I. — Clôtures
Trés-souvent une pépinière est établie sur un terrain nu, et généralement sans aucune clôture; une des premières choses 5 faire est donc de la mettre à l'abri de tout dégât de la part des gens ou du bétail, en un mot, de la préserver des déprédations de toute espèce. Les murs, les haies mortes, les haies vives, les fossés sont en usage pour cette destination. Voyons quels sont les avantages et les inconvénients que présentent chacun de ces modes de clôture.
Au point de vue de la solidité et de la sûreté, les murs paraissent être le moyen de clôture le plus avantageux ; car, indépendamment de leur supériorité sous ces deux rapports, ils offrent un meilleur abri, et peuvent proléger des plantes délicates, soit contre le froid, soit contre le soleil. Us pourront encore servir très-avanlag(uisemenl pour l'éducation des arbres fruitiers; la valeur des fruils qu'on y pourra récolter compensera une partie des frais d'établissement. Les clôtures maçonnées ont bien pourtant anssi quelques inconvénients, car elles interceptent l'air et la lumière, élélUentB de vie si nécessaires à la végélalion arborescente, et,
PEPINIÊIIES.
autre côté, la dépense de leur construction absorbe des capitaux dont le pépiniériste ne peut pas toujours disposer lorsqu'il commence un établissement. Les haies mortes sont très-promptement établies et très-peu dispendieuses, mais elles sont aussi d'une courte durée ; elles n'offrent par conséquent qu'un abri momentané et peu solide. Les haies vives, préférables aux haies mortes, mettent souvent un temps fort long avant d'arriver à un état de défense à peu près satisfaisant; elles ont besoin d'être garanties ellesmêmes pendant plusieurs années. L'essence qui paraît la meilleure, c'est-à-dire la plus défensive, et qui se dégarnit le moins à sa base, est l'Épine blanche {{Cratœgus oxyacantha) ; mais il lui faut souvent huit ou dix ans avant d'être défensive. D'autres essences, le Robinia Pseudo-acacia par exemple, les Féviers, diverses épines, peuvent aussi constituer des haies de clôture; dans certaines localités, le Maclura aurantiaca sert au même usage. Ces différentes espèces offrent l'avantage d'être de bonne défense, et peu exigeantes quant à la qualité du terrain; elles poussent d'ailleurs avec une très-grande rapidité, mais elles ont comme tous les arbres l'iuconvénient de se dégarnir promptement de la base, et il faut en tailler sévèrement le dessus, si on ne veut pas les voir dénudées en très-peu de temps. Une des plantes à la fois les plus joUes et les plus défensives pour planter une haie, c'est le houx commun (llex aquifolium) ; mais malheureusement il pousse trèslentement, et il lui faut de longues années pour pouvoir servir de défense. On peut aussi, et souvent avec beaucoup d'avantage, employer pour haies de clôture l'Épinevinette commune (Berbe) is vulgaris) , le Paliurus aculeatus et l'Ajonc [Viex Etiropœiis). Ces plantes se ramifient très-bien, et sont en même temps d'assez bonne défense. Une autre plante qut pourrait encore être avantageuse, et qui jusqu'à ce jour n'a pas été employée, est le Chalef argenté, ou Olivier de Bohême {Eixagnus angustifolia). Cette espèce semble présenter tous les avantages recherchés ; en effet, aveo
une croissance vigoureuse, elle ne craint pas la sécheresse, pousse dans les plus mauvais terrains, supporte très-bien la taille, et, lorsqu'elle est taillée, elle se ramifie beaucoup et l'arbuste est aussi plus épineux; ajoutons encore que la couleur de son feuillage, d'un blanc argenté, produit un trèsbel effet. Une autre espèce Irès-voisine de cette dernière, qui offre à peu près les mêmes avantages, est l'Hippophaé rhamnoide (Hippophx rhamnoides). Il est encore beaucoup d'espèces de végétaux qui, bien qu'ils ne soient pas épineux peuvent néanmoins, suivant les conditions dans lesquelles on se trouve, être employés à la confection des haies; telles sont par exemple les Hhamnus catharticusi Pallasi et Uti- /m, rOrme, le Charme, les Acer Monspessiilaniim eiCampestre^ etc. Mais, si les haies vives laissent passer l'air, avantage que n'ont pas les murs, en revanche les plantes sauvages dont leur pied est le plus ordinairement garni servent de retraite aux insectes, aux limaçons et aux limaces; de plus, elles occasionnent une assez grande perte de terrain, car il est impossible de cultiver jusqu'au pied de la haie.
Il me reste à dire un mot des fossés, très -dispendieux, non pas à établir, mais par la perle considérable de terrain qu'ils occasionnent; car, pour être défensifs, ils doivent être larges et profonds. Les fossés, comme moyen de clôture, ne doivent donc être adoptés que quand le terrain est frais, afin de l'assainir. Dans ce cas, il en résultera un autre avantage : l'eau qui s'écoule du terrain et tombe dans le fossé rend celui-ci plus difficile à franchir.
De tout ce qui précède, on peut conclure que les murs sont, à lout prendre, la meilleure clôture, mais que néanmoins, dans certaines circonstances, ces avantages peuvent êlre modifiés au point de faire adopter préalablement un autre moyen. Par exemple, suivant que, dans une localilé, les pierres et le plâtre seront plus ou moins cbers, l'on pourra admettre ou rejeter les murs. Une condition devra toujours les faire rejeter : c'est quand le pé|nniériste sera seulement locataire et non propriétaire du terrain, à moins
que le sol ne soit loué pour un temps assez long, et que le propriétaire ne consente à supporter une grande partie des frais de construction.