V. — Préparation on Édacatlon des planta
Suivant le but que se propose le pépiniériste dans TéducatJon des jeunes végétaux, suivant aussi la nature des plants les soins à donner ainsi que les opérations à exécuter dans leur éducation devront varier. Kn effet, si les plants sont destinés à former des arbres à haute tige, il est évident qu'ils ne sauraient ôLi;e traités comme s'il s'agissait d'arbrisseaux ou d*arbustes destinés à former des massifs ou des haies. Les plants destinés à former des tiges soit pour â\'enues, soit pour futaie, subissent une opération toute particulière, celle du recépafje, ou, en terme de pépinière, du rabotage ou rabattage.
Le recépage^ qui a pour but d'obtenir des scions vigoureux, droits et prolongés, ne peut se pratiquer avec avanlata^e que sur dos sujets bien repris, c'est-à-dire ayant pour le moins un an de plantation. S'ils étaient rabattus au moment de la plantation avant d'ôlre bien enracinés sur place, on n'obtiendrait le plus souvent que de g;\*îles bourgeons, dont aucun ne serait probablement assez vigoureux pour constituer cette tige que l'on cherche à obtenir. Si, au contraire, on se borne à habiller seulement les racines et à supprimer quelques brancbos, il arrive que l'année suivante, quelquefois même la deuxième année après la plantation, oo se voit forcé de recéper le plant, de manière à obtonii' plusieurs bourgeons très-vigonreux, parmi lesquels on clioisit, pour constituer la tige, le pUis beau, le mieux placé, dont on favorise le dével()p[)ement en |)iiiçant ou en supprimant les autres. Quelques espèces d'arbres font cependant exception à cette règle, et ne doivent point être recôpés, parce qu'après le-recepage ils ne donnent, le plus souvent, que des bourgeons courts et grêles, incapables de s'élancer; c(; sont principalement les Planera, Ormes, Marronniers, Sorbiers, Mûriers, Padiis ou vulgairement Merisiers à grappes, IkHileatrifotiata, etc. On reclierclie [larini les sujets de ces espèces les plants les plus
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droits ; puis, à l'aide de rébourgeonnage des rameaux latéraux, on prolège le bourgeon principal, qui doit former la lige. Cet ébourgeonnage, qui a pour but de favoriser le rameau conservé, est très-facile : on pince ou on écoiirts les bourgeons latéraux ; mais il y a cependant quelque attention à apporter dans cette opération. 11 ne faut jamais, ou du moins on ne doit que très-rarement les supprimer entièrement; car alors la lige, en s'effdant, serait très-mince et flexible, et ne pourrait souvent se soutenir qu'à l'aide d'un tuteur : en pinçant, au contraire, seulement leur extrémité, celle ablation suffit pour obliger une partie de la sève à se porter vers le sonnnet, en même temps que les rameaux latéraux, dont on s*est borné à supprimer l'extrémité, suffisent pour attirer, ou, comme on dit dans la pratique, j^our a?wuser la sève; de sorte que celle-ci, ainsi retenue, détermine un accroissement suffisant de la tige en diamètre.
L'ébourgeonnage se pratique pendant l'été, et autant de fois qu'on le juge convenable à l'éducalion des sujets.
La taille, dans la catégorie des arbres forestiers ou d'ornement, est très-simple; elle se réduit à ne laisser développer les premières branches qu'à la hauteur d'environ 2'".50, en raccourcissant un peu celles qui prennent trop de développement, et menacent de nuire à la tige principale en attirant à elles une grande partie de la sève. On supprime au besoin, soit en totalité, soit en partie, toutes les branches languissantes ou mortes, celles qui sont mal placées, qui font confusion, et ôtent aux arbres la symétrie et la régulalarité qu'on désire leurdunner ; on retranche successivement, et à mesure du besoin, toutes les branches de la base, afin de forcer les arbres a s'élever, et à [)roduire ces belles pièces de bois souvent si i)rècienses pour l'industrie, et d'un si grand avantage pour le propriétaire.
