INSTRUCTIONS A LINANT ET MOUGEL
maridroe et du canal d alimentation et de naviga-
tioM iiUcrieurc.
Je ne prétends pas restreindre aux limites indiquées dans ce programme le travail de MM. Linant-Bey et Mougel-Bcy.
Tout en constatant l'accord que j'ai vu ré{>ner entre eux et Fidentité de leur conviction sur la possibilité de la communication entre la mer Houge et la Méditerranée par un canal accessible à de (jrands iiavirt'î», je les prie, dans lo ras où l'opiiiiou de l'un d'eux sur une question quelconque ne serait pas partagée par l'autre, de consigner la différence de leurs observations et d'en établir les motifs.
Enfin l'a van t-projet, accompajpié d'une rarle figurative, devra être achevé le plus promptemeut possible.
Caire, le 15 janvier 1855*
Ferd, D£ Lesseps.
ISTIIMK DE SUEZ.
AVANT-PBOIET DU PEBCBIIBNT DE L UTHUB PAB OV CAKAL
llliilïLMiù EAIHE PtLLSL iùï
Depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, les iutcréis poliliques et commerciaux ont appelé lattention du monde sur la jonction de la Méditerranée et de Focéan Indien, dont la mer Itouge est le prolongement.
Les deux mers ne sont en effet séparées que de Tîntervalle d*un degré, intervalle qui était beaucoup moindre au commencement des temps bistori([ucs et devait être nul, selon toute apparence, dans les premiers âges du monde.
On conçoit donc que la réunion de ces deux
mers, entourées des pays 1rs plus In liles et les plus
riciies, ait été roLjct des eUorU» des souverains et
des ccmquéranls de TÉgypte. Les avantages offerts
par ce grand projet semblaient inviter la main de
1 iiuamio à le réaliser et eu avaient iail entreprendre
VacGomplissement. Cependant la communication
directe, qui paraissiiit l;i j liis naturelle, si elle a été teutéc, ne parait pas avoir été menée à tiu, tandis que la jonction a été exécutée à plusieurs reprises et avec succès en employant le Nil comme intermédiaire.
Cette solution donnée à la question tient à des erreurs de nivellement, à des craintes d'invasions étranfifères , et surtout à des préju(];és de religion qui, a des épofjuts dlgnorance et de troubles, ont fini par fermer la communication indirecte si laborieusement obtenue.
Hérodote en attribue Texécution à Nécos , fils de PâammcticuSy le même qui fit faire, dit-ou , par des navigateurs phéniciens» le périple de l'Afrique. Il est probable que le génie de ce prince, dirigé vers les entreprises maritimes, s'empara du projet qui lui était antérieur et en poussa plus loin que ses devanciers la réalisation. Il aurait néanmoins laissé son oeuvre inachevée, et elle n'aurait été terminée qu'après la conquête persane, par Darius I".
a Ce canal, dit Hérodote, a de longueur quatre » journées de navigation , et assez de largeur pour î» que deux trirèmes puissent y passer. L'eau dont il » est rempli vient du Nil et y entre un peu au- » dessus de Bubastis. — Il aboutit à la mer Erythrée ff (mer Rouge), près de Patumos, ville d*Ârabie. Il
n coiiiinciicc dans la plaine , se dirige d'abord d'ocy» cident en orient, passe par les ouvei*tures de la » montagne, et se porte au midi dans le golfe 1» d* Arabie.
» 6ous le règne de Xccos 120,000 hommes përii> rent en le creusant. Ce prince fit discontinuer » louvrage sur la réponse d*un oracle qui Taverlit » cju'il travaillait pour les barbares. »
Suivant Diodorc de 6ieile, Darius n aurait point achevé le canal» et se serait laissé arrêter par l'avis de quelques ingénieurs qui déclarèrent qu*en ouvrant les terres on inonderait l'I^jjypte, dont le sol . (lisaient-ils, était plus bas que le niveau de la mer liouge. L*œuvre n aurait été complète que sous les Lagides; Ptolémée H Taurait achevée, en faisant placer ilans l'endroit le plus lavorable du canal des iiarrières très-ingénieusement construites quon ouvrait quand on voulait passser et qu'on refermait emuOe trhS'prom'ptemenL
Straboa dit que le canal a d'abord été creusé par Sésostris avant la guerre de Troie. 11 ajoute, cependant, que d'autres témoignages 1 attribuent à Psaraniéticus le fils; qu'ensuite Darius le continua, et rabaudonna, quoiqu'il fût presque achevé, parce qu*on lui avait persuadé à tort que la mer Rouge était plus élevée que l'Égypte et quen conséquence, si Ton venait a couper l isthme, la mer couvrirait le pays.
1/68 Ptolémccs, qui cii reprirnit tt en terni iiièrciit Texécution, firent construire une euripe ou barrière qui permettait une navigation &cile du canal intérieur dans la mer et réciproquement. Sti-alion lui donne cent coudées de largeur et une proiondeui* suffisante pour le passage des plus grands bâtiments.
Selon le même auteur, Torigine du canal qui se jette ilaiis la mer Rouge commence au bour^i^ de Pbacusa, auquel est adjacent celui de Pbilon. Ces lieux sont situés vers la pointe du Delta , où est la ville de Bubaste. Pline, au contraire, prétend que le canal lut creuse par Ptolémée II , mais seulement jusqu'aux lacs Amers, ou I on s arrêta par la crainte dlnonder le pays, la mer Rouge ayant été trouvée en cet endroit supérieure de trois coudées au sol de rKfjvpte. — Qui'ltpHs auteurs, dit-il, en donnent une autre raison : c'est qu'on crai^jnait de (jouter par cette communication les eaux du Nil, fleuve qui seul en itgypte donne des eaux potables.
il résulte de là que Tancien canal du Nil à la mer Bon (je, dans son tracé primitif, était une dérî* vation de la branche Pélusiaque, sous les Pharaons, les rots de Perse et les Ptolémées.
