‹ Percement de l'isthme de SuezChapitre 13 sur 31 · LETTRE A LORD STRATFORD · texte numérisé non relu

LETTRE A LORD STRATFORD

raie , on ne voit guère sur quel terrain et à quelle occasion s*eng;agei'aient de nouveau des luttes qui

ont bi longtemps ensang^lantc le monde. Sont-ce les intérêts financiers et commerciaux qui peuvent diviser les deux peuples ? Mais les capitaux de la Grande- Bretagne jetés dans toutes les entreprises de la France et l'immense développement qu'a pris le commerce international établissent entre elles des liens qui, chaque jour, deviennent plus étroits. Sont-ce les intérêts politiques et les questions de principes? Mais les deuxnations n'ont plus qu'un même but, qu'une même ambition, le triomphe du droit sur la force, de la civilisation sur la barbarie. Sont-ce enfin de mesquines jalousies pour une extension terri toi iale? Mais elles reconnaissent aujourd'hui que le globe est assez vaste pour offrir à Tesprit d'entreprise qui anime leurs populations respectives des pays à mettre en valeur, des créatures humaines à tirer de l'état de barbarie, et d'ailleurs, du moment que leurs pavillons flottent ensemble , les conquêtes de l'une profitent à l'activité de l'auti'e.

Au premier abord on n'aperçoit do^c rien dans l'ensemble des choses qui puisse altérer nos bonnes relations avec l'Angleterre.

Cependant, si Von y regarde de près, une éventualité se présente qui , faisant partager aux cabinets lés plus éclairés et les plus modérés les prqugés et les passions populaires, est capable de raviver de

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vieilles antipathies et de compromettre^ avec 1 aU liance, les biens dont elle doit être la source.

Il <'st en elict un point clii [jloiu' au libre parcours duquel se lie la puissance politique et commerciale de )a Grande-Bretagne, un point dont la France avait, pour sa part, dans les siècles passés, ambitionné la possession. Ce point, c'est l'Kgypte, route directe de l'Europe aux Indes , l'Ej^ypte, arrosée à plusieurs reprises du sang français.

Il est superflu 1 1 lahlir l<*s motifs qui ne pertnettent pas à rAn(»lctcrrt; de voir l'Egypte entre les mains d*une nation rivale sans opposer la plus énergique résistance; mais ce dont il faut également tenir [jraïul euiiipto, c'est qu'avec des intérêts moins positifs la France , sous l'empire de ses glorieuses traditions , sous l'impulsion d'autres sentiments plus instinctifs que raisonnés et , par cela même , tout * puissants sur l'esprit impressionable de ses habitants, ne saurait, à son tour, laisser à l'Angleterre la paisible domination de TÉgypte. U est clair que, tant que la route des Indes est ouverte et sûre, que l'état du pays garantit la facilité et la promptitude des communications f r Angleterre n*ira pas se créer les plus graves difficultés pour s'approprier un territoire qui, à ses veux, n'a de valeur que comme voie de transit. Il est ^^cment évident que la France, dont la politique consbte, depuis cinquante ans, à contribuer à la prospérité de FÉgypte , tant par ses con-

LETTRE A LORD STRATFORD. m seils que par le concours d'un grand nombre de Français distingués dans les sciences» dans 1 administration , dans tous les arts de la paix ou de la guerre, ne cliercbera pas à réaliser de ce côté les projets d une autre époque aussi longtemps que TAngleterre n*y mettra pas le pied.

Mais qu il arrive une de ces crises qui ont si souvent ébranlé FOrient, qu'une circonstance se produise où rAngleteri^ se trouve dans la rigoureuse obligation de prendre position en Ëgypte pour empêcher qu*une autre puissance ne Ty précède , et qu on nous (Use s ii est possible que lalliance résiste aux complications qu un pareil événement ferait nattre. Et pourquoi TAngleterre se croirait-elle forcée de se rendre maîtresse de TÉgypte, au risque même de rompre son alliance avec la France? Par cette seule raison que TÉgypte est la route la plus courte, la plus directe de FAngleterre à ses possessions orientales, que cette route doit lui être constamment ouverte, et qu'en ce qui touche ce puissant intérêt elle ne saurait jamais transiger. Ainsi, par la position que la nature lui a faite , TÉgypte peut encore être le sujet d un conflit entre la France et la Grande-Bretagne, de telle sorte que cette cliance de rupture disparaîtrait si» par un événement providentiel, les conditions géographiques de lancien monde étaient changées et que la route des Indes, au lieu de traverser le cœur de TÉgypte, fût

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reportée à ses limiles et, étant ouverte a tout le monde, ne pût jamais être exposée à rester le pri*

vilé{;c de personne.

£h bien, cet événementy qui doit être dans les vues de la Providence , est aujourd'hui à la portée des hommes. Il peut être accompli par Tindustrie humaine ; il est réalisable par le pera nu iit de Tisthmede Suez, entreprise à la c|uelie la nature n'op- . pose aucun obstacle et où viendraient certainement . s'engager les capitaux libres de rAngletene aussi bien que d'autres pays.

Que Tisthme soit coupé, que les flots de la Méditerranée se mêlent à ceux de Tocéan Indien , que le chemin de fer soit continué et terminé, et l'Égyptc, en acquérant une plus grande valeur comme pays de production, de commerce intérieur^ d'entrepôt et de transit général , perd sa périlleuse importance coinine voie de communication incertaine ou contestée. La possession de son territoire n ayant plus d'intérêt pour l'Angleterre, cesse d'êtreTobjet d'une lutte possible entre cette puissance et la France, Tunioii des deux peuples est désormais inaltérable et le monde est préservé des calamités qu'entraînerait leur rupture. Ce résultat offre de telles garanties pour l'avenir qu'il suffit de l'indiquer pour appeler sur l'entreprise destinée à l'assurer la sympatiiic et les encouragements des hommes d'État dont les efforts ont pour but d'asseoir l'alliance anglo-française sur

L£TTAË Â LORD STRÂTFORD. Ui

des base» inébranlables. Vous êtes un de ces bom-

mes , milord , et vous avez une trop grande part dans les débats de la haute politique pour que je n'aie pas le désir de vous faire connaître mes vœux.

Fbbd. de Lesseps.

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