Les arbres fruitiers sont soumis, pendant leur éducation en pépinière, à des principes complètement différents de ceux qui viennent d'être exposés, du moins en ce qui touche la taille» qui, pour cette catégorie d'arbres, est trèH-
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dans lesquelles on incorpore au sol divers engrais, soit enfin en creusant seulement de grands trous, dont on pourra ôler la terre pour la remplacer par d'autre; mais ce dernier moyen est le plus défectueux, car les arbres se trouvent placés pour ainsi dire dans une sorte de caisse, au milieu de laquelle, lorsqu'ils ont épuisé le soi, ils dépérissent. Une des premières conditions de réussite, c'est de choisir une essence qui, en même temps qu'elle peut répondre à sa destination, soit appropriée au sol et au climat. La distance à réserver entre les arbres varie encore suivant le but de la plantation, la nature du sol, et avant tout suivant les exigences de la végétation des sujets adoptés; elle peut, à l'égard d'une foule d'espèces, se réduire à six mèlres. Mais, indépendamment des soins de plantation, qui sont certainement des plus importants, différentes précautions devront encore être prises, différents soins seront nécessités par l'isolement des arbres lorsqu'ils sont plantés en avenues, situation qui les expose à bien des accidents. C'est alors qu'il conviendra de les garantir avec des épines, de manière que les animaux on même les enfants n'y touchent pas : quelquefois aussi, quand l'avenue est située dans un lieu découvert et où régnent h;ibituellement de grands vents, on devra affermir les arbres, et les préserver de leur violence à l'aide de tuteurs, do cordes ou de buttes de terre, ainsi qu'on l'a précédemment expliqué.
Doit-on, lorsqu'on plante des arbres élevés et pour ainsi aire tout formés^ retrancher une grande partie de leu7\s hranches ou de leur tête, ou même les supprimer entièrement, comme on le fait encore si souvent?
Cette funeste habitude, due uniquement à une routine aveugle, est tellement défectueuse et si contraire aux lois de la physiologie végétale, qu'elle révolte non-seulement tous ceux qui en ont quelque notion, mais qu'elle chocpuî encore les personnes les plus étrangères à l'arboriculture, vl (juiécoutent simplement la voix du bon sens. (Juoi de [)lus al)-
surde et en même temps de plus contraire au but de la plantation, qui est d'obtenirde grands arbres, que de couper entièrement ceux qu'on plante, en ne conservant que la partie inférieure du tronc? On peut alors comparer avec toute raison ce qui reste de l'arbre à un manche à balai. Et vraiment, en voyant sur nos promenades publiques ces jeunes Ormee ou Platanes si vigoureux qu'un coup de serpe donné le plus souvent au hasard rogne impitoyablement, d'après une longueur rigoureusement déterminée, et sans égard à la disposition des bourgeons, ne se sent-on pas naturellement disposé à demander grâce pour ces innocents végétaux, dont Tensemble si beau, si bien proportionné, annonce une santé si robuste? Mais non, la mesure fatale est là, et, sans s'arrêter à d'autres considérations, il faut qu'ils y passent; car, une fois plantés, ces arbres doivent avoir exactement la même hauteur, simuler des lignes de jalons. Cette habitude si vicieuse et si déplorable au fond est cependant mise tous les jours en pratique sous nos yenx, et par des hommes soi-disant experts, mais probablement en toute autre matière qu'en fait de plantation.
Cependant, comme le but de cet ouvrage n'est pas de faire de la critique, mais seulement de faire connaître les bons procédés, si nous avons relevé les faits qui précédent, c'est pour en faire mieux ressortir les inconvénients, et empêcher les propriétaires d'imiter les mauvais exemples. Gardonsnous donc de rien exagérer, et cherchons ailleurs que dans les extrêmes, d'après les principes de la saine physiologie végétale, ce qui peut et doit être fait de mieux et de plus rationnel. Une loi qu'il t si bon de ne pas perdre de vue est celle de l'équilibre qui doit exister dans toutes les parties des êtres; quand cette loi vient à être violée, il doit nécessairement en résulter un mal plus ou moins sensible. Or entre quelles parties de l'arbre l'équilibre doit-il exister? C'est bien évidemment entre les parlies les plus importantes, les racines d'une part et les branches de l'autre. Si donc on supprime entièrement ces dernières, l'équiUbre se trouve rompu,
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et il en résulte toujours un mal tros-grave pour les jilautcs soumises à ce traitement. Aussi, nous le disons sans hésitalitui, toutes les fois que les arbrc's auront êlé bien arrachés, ce qui est de première importance, et(|ue les racines seront dnns de bonnes conditions, on ne devra rien supprimer des branches, à moins qu'elles ne soient trop nombreuses et qu'elles offrent trop de prise au vent; dans la majorité des cas, on pourra se contenter de retrancher celles qui s'écartent trop, et nuisent à la symétrie ou à la grâce des arbres; et ici encore il suffira le plus souvent de se borner à les raccourcir. Quant aux racines, il n'y en aura jamais trop, et l'on ne âexra jamais supprimer que celles qui seraient trop lonjrues, ou mutilées par l'arrachage; hors de là, on doit se borner à en rafraîchir l'exlrémilé, qui ordinairement s'est trouvée cassée ou mutilée.