11 est probable que la plus ancienne prise d eau se trouvait près de Bubaste; car on rencontre des vestiges d*un canal dont la direction aboutit au lac Menzaleb, et qu'on suppose être le travail de Nécos.
AVANT-PBOJET DU PERCEMENT DE L'ISTHME. 71 Les rois srs siircesseurs, effrayés sans doute des assertions des ingénieurs sur le niveau des eaux de la mer Rouf^e , auront placé plus haut la tête du canal, et c'est aussi probableiueiit par la même raison que le canal , repris plus tard par les Romains et ensuite par les califes, a été reporté encore plus haut dans la vallée; car sa prise dVau, telle cju on la voit encore aujourd hui, se trouve au vieux Caire, Tantique Fostat.
On peut conclure de ce ({iii précède que le canal de conijminicatioii a été achevé jusqu'à la mer : Hérodote, qui voyageait en É(j^pte cinquante ans après Darius, n a pu se tromper sur un point aussi important en affirmant que le canal deboucljait dans le .';olfc Arabique. Il aura sans doute été abandonne plus tard, pendant les longues guerres et les invasions multipliées qu a subies rËgypte y mais il est certain qu*il a été rétabli par les Ptolémées d'une manière plus complète , au moyen des barrières ou euripcs qui empêchaient reau de la mer Rouge de se mêler avec celle du canal. Il est vrai que , d après Plutarque , Antoine arrivant à Alexandrie , peu après la bataille d'Actimn, trouva Cléo pâtre occupée à faire franchir aux navires de sa flotte Tespaoe étroit qui sépare les deux mers, en les faisant cbarrier par-dessus ristlune; mais ce fait ne prouve pas que le canal n ait pas été achevé deux cent cinquante ans aupa*
72 DOCUMENTS, mvaiit par Ptolëniee il. Il prouverait seuieiuciit qu*on lavait négligé et laissé ensabler, ou que Topération du passage de la flotte de Cléopâtre aurait coïncidf avec 1 cpotiiie des basses eaux du ^il, par lequel il était alimenté.
La communication des deux mers par le Nil a été rétablie et modifiée par les îtomains et par les Aiabes, comme le cooatateiit les iiisturieus arabes. — Voici ce que rapporte AU'ergan le géographe :
« Le fleuve Trajan qui passait à la Babylone » d'Kfçypte. eomnie le dit en termes préeis Pto- » Icuiée, est le iiieiiie (jui lut appelé plus tard le » canal du Prince des fidèles , et qui çoule le long » de Fostat; car Omar, comme il est dit dans This- » toirc de la guerre d'Egypte, ordouna que ce D canal, alors comblé par les sables, lût rouvert, » à Teffet de faire transporter >de$ vivres à Médine i> et à la Mecque, qui étaient désolées par la » i'amuie. »
L'écrivain Makryzy, dans ses commentaires sur rËgyptc, dit : « Le nom du prince qui, pour la
» seconde fois, fit creuser le canal, est l'empereur n Adrien, soit que ce prince ait fait achever le canal V commencé sous les auspices de Trajan , soit qu'il T» en ait été seul Fauteur ou le restaurateur ; ce qui » paraît plus \i'ai8embial>le si Adi leu a lait faire en » Egypte de plus grands travaux que Trajan et qu'il » en ait pris le nom comme son iils adoptif. »
ÀVANT-PBOJET DU PERCEMENT DE L TSTHME. 73 D*aprè$ l'auteur Schems-Ekldin , le canal du Caire doit son origine à un ancien roi d*£gypte nommé Tarsis-ben-Malia. a Ce fut sous son règne qu*Abran liaiià vint en E^jypte. Le canal venait jusqu à la » ville do Kolsom, en passant près de Suez, et les r> eaux du Kiï se déchargeaient en ce lieu dans la » mer Salée. Les vaisseaux chargés de grains des- » rendaient par ce canal dans le {;olie Arabique. » Omar ût nettoyer et recreuser ce canal , et on le » nomma y depuis ce temps, canal du Prince des n fidèles. Il demeura en cet état pendant cent cin- » quante ans, jusqu'au rè^ne du calile abasside » Âbou-Jaiar-ei-Manzor (Tan 150 de Thé^pre et » 775 après Jésus-Christ), qui fit fermer Fembouw ehure de ce canal dans la mer de Kolsom. » — L Instoricn Makryzy est encore plus explicite à ce sujet; voici ce qu'il dit : « Ce canal est situé hoi's rt de la ville deFostat et passe à Toccident du Caire. " Il a été creuse par un ancien roi d'Egypte pour » K liadjar (Agar), uière d'isniaël , lorsqu'elle deincu- » rait à la Mecque. Dans la suite des temps , il fut » ci*eusé une seconde fois par un des rois grecs qui » régnèrent en Egypte après la mort d'Alexandre. » Lorsque le Très-Haut accorda l'islamisme aux n hommes et qu'Amrou-ben-el-Ass fit la conquête T» de rÉgyptc, ce général, d'après les ordres d*Omar, » prince des fidèles, s'occupa de faire recreuser le 9 canal dans l'année de la mortalité. 11 le conduisit
7i DOCUMENTS.
