OPINION DE M. DAVID URQUUART
d'enfants y et, par le fait» ils ne se trompent guère. Le canal abrégerait, dans une proportion moyenne
de six semaines à trois mois , la durée des voyages par mer entre TAngleterre et les pays suivants :
Abyssinie 2,500,000 âmes.
Afrique orientale 10,000,iX)0
Arabie 2,500,000
Australie et Nouvelle-Zélande. 500,000
Ava , 1, 500,000
Bornéo 3,500,000
Ceyian 1,000,000
Chine 350,500,000
Cochinchine 4,000,(XK)
Inde 150,000,000
Java 10,000,000
Madagascar, Zanzibar, Maurice, Bombay 2,500,000
Malacca 500,000
Perse 9,000,000
Iles Pliilippines 3,000,000
Siam 2,500,000
Sumatra 3,000,000
Tonquin 12,000,000
368,500,000 âmes.
Dans ces pays, nous ne comptons pas un seul rival; tous sont nos clients au point de vue commercial.
m OOCUM£NTS.
Voyons maintenant quelles sont les dispos! tiens du
{youvonipiiienl turc. Pour lui, la première de toutes Icsconsitlnatious, c'est de voir U'^ypte unie à Teaipire. Si le projet du canal vient de la oUé et reste complètement indépendant des influences diplomatifjurs, il sera lavorablcmciit rcrii de lu Porte, et il ne rouira pas le rii»que d'être étouffé par l'aauulalîon du silence. En pratique, ce projet est très^gréable à la Porte. Elle apprécie les avanta(;es de la vapeur et (lu développement tles voies de communication; elle a à cœur iiucorporaliou de T Arabie, et plus cette importante province est unie à la Porte , plus celle-ci exerce de pression sur TK^j^ypte. Elle désire la |)Osscssion de l'Arabie au point de vue politique et militaire, mais surtout au point de vue religieux. Par la voie du canal le pèlerinag[e aux villes saintes serait à la portée de tous les habitants de l'empire.
Quant aux hommes diitat^ ils connaissent tous la valeur et l'importance qu'avait TÉgypte lorsqu'elle servait de passage au commerce de TOHent. On trouvera donc dans le cabinet de Constantiuople non -seulement des dispositions favorables au projet» mais encore toutes sortes d encouragements.
Il est d'un médiocre intérêt de discuter les mérites relatifs des différents plans » car le plus difficile et le plus coûteux présenterait encore , dans ses résultats pratiques, des avantages pécuniaires satis-
OPINION DB M. DAVID URQUHÀRT. S63 faisants. Il est évident que nous sommes aujourd'hui en position de tourner à notre profit la situalion géographique du pays beaucoup mieux que nont pu le j^re tous, ceux qui ont accompli cette œuvre dans les temps anciens ou qui l'ont projctce dans les temps modernes. Je parle, bien entendu, des anciens Égyptiens et des Français : les premiers en effet, n'ayant pas les écluses à leur disposition, les seconds, crai(pîaiit de livrer l'entrée du canal à la suprématie navale de l'Angleterre, ont adopté une voie détournée et ont voulu se servir du Nil pour le canal. De ces inductions purement historiques et non point {iféo[|raphiqu(\s, ]v. dois conclure que nous, par la droite ligne, nous aurions beaucoup plus de facilités. Je trouve qu'un officier du génie anglais, le capitaine James Vetch, est arrivé par Fexamen des lieux à la même coik lusion. Les considérations qu'il présente relativement aux effets de la pesanteur spécifique supérieure des eaux de la mer Bougée sont d'une grande importance non-seulement pour le canal lui-même , mais aussi pour le déblaiement des dépôts de sables dans le port méditerranéen (de Péluse).
On a })rescnté le chemin de fer du Caire comme un contre-projet, mais quel rapport ce rail-way peut-il avoir avec la création d'un passage maritime de la Méditerranée à la mer Rofige, ou, pour mieux dire, de l'Atlantique à l'océan Indien?
On vient maintenant vous dire que le canal est un projet français , que les Français le désirent pour envoyer par ce chemin leurs vaisseaux nous chasser de l*Iude.
Voilà le beau prétexte qui suffit , aux yeux de bien des fjens , pour détruire dans leur ffermc chacun des projets qui teucicnt à raccoiuplissenient de cette entreprise colossale et éminemment britannique !
( Ml i) insinué ensuite, comme une protondo réfle^i^iuu d équilibre politique, qu'il ne; convenait pas de mettre à la merci du possesseur de TÉgypte des relations aussi étendues que celles qui seraient créées par l,i tonsuuction du canal.
A-t-il iailu un canal pour porter P^apoléon en Ëgypte , lorsque son projet était de se rendre dans rinde? D'ailleurs, avec Malte dans les mains, vous êtes plus |)rt's de l'iîgypte que la France, si toutefois il faut attacher une importance quelconque à ce que la France en soit loin ou près. Ce n est pas la France qui menace l'Inde. Le danger pour Tlnde vient de cehii qui est l'ennemi de l'empire dans le territoire duquel coulerait le canal. Quelle meilleure situation (jéo[;rap}iique et politique pourriezp vous donc désirer que celle qui vous serait iaite par l'ouverture de ce passage ?
Si l'argument qui précède a quelque valeur pour Suez y il doit être au moins aussi bon pour Pa*>