I. — A queUe époque doit-on faire les plantations
Celle question, trop générale et trop comphquée, a bo-
soin, pour êlrebien comprise, de quelques mois d'explication. Tous les végétaux, quoique fondamentalement organisés de la même manière, ont cependant entre eux, et par leur propre nature, de profondes différences physiques; différences non-seulement très-appréciables pour nous, mais qui de plus modifient en quoique sorte leur organisation intime et donnent des caractères très-distincts à leur végétation. Les végétaux ligneux cultivés en plein air sont rangés sous ce rapport en deux groupes : Tnn, comprenant les arbres à (miles caduques, l'autre, ceux à feuilles persistantes. Dans le premier, les feuilles apparaissent au printemps et tombent à l'automne; dans le deuxième, au contraire, elles resti'iit sur l'arbre pendant deux, trois, quatre ans, quelquefois plus longtemps encore; et, comme elles tombent et se renouvellent successivement, les arbres en sont toujours ^^arnis : de là leur nom d'arbres toujours verts ou arbres à (fuilles persistantes . On comprend que de si profondes différences entre ces deux catégories de végétaux doivent entraîner des modes de vie végétale non moins différents pour ciiacune d'elles. En effet, il y a dans le premier groupe engourdissement, léthargie, ropos ou même mort apparente, pendant une partie de l'année. Dans le second, au contraire, ces feuilles toujours vertes remplissent continuellement leurs fonctions, et déjnontrent de la manière la plus évidente que la vie de ces végétaux s'exécute sans interruption sous l'influence de ce principe fondamental auquel on a donné le nom de force vitale.
11. ^» époque où l'on doit faire les plantations d'arbres et d'arbrisseaux à feuilles caduques.
A part les exceptions sur lesijuelles nous reviendrons plus bas, les plantations d'arbres on d'aibrissoaux ligneux doivent /o//jo?ir5 se faire en automne, c'est-à-dire à partir de novembre, et pour beaucoup même dès les mois de septembre et d'octobre. Le résultai est généralement d'autant
plus heureux qu'on a planté plus tôt. Les conditions qui peuvent faire rejeter d'une manicre absolue les plantations d'auloinne sont lares, nous pouvons raffirmer; c*est surtout lorsque la terre où l'on doit planter est forte, argileuse, et par conséquent humide et fraîche, ou lorsqu'elle est inondée l'hiver, qu'il peut être avantageux, et c'est même la règle à suivre en pareil cas, de planter lorsque la terre s'est asséchée, et qu'elle a commence à se réchauffer par l'élévation de la température atmosphérique. Tous les pépiniéristes le savent, et aucun d'eux n'ignore l'avantage considérable qu'offrent en général les plantations d'automne. S'ils ne les font pas à cette époque, c'est qu'à partir de novembre jusqu'en mars les expéditions ont lieu ; besogne urgente, qu'on a toujours le plus grand intérêt à ne pas retarder. Une autre cause non moins puissante les en empêche souvent : ils manquent de terrain disponible, car ordinairement on destine aux nouvelles plantations celui-là même où ont été arrachés les arbres expédiés. Nous engageons donc tout pépiniériste, libre de choisir l'époque de ses plantations d'arbres fruitiers, forestiers, d'ornement, rosieis, etc., etc., à piauler toujours en automne^ à moins qu'il ne soit placé dans une des conditions exceptionnelles signalées plus haut.