» jusqu'à la mer de Kolsum , tl où les vaisseaux se » rendaient dans le Uedjaz, l'Yémen et llnde. On y » passa jusqu'à Tépoque où Mobammed*ben-Abyli Thaleb se révolta clans la ville du prophète (Mé- 31 diijcj contre Abou-Jafar-el-Mansour, alors calife » de l'Iraq. Ce souverain écrivit à son lieutenant r> en iHîypte pour lui ordonner de combler le canal 3J (le Kolsom, afin que l'on ne s'en st»rvît pas pour 9 porter des provisions ù Médine. Cet ordre fut » exécuté et toute communication interrompue avec 9» la mer de Kolsom. Les choses sont restées dans » l'état où nous les voyons maintenant (839 de 9 rhégire , 1435 après Jésus-Cbrist.) »
Voilà une masse imposante de témoi(jna(>es qui, maljjré quelques différences dans les détails, s'accordent à établir rcxistencc du canal des deux mers. Mais ces témoignages ne sont rien en comparaison de ceux que donne Fexamen attentif des lieux. En effet, dans le fond du (jolfe de Sut z, on voit encore de nombreux vestiges de digues en maçonnerie qui devaient renfermer le canal, pour empêcher que ses eaux ne fussent mêlées à Tcau de la mer, et cesmaroiiiK i ifs, (jue les Arabes n'ont jamais su fain' en Ëgypte , sont d'une telle dureté, d'une telle cohésion qu on les prend pour des roches naturelles. Puis^ en sortant du {^olfe pour traverser Tisthme, on reiicoijtre des di^^ues en terre sur sept à huit lieues, parfaitement visibles et qui ont en quelques endroits
AVANT-PROJET DU PERCEMENT DE L'ISTHME. 75 jusqu'à G Tnctros au-dessus de ki plaine, et, à chaque pas qu'on fait dans Fisthme, on trouve des traces de travaux exécutes anciennement, tant pour le canal que pour les approvisiouiiciuents des ouvrieri» en vivres et en eau polabie.
Des efforts si considérables faits dans les temps reculés prouvent assez 1 importance de rcntreprise. Cette importance iic fut pas diminuée par la découverte du cap de Bonne-Ëspérance, car il a fallu tous les efforts des Portugais, après cette découverte, pour arrêter le commerce et la navi(jatiou de la mer liouge. Le souverain du Portugal y envoya ime flotte qui détruisit toute la marine marchande des Turcs, des Vénitiens, et plus tard celle que Soliman II avait fait établir dans le port de Suez en 1538.
Si des préjugés de religion ont amené la Porte à défendre laccès de la mer Bouge aux bâtiments étranrrers. comme on le voit ijar un tirman du Grand- Seigneur cité daus Vouvrage de M. Rooke, officier anglais, publié en 1782, on trouve aussi des princes de rislamisme mieux éclairés sur leurs intérêts, tels que le sultan Moustaplia 111. Voici < e que dît IVI. de Tott dans ses Mémoires sur les Turcs (partie III et IV ):
« Sultan Moustapha traita avec un grand inté» m rét le projet de la jonction des deux mers par « Tisthme de Suess. 11 voulut même ajouter aux » comiaissaiices que j'avais à cet égard celles de»
76 DOCCUCNTS.
5» dilïcTeiUs ioiiUiiij>.saircs cjui avaient xoyaj^c en r* Êgypte, et Ton verra dans la qualrième partie de » ces mémoires que, si Moustapha avait assez vécu n pour entreprendre ce travail, il eût trouvé dans i> le local des iitdlités qui l'auraient mis à même y» d'opérer la plus grande révolution dont la poli- » tique soit susceptible. Ce sultan, dont l'esprit com- » meiK aità s'éclaiiM , m a lait faire lia uavail sur •>y cet objet iiupor4aut, dont il réservait rexécutiuu à y» la paix.
y* Dans les différents travaux qui ont illustré Tan-
•> cienne Kjjypte, le canal de ( ornniunication entre n la Méditerranée et la mer iiougc mériterait la » première place, si les efforts du génie en faveiur » de Tutilité publique étaient secondés par les ffëné- ;) rations destinées à en joiur et si les ioudcnients » du bien social pouvaient acquérir la même soli- » dité que les préju(];cs qui tendent à les détruire. » Sans ces continuelles destructions, la position la » plus beureuse aurait dicté des lois imtuuabies, et V le canal de la mer Rouge eût été constamment la » base du droit public des nations ! »
Kapoléon , à peine débarqué sur le sol éfjyptien avait indique aux savants de son armée letude de la coupure de l'isthme, et c'est d'après ses ordres que des in^ieurs distingués présidés par M. Lepère lui ont présenté le célèbre mémoire du canal des deux mers publié dans le grand ouvrage, ce monu«
AVANT-PROJET DU PERCEMENT DE L'ISTHME. 77 ment impérissable de Texpédition française , qui est resté encore aujourd'iiui le (juide le plus sur de l'ancienne Egypte.
Mobammed-Ali s'était occupé de négociations relativcs à Texécution du canal, qu'il avait d'abord voulu entreprendre avec ses seules ressources. On eu trouve la preuve dans la brochure.de M. Anderson, publiée en 4843, dans une dépêche du prince de Metternielî, en réponse aux propositions du vice-roi, et surtout dans les conversations qui sont encore présentes à la mémoire de tous ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher. L'exécution fut retardée parce qu'on lui avait promis l adhésion préalable de toutes les puissances, et qu'il avait cru devoir s'arrêter à cette idée, avant de prendre aucune détermination qui pût l'engager.
Enhn le prince éclairé qui gouverne aujourd'hui i'Égypte , ]V]ohammed-Saïd-Pacha a compris qu'il lui appartenait de faire sortir la question des incerliludes de la théorie pour Li lairc entrer dans la réalité de la pratique. 11 a inauguré sou gouvernement par nne décision qui portera^ son nom aux siècles futurs et lui méritera la reconnaissance du mondi' entier. Le prince vient en effet d'accorder a M. Ferdinand de Lesseps rautorisation exclusive de former une cojnpagnie universelle pour la construction d'un canal maritime entre la mer Roug(^ et la Méditerranée par l'ibthnie de Suez avec l'ad-
joaction d*iiii canal de communication et d*irrig^ tion dérivé du Nil. (Voir la pièce qui précède le mémoire).
£n dictant lui-nu me les termes du firmau de ' concession, le prince Mobammed*Saïd a voulu que IVntreprise fût complète et qu*un examen attentif des lieux permit de profiter de tous les avantages offerts par la nature. Il recommanda de suivre le tracé le plus court, le moins dispendieux et qui pût admettre les plus grands bâtiments. Ses preniières études et son expérience dans Tart nautujue i avaient parfaitement préparé à saisir tous les côtés de la question scientifique. Il avait indiqué Péluse et Suez comme les points extrêmes de la tranchée à exécuter dans cette étroite langue de terre qui présente, à travers l'isthme, une dépression longitudinale de trente lieues, et qui est le résultat de Tintersection de deux plaines descendant, par une pente insensible, Tune de 1 l^gypte et Fautif des premières collines de l'Asie. 11 pensait que la nature avait tracé eilemême, dans la ligne de cette âéj^resàoa^ la communication entre les deux mers.