Un point des plus importants pour la plantation des grands arbres, indépendamment de ce qui a été dit plus haut, c'est de la faire en autonme, afin que la terre puisse se ralfermir durant l'hiver ^t consolider les arbres dans leur nouvelle position, et que les pluies automnales puissent, en mouillant la terre, pénétrer jusqu'aux racines. Si la terre est sèche, il n'est pas moins essentiel d'arroser d'abord les arbres au printemps, puis une ou plusieurs fois dans le courant de l'été. Lorsque la plantation a été exécutée convenablement, les travaux d'entretien consistent à la surveiller, pour prévenir les dégâts que pourraient y cansiM^ les animaux ou les enfants, par des ébranlements (|ui nuisent sensiblement à la reprise. On retranche, dans le courant de l'année, les branches mal venues, ou ([ui nuisent à la symétrie. En pratiquant cette dernière opération, on a soin d'égaliser les plaies et de les rendre bien nettes; si elles présentent une certaine étendue, elles doivent être innuédiatenient l'i^eouvertes avec de la cire à greffer, ou siinpIiMuent avec une bouillie conijiosèe de terr*^ franche ar^'ilense, dèlayéi' dans l'eau. Si les arbres demandaient à être taillés de manière à être conduits en éventail et à former des rideaux de verdure, les branches seraient cou-
pées au-dessus et le plus près possible d'un œil, afin d evilcr les chicots nuisibles à l'arbre |)ar la pourriture qu'ils occasionnent, et toujours désagréables à la vue. Une pratique fort utile, soit inimédiotement après la plantation, soit pendant les deux ou trois années qui suiveni, est de recouvrir la terre, jusqu'à la distance d'environ un mètre autour du tronc, avec un bon paillis qui maintiendra l'humidité en arrêtant Tévaporation, et contribuera puissamment à la reprise.
Si quelque circonstance oblige à transplanter de gros arbres, leur reprise peut offrir quelques difficultés, -et c'est même ce qui a lieu le plus ordinairement. Des précautions j)artiruliéres doivent être prises pour assurer le succès. In- (lépendanmient de tous les soins qui doivent accompagner l'arrachage des grands arbres et leur transplantation, des arrosements abondants seront indispensables pour faire arriver l'eau aux racines, qui plongent souvent dans le sol à une. assez grande profondeur. On facilite les arrosements on plaçant autour des arbres, et à une certaine distance de leur base, des tuyaux ou conduits en grés d'une forme particulière, appropriée à cet usage. Ces conduits sont enfoncés dans le sol de manière qu'une de leurs extrémités se trouve à fleur du sol, tandis que l'autre, qui plonge dans la terre, est en contact immédiat avec les racints. Pour arroser les arbres on verse l'eau dans ces tuyaux, quand même la quantité n'en serait pas considérable, on est du moins assure qu'elle arrive aux racines, ce qui n'a lieu que très-rarement loi'S(ju'oii n'a pas prisées précautions. [Musieurs plantations d'arbres très-forts ont été, à notre connaissance, faites et soignées par ces procédés, et leurs résultats ont été aussi satisfaisants ([u'il était possible de le désirer.
Entretien, etc.
Les travaux d'entretien des pépinières consistent principalement dans la surveillance ù exercer sur les diverses opéra-
lions décrites successivement dans les chapitres précédents, et qui ont pour objet d'éclaircir les semis, de pratiquer les repiquages, de placer les tuteurs, de surveiller les greffes, etc. La terre doit, d'autre part, être maintenue dans le plus grand état de propreté possiblo, et il importe qu'une pépinière soit, en temps utile, arrosét», binée, sarclée. Mais les labours, qui se font habituellement au printemps, et au profit des jeunes plants, sont-ils toujours bien nécessaires dans le courant de la belle saison? Ici encore nous répondrons : Oui et non. Ouiy lorsque les terres sont fortes, argileuses, fraîches, et par conséquent compactes; ou bien, à part ces mauvaises conditions, quand le terrain a été foulé ou piétiné; ou bien encore quand on élève en pépinière des arbres dont les racines pénètrent tiès-profondément dans le sol. Dans toutes ces circonstances, il peut être avantageux de remuer la surface du terrain de façon à l'aérer. Non, lorsque ies terres sont sèches et légères; car alors le chevelu qui se forme de préférence à la superficie du sol serait détruit en grande partie par les labours. M^is ce qui est toujours utile, lorsqu'on le peut, c'est, après avoir ameubli et ouvert la sii[)erficie du sol par un bon binage, de le recouvrir d'un paillis, soit de feuilles, soit de vieux fumier, ainsi que nous l'avons recommandé ci-dessus en parlant des plantations.