Il peut cependant se présenter des circonstances qui obligent à s'écarter un peu de la régie que nous venons d'indiquer, et à planter soit au printemps, en avril par exemple, lorsque les feuilles sont* déjà développées, soit au contraire à la fin de l'été, quand les arbres sont encore en végétation, et par conséquent chargés de leur feuillage. Dans la première supposition, les arbres devront élre arrachés avec le plus de racines possible, et plantés avec précaution, de manière que ces dernières ne soient pas contournées ou repliées sur elles-mêmes. Après les avoir l'ecouverles de terre assez finement divisée pour s'introduire entre toutes leurs ratnifications, on remplit aux quatre cinquièmes le trou, on donne une bonne mouillure, puis on achève de le combler. Sien plante des arbres ou des arbustes d'une (^rtaine taille et
DE L\ PLANTATION EN GÉNÉKAL. iOl
pourvus, d'un bon nombre de branches, on peut d'al)or(l, et afin de donner moins de prise au vont, en supprimer quelques-unes des plus basses, et maintenir ensuite les arbi es au moyen de tuteurs placés à quoique distance du pied, pour n'en pas blesser les racines, ou bien au moyen de cordes ou (le fils de fer attachés à des piquets ou aux arbres situés à proximité, afin d'empéchor que ceux nouvellement plantés soient renversés par les venls ou plus ou moins ébranlés, ce qui générait le travail de la reprise. On fait mieux encore en amoncelant au pied des arbres quelques brouettées de terre que l'on y maintient jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment assis. Il n'est pas moins important de les bassiner souvent, afin d'entretenir l'humidité des tissus, d'arrêter l'évaporation de l'eau qu'ils contiennent, et de s'opposer à leur dessèchement. Si les arbres à planter ne sont pas trés-voluinineux, on peut les coucher au fond d'un petit encaissement ou fossé assez long, dans lequel on verse une sorte de bouillie claire de terre argileuse, dans laquelle on plonge les arbres avant la plantation. Colle bouillie adhère à toutes les parties de l'arbre, et forme à leur surface, en se desséchant, un léger enduit qu' les piéserve ultérieurement contre l'ardeur du soleil. Cette opération est d'autant plus avantageuse qu'elle produit de bons résultats sans grossir les frais. S'il faut au contraire plantera la fin de l'été, en août par exemple, on supprime ies feuilles en en coupant le limbe avec des ciseaux, et en conservant soulemont le pétiole. Pour les arbres précieux et anx(|uels on tient particulièrement, on peut retrancher l'extiémité des bourgeons trop herbacés, expo.^^és à se dessécher par l'évaporalion de la sève; chaque plaie peut être recouverte d'im peu de cire à greffer. On donne ensuite une bonne mouillure; enfin on applique à ces arbres à peu près le traitement indiqué cidessus.
III. Époque où Tcn doit faire les plantations d*arbrcs c3 d'arbrisseaux à feuilles persistantes.
D'après les données exposées dans le paragraphe précédent, on voit que Tépoque de la plantation ne peut pas être la même pour ce groupe que pour celui des arbres à feuilles caduques. Dans la plantation de ces derniers, on profite de l'époque où la végétation est en repos : ce temps d'arrêt ou de suspension n'existant pas, du moins d'une manière sensible, chez les végétaux à feuilles persistantes, ou doit opérer d'après un autre raisonnement et en s'appuyant sur d'autres principes. Les arbres à feuilles persistantes étant toujours en végétation, il convient de choisir un moment où la température soit assez élevée pour activer cette végétation ; la plantation doit donc se faire à une autre époque et dans des conditions différentes. En effet, si l'on plantait à l'approche de l'hiver, l'abaissement de la température, joint à Thuraidité qui régne ordinairement à cette époque, ferait en grande partie périr pendant l'hiver ces plantes, déjà fatiguées par l'arrachage. Le mal serait augmenté et le danger plus grand encore, s'il s'agissait d'arbres à racines charnues; c'est ce qui explique l'insuccès des plantations de Magnohas en automne, et leur réussite complète quand o^n opère au mois de mai.
L'époque qui paraît convenir le mieux à la plantation des arbres à feuilles persistantes est le courant du printemps, quand la température, déjà assez élevée, a pu réchauffer le sol. Lorsque les circonstances le permettent, on doit choisir une journée de temps couvert ou de pluie imminente. Une autre époque qui, à noire avis, est de beaucoup préférable encore pour effectuer la plantation des mêmes arbres, est la fin de l'été : la cliahîur, assez forte encore pour maintenir et activer la véi^él.ilion, est un peu diminuée cependant par les nuits, qui, déjà plus longues et pins IVaîches, restituent aux plantes l'eau de végétation qui leur a été enlevée pendant la journée.
Si les racines des plantes sont blessées accidentellemenl ou endommagées par l'arrachage, si toute la terre s'en est liëtachée, il faut, dans ce cas, pour rétablir l'équilibre, supprimer un nombre plus ou moins considérable de feuilles. La fonction principale des feuilles étant l'élaboration et l'évaporation des liquides renfermés dans le végétal, cette éval>oration est en rapport direct avec le nombre de ces organes. Comme, dans le cas dont nous parlons, il est du plus haut intérêt de prévenir l'évaporation, on doit supprimer un certain nombre de feuilles, en coupant, à l'aide du greffoir, d'une paire de ciseaux, ou de tout autre instrument acéré, une portion du limbe, tout en conservant le pétiole, dont les fonctions restreintes et momentanées viendront un peu en aide à celles des racines. A part l'époque de plantation pour ce groupe de végétaux, tous les soins, toutes les précautions à prendre, et que nous avons déjà indiqués plus haut, doivent être minutieusement et exactement observés; l'arrachage ne peut aussi être fait avec trop de soin, et de fréquents bassinages ne sont pas moins indispensables. Nous dirons, comme résumé de ce qui concerne la plantation des arbres à feuilles persistantes, que l'époque de plantation la plus favorable à ces végétaux est à partir du 15 avril jusqu'au 15 mai, ou mieux encore à la Cm de l'été, quand la température est encore assez élevée pour permettre aux plantes de reprendre et de pousser avant l'hiver. On peut certainement, dans quelques circonstances, sortir de ces limites ; mais ces exceptions, quelles qu'elles soient, ne détruisent pas la règle. Ajoutons comme complément que les végétaux à feuilles persistantes, lorsqu'on les plante, doivent, autant que possible, être en motte, cela est même indispensable lorsque les sujets sont volumineux ; il est même un très-grand nombre d'espèces que, fortes ou faibles, on ne peut planter avec succès que lorsqu'elles sont en motte.