Vers lelacTimsah, situé à égale distance de Suez et de Péluse, vient aboutir, perpendiculairement à la dépression longitudinale, vin autre sillon non moins remarquable, celui de lï^uadée Tomilat (la fei'tile terre de Gessen de la fiibie). Ce sillon reçoit encor^ aujourd*bui, sur une grande longueur, les débor-
demenU du Nil» et semble ainsi former le Iraoé naturel d*uii canal de communication partant du fleuve
et allant se rattacher, clans la partie centrale de l'isthme , à la grande ligne de navigation à établir entre le golfe Arabique et la Méditerranée.
Le canal maritime sera donc mis en communication avec le cœur de i Kgypte par uu canal dVaii douce qui recevra la même navigation que le Nil et qui servira en même temps à rirri|][ation de (jrandes zoias du désert, préseiilaiit aujourd bui l'aspect le plus sauvage et le plus désolé.
G*est sur ces doimées que nous avons été chaînés de faire un travail préliminaire.
Avant d'exposer le résultat de nos études, il nous a paru nécessaire de justifier Tidée d'un tracé direct entre les deux mers : car, cette tigne n ayant jamais été exécutée, quoiqu'elle fût la plus naturelle, ou pourrait supposer qu'à toutes les époques où Ton a entrepris la jonction des deux mers, on a rencontré des difficultés telles quon a dA y renoncer; or il n'en est puinl ainsi, comme nous allons le faire voir.
. Voici, en effet, ce que dit M. f jebeau dans son Histoire du Bas-Empire (tome XII, page 490), d après Aboulféda, prince syrien, historien et géo^jraphe qui vivait en 753 de l'bégire :
« La côte de Forma (ville un peu à Torient de r> Péluse sur la Méditerranée) n'était éloignée de la
» mer Rouge que de 70 milles (106,000 mètres}. « Cet intervalle étant une plaine très-unie et peti
» élevée au-dessus du niveau des deux mei:», Auu'ou n forma le projet de les joindre pr un canal qu*il «I aurait rempli avec les eaux du Nil ; mais Omar » s'y étant oppose dans la crainte tl ouvrir aux vais- » seaux chrétiens 1 entrée de l'Arahie, Anirou tourna ses vues d'un autre côté. 11 y avait un ancien can nal nommé Trajanus amnis qu'Adrien avait fait )i conduire du Nil, près de Hahvlone d'l^{jvpte, jus- » qu'à Pbarboctns, aujourd'hui lîrllx ys. Il rencony* trait en cet endroit un autre canal commencé par » Nëcos et continué par Darius, fils d'Hystaspe , et w qui allait se déchaqjcr avec^ lui dans une lafjune rt d'eau salée, au sortir de laquelle Ptolémée Phila- » delpbe avait fait construire un large fossé qui cony> duisaît les eaux jusqu'à la ville d'Arsinoc ou Cléo- » patris, à la pointe du golfe où est aujourd iiui y> Suez.
V Tout ce canal, comblé par les sables, était de-
» venu inutile du tcnips de la lauicusr (.li opaUT. y* Amrou ne lut point aiTÛté par l'ancien préjugé V qui y supposant les eaux de la mer Rouge plus yi liautes que le sol d'K(>ypte, faisait craindre de leur » ouvrir un passajje, et le rendit navi[jal)le pour « transporter en Arabie les blés de l'Égypte; c'est » ce qu'on nomme maintenant le Kfaa1i(]^, qui passe » au travers du Caire, mais il ne conduit que jus-
AVANT-PROJET DL' PEKCEMEM i)E L lblllili^. 8<
» qu*à la lag;une que Ton nomme le lac de Sbeîb. » Le reste jusqu à la mer Rouge est entièrement
» comblé, quoiqu'on en distinjjuc encore quelques » vestiges. »
Nous avons ci*u devoir citer le passage tout entier, parce qu*il établit clairement la question du canal
et certains faits sur lesquels nous reviendrons pins tard.
Après Amrou vient, comme nous lavons dit, Moustapha III, gui traiUi avec un grand intérêt le projet de la jonction des dexioo mers par l'isthme de Suez et qui se proposait d exécuter ce travail à Tépoque de la paix. (Voir les Mémoires de M. de ToU sur les Turcs, partiel III et IV.)
M. Lepère a proposé, il est vrai , le tracé du canal secondaire entre Alexandrie et Tintérieur de rÉgypte ; mais son opinion sur le tracé direct par ristlimc tic àSuez se trouve exprimée en ces termes :
fc Dans ce projet du canal de Suez, nous avons » expressément motivé le cboix de lancienne direci> tion par l'intérieur du Delta vers Alexandrie sur n des considc l a Lions commerciales particulières à » TÉgypte, et sur ce que la côte vers Péluse ne paît rai t pas permettre d'établissement maritime per- » nianent. Néanmoins nous croyons devoir recon- » naître que, abstraction faite de ces considérations, » il serait encore facile (ce qui parut au coptrairc
» difficile et même dangereu.\ avant l'invention des
•t DOCUMENTS.
» éduses^; d'ouvrir une communication directe entre *» Suezy le lac Amer et le Bas-el-Moyeb, prolongée » sur le bord oriental du lac Menzaleh jusqu'à la » mer vers Pcluse.
