours d'un soir ne traînent que rancŒœur, On n’a jamais fini de connaître un seul cœur !.…. Donc, vous ne voulez plus mériter mes réproches, Puisque vous m’annoncez vos fiançailles prochss. É en suis heureux, mon sis Jacquin. Vous valez [mieux oc ces pauvres plaisirs qui vous auraient fait vieux P tôt ; on ne naît pas seulement pour être ivre !.…. Il était vraiment temps pour vous de vraiment vivre. . Vous connaîtrez l'amour que Dieu bénit, le seul Qu! au delà de la mort, au delà du linceul, - Nous emportons au ciel, le seul que je connaisse, À qui je dois l’ardeur de mon sang, la jeunesse . De mon art, et qui prend, pour mon bonheur ; joyeux, Chaque jour, le sourire et la voix et les yeux . De ma femme, ma douce et pure et très aimée se Constance, et qui m'est plus que toute renommée... »
MozaRT
La suite importe peu... Tu pleures ?
CONSTANCE
Mais je ris !..
Mozart
Alors, viens dans mes bras !.…..
CONSTANCE Le plus cher des maris !
MozaRrT a bonheur est le nôtre ! En est-il qui l'égale ?
L Cinq ans de réciproque amour |
Mozart Foi conjugale, Que d’autres nient ta grâce et ta beauté ; mais nous, Plaignons- les de ne pas nous ressembler, les fous |
CONSTANCE
Pourtant, quelle misère !
MozaRT
Est-ce qu’une fortune Ferait plus doux, ce soir, pour nous le clair de lune ?
; | CONSTANCE TRE Non, mais nous avons tant de dettes à payer, Et depuis si longtemps, surtout, notre loyer.
M | : MozART N F pense pas toujours !
Rien ne peut...
ne à Nous ne resterons pas à Prague |
Mozart Hélas !
CONSTANCE nc Nos créanciers viennois vont nous tendre la 1
Nous la leur serrerons fr
Re Fr Hum! I y faudra :
Un peu d’or, ou.
MozaRT |
J'écris, en rentrant, une
A * Puchberg. Le Consranee
: MozART ans
Surtout si Don LATE se joue à r'Opéra Fi De Vienne ! ae CONSTANCE L'Empereur va vouloir qu’on ..
En hâte ton nouxel ouvrage |...
MozaRT Pour sa.
C L Prague Cu demain en aura la prime CONSTANCE
Je vais entendre encor une belle clameur |
À MozART Qui se !
S CoNSTANCE
: Jamais encor tu n'as offert : au Une musique aussi splendidement profo
Le vs en voudra-t-il ?
CONSTANCE Ta sous suit son
es re
More FAR Au théâtre, on débute touj
CONSTANCE k :
On t'y paye trop peu ton Ho magnifiq
MozaRT L suis payé déjà quand j'entends ma mt
CONSTANCE Nous vivons mal, alors que de simples ner
MozART Se Qu'’aimes-tu mieux ? Leur marchandise ou bie
CONSTANCE
Deux cent vingt-cinq florins ! à x F MozART é 2 "Dis done, Ç ‘est u une
. ï ÉONSTANCE SE L' Europe entière, après l'Autriche, nouvelle œuvre...
airaie Mozart | PE or Alors Do
” De. tous côtés
] êver. uno on les lit dans les gazettes
LATE MozaRT ne ni mes Poe
2 ConNSrANcE :
Cest pou:
MozaRT ee l'œuvre réussisse :
. ie … Ho Tout est ne | Mozart
He = & Je t'adore !
MozART
rant, je ee à Puchberg qu'il me dore !
… CONSTANCE
no cs En me prêtant mille florins |
Mozarr é -
je sk
e CONSTANTE on facile. Sin de Res
:MozarT “St facile
Je t’écoute chanter, mon grand musicien |.
Constaice comprends-moi. J'ai fait des calculs.
A __ Combien ?
oi des fonds aus me prête. La somme
CONSrANCE nr | 2. serait imbécile Het
k MozaRT Tu te moques de moi !
CONSTANCE Mais non!
MOZARE on pu Je.le vois bien! CONSTANCE me
Mosiet ARE re re
ou TANCE 4 FUN ; … Peste!
MozaRT | Le Si tu démolis tout. | ARTE
CONSTANCE Je ne fais pas un geste ! à
Mozart | te va Le prêt qu’il me consent d’un petit capital Ne fait qu'accélérer mon triomphe... fatal Ma situation remise en équilibre, cu Je me livre au travail avec l'esprit plus libre. Owand on pense au boucher, quand on craint l’épi-
{cier,
Il faut pour composer encor des nerfs d’acier. Notes des fournisseurs et notes de musique Ne s’harmonisent pas de manière artistique !
Attendre une recette après l’autre, C’est fou ! Avec rien, on ne peut rien faire ! Au fond d’un tn
|Je tourne en vain depuis des mois et des années ! {L'or de Crésus-Puchberg change nos destinées !
