II. — Abris ou brise-vents
Les abris ou brise-vents sont indispensables dans les pépinières, tant pour garantir les plantes de Tardeur du soleil que pour préserver du froid certaines espèces pendant Thiver. Suivant la position et la configuration du terrain, leur direction peut varier; presque toujours ils doivent être disposés de Test à l'ouest. Suivant les circonstances locales, les brise-vents pourront obliquer, soit au nord, soit au sud, et arriver ainsi à se trouver en ligne droite avec ces deux points; car les conditions climatologiques sous l'empire desquelles le pépiniériste opère, les causes environnantes, comme le voisinage d'une montagne, d'un bois, d'une rivière, d'un lac, de grandes constructions, pouiront faire dominer certains vents plus ou moins pernicieux, et dont on devra, par conséquent, garantir les plantes. Après avoir arrêté la disposition des brise-vents, il reste à déterminer les espèces dont on peut les composer. Certaines essences peuvent être adoptées préférablement à d'autres ; elles doivent même nécessairement varier suivant la nature du sol et celle du climat sous lequel est placée la pépinièie. Vn général, on emploie pour les plantations servant d'abris des arbrisseaux toujours verts ou des arbres à feuilles persistantes. Mais, ces arbrisseaux étant, pour la plupart, très-lents à croître, quand les abris ne sont destinés qu'à préserver les plantes pendant Tété contre l'ardeur du soleil, le choix est libre parmi les arbres à feuilles caduques, dont la végélalion est belle et rapide, qui ne se dégarnissent pas trop de la base, et dont le port et le feuillage ont un aspect suffisamment ornemental. Une autre considération n'est pas moins importante : il ne faut pas que les arbres plantés pour servir d'abris aient des racines trop développées qui viendraient, comme on dïi^manger la terre.
même celles des plantes mises en pots. Sous ce rapport, deux espèces appartenant au genre Tamarix réunissent à peu près toutes ces qualités : ce sont les Tamarix tetrandva^ et indica. Ces arbres, en effot, peu difficiles sur le terrain, d'une rusticité à toute épreuve, d'une croissance trèsrapide, supportent, sans paraître en souffrir, les sécheresses les plus prolongées, et paraissent redouter peu l'excès d'humidité; ils donnent très-peu de racines, qui sont d'ailleurs grêles et peu ramifiées; ils supportent très-bien la taille. Ils se recommandent, en outre, par leur élégant feuillage et le nombre de leurs rameaux légers, formant des panaches du plus gracieux effet, ainsi que par leurs fleurs d'un rose plus ou moins foncé, quelquefois carnées ou presque blanches, et dont les épis ou panicules racémiformes présentent l'aspect le plus agréable. Celles de la première espèce s'épanouissent en avril et mai; celles de la deuxième, à la fin de Tété et dans le courant de l'automne. Les Tamarix reprennent très-facilement de boutures. On donne à ces dernières G"", 20 ou 0'",25 de longueur; on les plante depuis novembre et décembre jusqu'en février ; elles peuvent former, dès la même année, des arbustes de 1 à 2 mètres de hauteur. On plante ces boutures en ligne, en mettant entre elles une distance d'environ 20 centimèti'es. On les arrête pour les faire ramifier, c'est-à-dire qu'on les (aille à la partie supérieure lorsqu'ils ont environ 0"',40 à 0°*,50 de hauteur. Des treillages garnis de vignes, quelquefois même des contre-espaliers d'arbres fruitiers, peuvent remplir les fonctions d'abris à l'égard des plantes qui veulent seulement être ombragées; on obtient ainsi l'ombre nécessaire aux jeunes arbres pendant Tété, et, ce qui n'est pas moins agréable, des fleurs au printemps et des fruits en automne.
Les arbrisseaux à feuilles persistantes sont cependant, ainsi qu'on l'a dit tout à rinuire, les plus eoiiinumément employés pour la formai iun des abris. Les plus propres à cet usage sont fournis par les Conifères, et on emploie spèc^^xle-
ment le Biota orientalis lorsque le terrain est léger, chaud et un peu calcaire. Dans des localités où le terrain est plus frais et plus argileux, le climat plus brumeux, on emploie avec grand avantage le Tliuia occidentalis, beaucoup plus rustique. L'If commun (Taxus baccata) est aussi très-précieux comme abri; son feuillage très-fourni et d'un vert intense, qui tire même sur le noir, la docilité parfaite avec laquelle il se prête à la taille, en font une des espèces les plus convenables pour les plantations en haies servant d'abri. Quelquefois aussi on emploie au même usage la Pesse commune (Picea excelsa)y vulgairement Épicéa; mais, comme cet arbre tend sans cesse à s'élever, il se dégarnit assez promptement de la base, pour peu qu'on néglige d'en tailler souvent le sommet. Le Genévrier de Virginie (Jiinipents virginiana) est aussi quelquefois employé pour former des abris; dans certains terrains il produit un assez bon effet. Dans plusieurs cantons du midi de la France, on se sert avec avantage du Cyprès pyramidal {Ciipressus fastigiata).
Parmi les arbrisseaux à feuilles persistantes, mais qui n'appartiennent pas au groupe des végétaux conifères, oa utilise pour la même destination le Buis commun (Bitxus sempervirens) , le Chêne vert (Querciis ilex)^ le Houx, le Bîiplevrum fniticosumy le Rliamnus oleifolmSj YAtictiba japonica, le Fusain du Japon {Evonymtis japonica). Ces der— niers devront être employés lorsqu'on n'aura besoin que d'abris de petites dimensions, car ce sont des arbrisseaux d'une taille généralement au-dessous de la moyenne. Dans cer tains endroits, on pourra planter comme abris les Lauro-ca^ rasiis vîdgaris^ colchica et lusitanica. Dans certaines localités, on plantera, comme les végétaux à feuilles semi-persistantes, pouvant former d'assez bons abris, le Rhamnus liybridiis, les Ligiistviim japonicum^ ovnlifolium et viilgare. Dans quelques localités privilégiées du sud et du sud-ouest de la France, on pourra planter, pour la même destination, l'Alaterne {Rliatnfi2ts Alatcrmis)y l'Arbousier (ArbiUiis Unedo), le l>aurier-Tiii iVibiwnum Tinus) et une foule d'autres du même caraclcre.
icL largeur de Tespace à réserver entre les lignes d*abris peut varier un peu, suivant leur destination; mais elle ne devra jamais être au-dessous de 2 mètres d'une ligne d'arbres à l'autre, car un sentier de service doit toujours être pris sur cette largeur. Si l'on n'est pas dans la nécessité de trop ménager le terrain, il vaudra donc beaucoup mieux leur donner plus de largeur, afin d'éloigner un peu les plantes des lignes d'arbres qui composent les abris. S'il était possible de les faire plus larges encore, et d'avoir un petit sentier tout autour des planches, cette disposition serait de beaucoup préférable.