« Nous pensons qu*im canal ouvert sur cette cU- 1» rectîon présenterait un avantage ^tie nauraUpa» î> le canal intérieur. En effet, la navi(j,alion qui |)Our-
rait y être constante ue serait pas assujelLîe aux. 9) alternatives des crues et des décroissements du
Nil. Il serait facile d'y entretenir une profondeur 3» plus considci.iblc que celle du premier canal au s» moyen d'un courant alimenté par Timmeose ns» » servoir des lacs Amers..... J'ajouterai que^ si je ne » voyais quelques difficultés à recretiser et à entren tenir à la profondeur convenable le chenal entre » Suez et sa rade, je proposerais d'établir, à l'usage » des corvettes et même des frégates, la commun!* î> cation directe des deux mers par Tistlime , ce qui n deviendrait le complément de cette grande et im- » portante opération. »
On voit donc que M. Lepère reconnaissait luimême que le tracé du ect était le plus avantageux pour le commerce du monde , tandis que le canal intérieur était surtout avantageux pour rÉgypte. Il est évident qu avec les deux canaux , Tun direct à }];rande section , l'autre à petite section , dérivé du JSii, tous les intérêts sont satisfaits dans la pltis lai^ mesure.
Nous terminerons ces oisservations en citant Topi-
îiion clc deux officiers distiii(jucs d'état-inajor , MM. Guliiiici- et Feri^et, qui ont parcouru et beau* coup étudié la mer Rouge. Ibont présenté un exposé dair, rapide et judicieus: de la question.
" Ce n'est pas dans l'exécution de ce projet ^le
canal de 1 intérieur) que consiste la véritable « Jonction des deux mers. Ce problème ne sera ré- V solu qu'autant que ristfame offrira une brèche 5) praticable où passeront tous les navires sans rompre » charge. Pour cela, il faut 1 attaquer directement f> de Péluse à Suez ; dans cette ligne , le désert est
moins large que partout ailleurs. C'est encore dans
» cette direction que s'étend la vaste dépression dont
» nous avons parlé et au fond de laquelle se trouve
n le grand bassin des lacs Amers. Tout désigne donc
y* ce point de la lan^^ue de terre pour y exécuter
v un canal ; tout , une seule chose exceptée : r Cst
» qu il n existe pas, dit-on, de ports à Textrémité
» de cette li;;ne de navigation. Celui de Suez est en
)> partie conihlé par les sables, et sur la Mcditerra-
9> née pas un havre , pas une seule rade qui offre
31 quelque sûreté. 11 y a plus, quelques voyageurs
» ont avancé que si Ton voulait avoir un port . on
» aurait à lutter contre des masses de sable qui, char-
n riées sans cesse de TO. à i'Ë. par un courant as-
D sez rapide, semblent s'opposer, sur cette c6te, à
» tuLiL elablissement maritime. En effet, c'est préci-
81 DOCIMENTS.
1» sèment pour ce motif , et personne ne l'ignore , n qu Alexandre jeta beaucoup plus à 1*0. les fon-
» cléments de la ville f|ui porte son nom, et dont il i> voulut faire l'entrepôt du monde. Mais aujoui y» (l*hui i objection est-elle bien sérieuse if L obstacle y» dont on s*inquîète pourrait-il résister aux moyens » d exécution (jni sont à la di?.posiiion tir iios iii{;é- » nieui-s? Nous ne le pensons pas. Créer un port » sans l'aide de la nature » violenter la mer, la
V dominer, lui imposer une rade artificielle et » maintenir cette rade en dépit des causes natu- 1» relies d'envasement, est un problème qui a cessé » d'effrayer lart moderne.
» En supposant le port de Pëluse, voyez comme n la difficulté serait aisément levée! Dans le cas où 9 Ton remplirait les lacs Amers avec les eaux du n frolfe Arabique, par Veffet seul des marées, on
V pourrait disposer de plus do .300 millions de niè- » très cubes d'eau dont la vitesse nettoierait con- » stamment le cbenal et préviendrait les ensable- » ments à son emboucbure.
» Apres l impi iineric, après la i)oussolc, après la » vapeur, le siècle, par la réalisation de cette » vaste entreprise, changerait encore la face du » globe. Mats sans porter aussi loin nos regards et » nos prévisions, dans uue zone plus rapprochée, » l'Arabie, l'Abyssinie, le vaste pays des Gallas, les i> déserts de la côte occidentale de Ui mer Rouge avec
âVANT-PROJ£T du PBRCJSMENT D£ L'iSTUM£. 85
T9 leurs populalîons errantes, rattachés par des liens î> puissants au vaste loyer d'aifaires i(ue notre coiiy> tinent crée et alimeate sans cesse, rentreront dans » le giron du monde européen. La navigation et TU rîndiistrie, chargées d'alimenter des contrées iin- » nienses et dénuées de toutes clioses, prendront uu y» essor plus considérable. A la suite du commerce, D les lumières et la civilisation pénétreront peu a peu iy dans cette nuit obscure qui enveloppe inonde y> musulman. y>
Les avantages du tracé direct étant ainsi sufAsamment justifiés sous le point de vue général, nous allons entrer dans les détails du projet, au point de vue de son exécution.
Nous commencerons par le nivellement de la ligne de Pélase à Suez. Ce nivellement a été fait une première fois par les in(vcnieui^ attachés à Texpéditiou française , et la différence entre le niveau des hautes mers de vive eau à Suez et la basse mer à Tinch a été trouvée de D mètres, 1)0 en laveur de la mer llou(;e. Quoique ce résultat ait été expliqué par des considérations géologiques et historiques, le fait a pani tellement extraordinaire que plusieurs voya(»eurs sont venus sur les lieuv pour le vcriiicr. Des oiftciers anglais entre auti^es, en opérant avec le baromètre et ensuite par le procédé d'ébullition de reau, nont pu découvrir aucune différence sensible i iure le niveau des deux mers. Ces recherches, pu-
bliées dans une brochure que nous avons eue sous les yeux et qui ont été connues du monde savant ,
avaient jeté beaucoup d'incertitude dans les esprits, lorsqu'en 1847 une société constituée pour les études de l'isthme de Suez et à la tète de laquelle se trouvaient MM. les ingénieurs Négrelli, Robert Stepbenson et Talabot, fit exécuter un travail complet par des opérateurs français sous la direction de M. Bourdaloue, bien connu par ses méthodes perfectionnées de nivellement et ses nombreux travaux dans cette ^ipécial^ lé. Ces opérateurs liahiles et exercés, munis de bons instrunicots et accompa^jnés d*un nombreux personnel, furent partagés en plusieurs divisions qui opérèrent séparément et purent ainsi obtenir plusieurs vériiica lions.