HT. — Habillage on apprêt des planta.
On donne le nom Rhabillage à Topéralion qui suit immôdiatemont l'arrachage qui précode celle de la plantation. Cette opération consiste à raccourcir et à tailler les racines des plants, soit qu'on les trouve trop longues, soit qu'elles aient été mutilées pendant l'arrachage; quelquefois aussi une partii; plus ou moins grande des branches doit être retranchée; quelquefois même il faut les su[)primer toutes, et raccourcir les plants à des longueurs variables qui dépendent de leur nature, et plus encore du but en vue duquel est faite la plantation. Si l'on prépare pour la plantation des arbrisseaux ou arbustes destinés à former des touffes^ on en peut retrancher toute la partie supéiieure jusqu'à environ 15 à 50 centimètres du sol : chez les sujets destinés à former des tiges^ on peut au contraire conserver le sommet en entier 0» en couper seulement l'extrémité, à moins toutefois que &* ne soient quelques espèces qui, comme nous le dirons plus loin, ne doivent jamais être rabattues. Excepté dans cette dernière circonstance, on les conservera à peu près intégralement, sauf à leur faire subir plus tard, lorsqu'ils seront bien enracinés, l'opération du recépage ou rabattage, que nous décrirons ultérieurement. Ces sujets seront ensuite repiqués au plantoir, à la houe ou à la bêche, suivant le volume, la quantité et la longueur des racines, la nature des plants et celle du terrain, et surtout aussi selon les habitudes locales; car, tandis que dans certains pays on ne se sert que de la houe, dans d'autres elle est à peine connue. La distance à réserver entre les lignes des végétaux placés dans la pépinière est très-variable, et ne peut être fixée ici d'une manière absolue ; elle est subordonnée à la nature des plants et au but pour lequel on les élève. En effet, si les arbres doivent occuper longtemps la même place ou en être enlevés promptemenl, ils pourront être plus ou moins rapprochés ou éloignés. On se trouvera toujours très-bien d'étaler, s'il
est possible, sur le terrain, aussitôt après la plantation, un bon paillis, soit de feuilles, solide vieux fumier, qui favorisera la reprise des plantes, en maintenant riunnidilc et en empêchant l'évaporation ; on évite encore par ce moyen pinsieurs façons d'élé, et, de plus, ce paillis procure un engrais très-favorable aux arbres; car Teau des arrosages, en filtrant à travers le paillis, en dissout les éléments et les transmet aux racines sous la forme liquide, la seule sous laquelle ces organes puissent absorber ces particules fertilisantes, base de toute véjîétation.
Lorsque l'on repique des arbres à feuilles persistantes, il importe de choisir aulant que possible un temps convenable, c est-à-dire un peu humide et couvert. Il est bon aussi de consacrer à ces plants l'endroit du jardin qui offre le plus d'ombrage. Ils sont abrités au besoin et bassines fréquemment; mais il vaut mieux encore repiquer dans des petits pots que l'on place sous dos châssis à froid, où ils sont garantis du soleil et privés d'air pendant quelque temps; de cette manière la reprise en est beaucoup plus prompte et toujours assurée.
Doit-on, oui ou non, supprime!' le pivot lorsqiion plante? Oui et non tout à la fois. Oui, si les arbres sont plantés en pépinière pour être élevés et façonnés, en un mot pour y faire leur éducation; car dans ce cas, devant être transplanlés plus tard, cette seconde opération présentera d'autant plus de chances de succès que les arbres auront plus do chevelu ou de petites racines; et on sait que la suppression du pi\ot détermine et favorise le développement de ces dernières. Non, si les arbres sont plantés immédiatement en place, à demeure; car, dans ce cas, le pivot, loin de leur nuire, leur est au contiaire favorable, puisqu'il les fixe plus solidement au sol, les garantit par conséquent contre les accidents résultant des coups de vent, qui ont prise sur eux en raison de leurs grandes dimensions.