Nous doennerons chez nous quelques réceptions.
CONSTANCE | ne
Des dîners ? de MozaRT |
Des goûters ! | Us
à + Coran | Que de déceptions, A Mon doux ami, tu te prépares…. he:
MozART ï Si tu penses.
CONSTANCE | RE I! nous faut sagement réduire nos dépenses le : MozART Comment ?
CONSTANCE
Déménageons d’abord !
MezarT tes re Changer de coin?
CONSTANCE | On peut trouver, à meilleur compte, un peu blu Join {Du centre, une maison, aux confins de la ville Et des faubourgs. Mon maître y serait plus tranquille a Pour travailler. Les gens pour qui le temps est long … Ne prendraient plus notre logis pour un salon; Le bavard, ce fléau dont tu hais la visite, “sd S'il ne redoute pas deux étages, hésite
A traverser la ville entière en se disant Qu'il n’est pas sûr'chez toi de te trouver présent ! On n'est bien protégé qu'avec de la distance... :
MozART, l’'embrassant.
ctTu DA le constater tout de suite, Constance !
“e CONSTANCE . | Nous aurions un jardin derrière la maison...
fs MozarT On y pourrait ainsi vivre en toute SalsQn.
CONSTANCE Un jardin : c’est des fleurs, des légumes, des ie MozaRT , Et ce serait aussi, Constance, un jeu de boules ! ne CONSTANEE O bonheur !
MozART
Mais c’est vrai, chaque mot que tu di Fait descendre un peu plus sur terre un paradis f
CONSTANCE On déménage, alors ?
MozaART Sitôt payés les termes !
CONSTANCE Et dans cette maison champêtre tu t'enfermes !
MozaRT
Grâce aux œufs musicaux que sans arrêt je ponds,
Puchberg, en moins d’un an, ma chère, voit ses fonds,
Avec les intérêts, revenir dans sa caisse |!
Il en est ébloui, confondu, ravi : Qu'est-ce ?.….
Quelle affaire !.. Et Puchberg, protecteur des beauxfarts,
Pour piacer son argent cherche d’ autres Mozarts !
Quant à moi, délivré des usuriers….
CONSTANCE Tu rêves, Tout éveillé !
MozART ; J'envoie au diable les élèves !
J'ôte tous mes bijoux du mont-de-piété !
Fécondité, santé, liberté, volupté!
({} embrasse Constance.)
CoNSTANCE
Tu. m'amuses !
MoOzZART
Ma Muse enfin s'amuse !
CONSTANCE
Prague Ne ue pas Ÿ quel point son héros extravague |
| MozarT - Tu ne crois pas encore assez en moi |
CONSTANCE Méchant !
MozaRT Je veux que notre double amour ne soit qu’un chant | Si Puchberg me consent cet emprunt, quelle orgie De musique ! On pourra m'accuser de magie !
Mon royaume ‘pour un livret tous les trois mois, Comme à Bosworth criait, à peu près, Richard Trois!
1e me les fais payer leur vrai ptix je
CONSTANCE
Fa en tisonnant, tout ce que je .
Mes regards finissaient pax le voir : des ; Des cathédrales, des navires.
Monet ete Biensa
CONSTANCE Mais tout à coup tout s’écroulait dans la
MozART
Pourquoi...
CONSTANCE 1 Je conservais un trouble à pein D'avoir franchi des seuils dorés, vogué su Parmi des archipels fleuris, et, sous des vo De cristal, rêvé Dieu lui-même !.…. |
MozaART :
ne Si ée CONSTANCE
Oh ! ce n’est pas de toi que ie doute ! C'est. Des autres, des jaloux, des ennemis hideux Que t'ont valus ton cœur et ton ai et ta glo Car on peut te haïr !
J'ose à peine . |
ConsTAncE On te l’a trop prouvé, mon amour, qu’on Il en est, chaque jour, qui ne font qu’un soul Ton échec ! « MozART
Bah !
CONSTANCE 20 Certains que ta noblesse Deere en t'abaissant relever leur mérite
MozART Des confrères !
CONSTANCE | | D'autant plus vils en dénigr
Qu'ils savent perpétrer un nee flag 9
Ce méchant Kozeluch et ce Saliéri Excitaient l'Empereur contre toi!
MOZART
CONSTANCE
Néanmoins, à ses yeux ils souillaient ton MozaRT .
Leur longue inimitié, c’est encore un hom
Tu sais pourtant. 2
Mozart Je sais qu'il. faut être fable Le nombre des emplois est limité, l’argent Qu'aux plaisirs de l’oreille accordent des w L’est aussi ; nous n’avons que trois ou quatre = #2 Le
auvres fabricants de musique !.
NE Constance
MoOzaRT
CONSTANCE donc oubhié. les cabales féroces
FRE à
nt : CONSFAN CR:
rnèrent contre toi tes propres interprètes !..
PÈRE MozART E !