Pour donner encore plus de facilité et plus de sécurité aux travaux des ingénieurs, S. A. le viceroi , qui a\aiL pourvu [jénércusement à tous les besoins de l'expédition , voulut bien cbar^jcr l'un de nous de diriger l'ensemble des opérations avec Taide d*une brigade d'ingénieurs égyptiens et d'une cODipa^iiie li ai lilleurs, qui ont coopéré à toutes les études de nivellement et de vériiication.
M. l'ingénieur Talabot, dans un rapport qui a été publié en 1847, est entré dans tons les détails (le ces opérations, et a donné siu- les résultats obtenus une justification irréfutable. Comme ces résultats différaient d'une manière très-sensible de
ceux obtenus par les ingéDieurs de rexpéditicm fifançaise, on avait peine à croire à une erreur
aussi considérable. M. Saliatier, consul général de France en Egypte, ayant été informé du désir des savants français de &ire opérer une nouvelle vérification, fit spontanément une démarche auprès du vice-roi d'Egypte, et obtint que Linant-Bey fût chargé du travail.
La vérification fut faite en 1853» Elle a été à l'avanta^je des opérateurs de 1817, car le nouveau nivellement ne diffère que de 0",18,14 de celui de 1847, et donne pour différence de niveau entre le point de repère pris sur le quai de Fhôtel de Suez et la basse mer de la Méditerranée 2"*, 42, 860, au lieu de 2'°»6l9000 trouvés par les opérateurs e&1847.
On ne peut hésiter un seul instant dans le choix à faire entre les nivellements de 1799 et ceux de 1847 et 1853; car les deux derniers ont été faits dans les circonstances les plus favorables, par des opérateurs exercés , munis des meilleurs instruments et vérifiés plusieurs fois sans qu'on ait trouvé dans ces diverses vérifications de différence sensible, tandis cpie le nivellement de 1799 a été entrepris au milie u des vicissilutles et des dangers de la guerre, dans un pays ennemi et sous un climat auquel les ingénieurs n étaient pas faits. Une partie des opérations fut exécutée au ni-
88 DOCUMENTS, veau à bulle d*air; une autre portion assez importante ne put Tétre qu*au niveau d*eau; les opérateurs varièrent souvent; aucune des sections de ce nivellement ne put être vérifiée, et, pour peu que les dernières opérations eussent été retardées, les événements de la ^lUTre les auraient rendues impossibles : les opérations durent cire faites rapidement et à grands coups de niveau , interrompues à plusieurs reprises, sans être contrôlées par aucune vcriticalion. C est ce que fait connaître M. Lepère dans son mémoire où il s exprime ainsi : u Pressés r* par le temps, inquiétés par les démonstrations )> hostiles des tribus arabes, ob!i[;és de suspendre à » plusieurs reprises l'opération, forcés enHii d'exé- » cuter au qiveau d*eau une grande partie des ni- » vellements, mis dans Timpossibilité de faire aucune vcrifiradon , il n'y a rien d étonnant à ce » que les tn(;cnicur8 habiles qui faisaient ces n opérations dans des circonstances si exceptionn nelles soient arrivés à des résultats incertains. » — Nous avons donc adtipie les nivellements de 1847 et de 1853, comme les seuls vrais, les seuls vérifiés, les seuls qui satisfassent la raison. Nous en donnons le résumé dans le tableau suivant :
AVANT-PBOJËT DU PËRClilMEM DE L'iSTHMC. 89
Basse mer de ].i MéditerranifeÀTiiieh.
Re|)ères des ingénieurs allemands à Tteeh
Repère au piquet 29 L 1653, point 2G Je la triangiitation Bomdaloue sur les )ai;unes les plus élevées dtt lae Ifenzaleb à R&s-el-dallah
Repère 4 L 18&3, point A BonrJaloue , qui m été retrouvé et eonituté ....
Piquet Repère Bourdaleue iVesabran-
chement du canal
( Ce piquet n'est pas certain.)
Repire 3 L 1863 «o Sérepéum on Repère BoardatoM , u* 68
Sur les laissas !«■ plvséteréei du bastin de l'Isthme
Repère 2 L 18^i3, ft Rcpi^re Bour(!aloue B 30 sur un bloc de bois pétrifié, recouvert de eécrétiou Mblounense, placé sur les laisses du baskin de l'Isthme
Repère l L 1S33, au monument prrsépc^iitain sur un bloc de grii an sud
de» fuiiiiies Uourdaloue
Bi'père au chemin des caravanes ou piquet Kepèie 3 L 1863
Repère nu phiuet du peint de ddpert,
n- I L lb53
Repère du quat de Phàtel de Sttet» le même que celui de Bourdnloue. ...
ORDONNÉES au niveau de la basse -
mer de la Méditerranf'e àTineh.
1 usa
de
i,bono
2 liod
Le fait le plus saillant que Ion observe à la lecture de ce tableau est le peu de relief du terrain
au-dessus (les hautes eaux de la nier Pou^jo dans toute retendue dr Tistlinie. Il n*y a que deux points un peu élevés. Le premier en partant de Sue/ , qui se trouve avant le lac Timsafa » c*est ce que nous appelh'rous le Seuil du Sërapéum, dont la plus grande élévation est de 16'",5950 au-dessus des basses eaux de la Méditerranée. Le second point se trouve au sortir du lac, et sa plus rjrande élévation est de 15 mètres à l'endroit connu sous le nom de Seuil d'Ël-Guisr; mais on peut faire pas* ser la hVne du canal dans une direction où Ton ne rencontra que 10" sur quolqucs kilomètres seulement de lon[jucur. Ainsi, en supposant (ju on établisse le plafond du canal à 6*, 50 de profondeur au-dessous des basses eaux de la Méditerranée, la plus PHinde tranchée à laiif se trouvera au Seuil d'El-Guisr et présentera une profondeur totale de l&^fbOf ce qui n*a rien d'extraordinaire; en supposant même 20",00, le travail d'excavation qui en résulterait n'aurait rien de comparable à ce qui s'est fait au Mexique dans les temps de l'occupation espa^^nole. En effet, dans les conditions difficiles où les Espajjnols se trouvaient à cette époque, et en l'absence d'outils et de méthodes perfectionnés 9 ils ont pu effectuer près de la ville de Mexico, qui était menacée d'être envahie par
ÂVÂNT-PAOJ£T DU PEaCEMENT DE L ISTHME. 91
les eaux des lacs voisins » la tranchée de Hueliue^
toca, dont la lon^^iiciir totak' est de 20,585", et dont Ja profondeur est de 45 à 60°* pendant un intervalle de plus de mOT, et de 30 à 50- pendant 3,500". La dépense de ce travail n*a été toutefois que de 31 millions.
Le nivellement fait aussi voir qu'en adoptant pour le plafond du canal la côte de G^ySO^ il se
trouvera 18 kil. de longueur dans les lacs Amers où il n y aura pas un coup de pioche à douiier, et sur 18 autres kilomètres il n y aura que peu de chose à fsdre; et, comme ces lacs sont à sec sur 8",39 de profondeur, au-dessous des basses nu rs, dans toute leur longueur les terrassements pourront être faits à sec , si Ton trouve ce moyen avantageux.
ï^es nombreux profds en tiavers , levés en menu» temps que le nivellement de 1847 , ont permis de fixer d une manière approximative la surface des lacs Amers à la lif^jne d*eau. Cette surface est d'environ 330 millions de mètres carrés. Si donc on admet dans ces lacs Faction de la marée, qui est de 2"^,00 en vive eau, on pourra y accumuler un volume dispQnil)le de GGO millions de mètres cubes d'eau, qui atteindm même le chiffre de 800 millions en ajoutant à ces immenses réservoirs le lac Timsah, ainsi que les hassins de retenue à Suez et à Péluse.
Avant cVindiquer les diverses directions du tracé adopté , il nous a paru nécessaire de fixer Topinion
sur la formation de Tisthnie et des dinic .s ciont li est en partie recouvert, sur les ensablements qui existent tant sur la côte de Péluse que dans le fond du {jolfc de Siicz, car c'est de l'explication de ces pliénuniènes (|uc nous partirons pour justifier les dispositions du tracé direct dans son ensemble et dans ses détails.
Kn examinant altt iiiiv* jneiit les faits qui se passent aujourd'hui sous nos yeux concernant la destruction et la recomposition des continents , on peut se rendre un compte exact des lois qui ont présidé, vers les premiers âges du monde, à la formation des teiTains d'alluvion.
Examinons d*aboixl ce qui se passe dans la Mancar cette mer étroite, recélant un grand nombre de ports, tant sur les côtes de France que sur celles d'Angleterre, s*est trouvée par là soumise à un plus grand nombre d'observations de la part des ingénieui-s.
Le premier fait bien observé est la destruction des côtes, depuis la pointe de Harfleur jusqu à la Somme, sur 338 kilomètres, et, de l'autre côté de la Manche , depuis la partie comprise entre l'île de Wigbt et Douvres, sur 250 kib de longueur. Cette action est produite par laltemative des gelées et du dé(»el, par les vents secs et humides, et par la buée
AVANT-PHOJET DU PËRCEMENT DE L'ISTHME. 93
saline de la mer. La corrosion observée sur les côtes du Calvados est en moyenne de O'*,^o par année, et sur les cotes de Nonuandie^et d'Angleterre de 0'">30. La hauteur moyenne des falaises sur Tune comme sur lautre côte étant de 60*", c'est donc un volume de 10 millions de mèlrcs cubes de terre et de pierres que la Maucbe dévore chaque année et qui doivent trouver leur place quelque part.
Le second fait éfjalement bien constaté, et .qui ne peut plus laisser de doute dans les esprits, quoiqu'il soit en opposition avec lopinion des anciens, c'est que les fleuves, à part c[uelques exceptions, comme la Loire, par exemple, conduisent seulement à la mer les vases extrêmement ténues des- .tinées à se perdre dans la masse des matières qu elle tient elle-même en suspension; que les sables des fleuves n'arrivent pas en général jusqu'à la mer, et que les dépôts vaseux ou sablonneux observés dans les fleuves à marées sont entièrement dus aux matières amenées par le iloL Voici comment on est arrivé à cette découverte.
£n faisant laoalyse des temins d*atterrissements formant la baie de Saînt-IMlichel , on trouve que les principales substances de leur formation sont la idlice et le carbonate de chaux ^ que, plus on se rapproche de la mer, plus la proportion de silice augmente, plus on s*en éloigne, plus la proportion
de carbonate de cbaux devient considérable. Or, si Ton parcourt les bassins des trois rivières qui déboncbent dans cette baie , la Sée « la Sélime et le Coilesiion , on les voit conipléccnient dépourvus de substances calcaires. Il eu est de même des côtes de la Manche et de la Bretagne. Ce ne peut donc être ni de ces rivières ni de ces côtes que provient rénonne proportion qui vient d'être si(pialée. Si Von examine les échantillons avec une loupe, en partant de ceux pris le plus près de la mer et remontant ensuite dans la baie, on voit dans les premiers des iVa(vmeuts de coquilles tres-reconnaissables , puis ces fra^ents se réduisent et deviennent tellement impalpables que la meilleure loupe ne peut plus permettre , dans les parties les plu^ calcaires , d'en dis> tinguer la Ibrme.
Il est donc constant que la partie calcaire vient exclusivement de la mer et même du fond de la rade de Cancale; quant à la silice et à l'argile, on pourrait attribuer aux rivières une part dans leur apport, mais il faut d abord reconnaître combien peu sont importantes ces trois petites rivières, qui ne débitent pas chacune plus de 8 à 10"" par seconde . en eau moyenne. Ensuite, si Fapport des rivières entrait pour quelque chose dans les dépôts qui se font dans cette localité, on vt irait sur le Lord de ces rivières, dans la partie où le ilot se iait le moins sentir, des stratifications argileuses ou graveleuses*
ÂVÂNT-PROJ£ï Dt P£aC£M£^'T DE L'1STUM£. 9i> — Rien de tout cela ne se produit. La mixtion du calcaire, des grains siliceux et des atomes ar^o^ileux est tellement iulime, qu il est évident que cette mixtion n a pu se faire que dans le centre de production de la matière calcaire elle-même, c'est-à« dire au foiitl dv la mer. Si l'apport fluviatile était appréciable, il coulre-balanccrait en tout ou en partie Texcédant calcaire que présentent les tangues recueillies dans le haut de la rade, par rapport à celles ramassées dans le bas. Loin de là, on voit, au lïir et à mesure que les plages s'élèvent, la pro^j^ression de réiément calcaire , qui ne peut venir que de la mer. Enfin , si l'apport fluviatile devait être compte pour quelque chose, on verrait la proportion d'argile plus forte sur les bords de la Sée, qui traverse des terrains schisteux, que dans Tanse voisine du Goîiesuon,qui traverse des terrains beaucoup plus durs, fournissaut moins d'ar(];ile que les schistes de la Sée et de la Sélime. Or, cest le contraire qui arrive: les tangues de Tanse voisine du Couesnon sont plus argileuses que les autres, uiiiijLiement parce rpie, cette anse étant mieux abritée que les lits des deux autres rivières, les matières vaseuses que la mer tient toujours si abondamment en suspension et qu elle dépose dans les bassins des ports peuvent y être apportées concurremment avec la tangue.
En faisant les mêmes investigations pour la Seine, on a trouve que les sables charriés par ce fleuve ne
dépasscDl pas lioucn, et que toutes les ailuviuas qui se voient plus bas, jtisqu aux bancs qu*on rencontre à son embouchure , sont des apports de la mer.
On est anivé aux mrmcs résultats pour l Kscaul.
Quant à la Meuse et au Rhin, voici les déduc- . tions qu'on a faites :
La corrosion des cAtes de la Manche fouriut à la mer des débris de craie et de roches siliceuses qui, roulées par la mer, se cban(;ent en {valets. Ces galets forment des bourrelets le lon(; des c6tes an- (jlaisos et françaises, et, poussés par la double action du courant de flot et du vent vers le détroit , ils 5*en rapprochent; mais les galets de la côte de France, allant toujours en se réduisant de grosseur, arrivent jusfju'a 1 enil)Oiieljure de la Somme, où ils trouvent la pointe de Cayeux formée par leur accumulation. Arrêtés à ce point par les eaux de la Somme et par le cban^^ement de direction du courant de la mer qui tourne vei's le l*as-de-Calais, ces galets nourrissent la pointe de Cayeux, tant que leur frottement condnuel n'a pas assez réduit lein* (grosseur pour (ju'ils |nn*ssent eh'e empi>rtés par la mer; mais, lorsqu ils sont assez petits, le flot les entraîne ét les dissémine dans les bancs si nombreux qui se trouvent entre la Somme et le Pas-de-Calais. On voit par rinspection des cartes mannes que la finesse du dépôt croit au fur et à mesure que ces bancs se rapprochent du détroit, et si ces bancs dis-
paraissent dans le détroil, c'est parce que la force
<hi rouraiit ne permet pas aux sahles, qui, depuis loiigU^iups tamisés, sont devenus de plus en plus fins 9 de s'arrêter dans cette passe. Ils la firanchissent donc et vont, les tins, former les dunes entre Dunkerque et l'Iilscaut, d autres, former également des dunes sur la côte anglaise; d autres, demeurés dans le plus fort du courant, sont portés jusqu'aux emhoMchurcs de la Humber en Angleterre , de la Mjeusc et du Bhin sur le continent.
Quand on observe avec attention la forme des côtes anglaises et françaises au sud du détroit et la forme des côtes an lîoid, on est iVappé de voir les premières découpées en dentelures concaves, tandis que celles au nord affectent toutes la forme convexe. C'est que les côtes du sud du détroit sont corrodées par le flot, et celles du nord, au coiUiaire, sont nourries par les atterrissements. Quant aux matières vaseuses, elles ne peuvent dans cette longue course se déposer que dans quel([ues criques parlaitement tranquilles, ou dans des bassins d(î ports ouverts sur lune et Tautre côte. Partout où le flot pénètre, il les porte avec lui; quand enfin il est entre dans la mer du Nord , et qu'il a fait au delà du détroit un assez lon^ parcours pour avoir amorti sa vitçsse, il se trouve dans d'excellentes conditions pour déposer ces matières vaseuses qu'il
tient en suspension. C'est ce qu il lait à rembuii-
cfaure de la Hutnbcr, où il encaisse complètement le
port de Hiill.
T.os matières vaHciises vont r;;alement former, à Temboucbure du Rhin, de la Meuse et de TEscaut, ces immenses polders i\m font une |Kirtie si essen^ tielle du territoire de la Hollande, et ces bancs nombreux à remhouchure de ces fleuves ne sont composés que de sable et de carbonate de cbaux. Or la vitesse des eaux, bien avant d'atteindre l'emboucliure, n'est pas assez grande pour enti*aiuer des sables. On nen aperçoit, en eiïet, aucune trace. Ces bancs sont donc des produits de la mer.
Enfin . pour apprécier au niaximnm la puissance de l'apport fluviatile dans la formation des côtes, on a fait des observations sur TYssel, cette brancbc du Rbin qui se jette dans le Zuyderzée. Cette mer n'a que de très-faibles marées 0",40 en vives eaux ordinaires, et ressemble beaucoup sous ce rap[)ort à la Méditerranée, à la mer Noire et au QoUe Adriatique. Aussi sVst-il formé à Tembouchure de l'Yssel im delta vnsoux de même forme que ceux du Rli6ne, du Pô, du Nil, etc., etc. Ce delta ne peut être exclusivement dd k TYssel, parce que, s*il est vrai que les marées du /u\(ler7,ée sont très-faibles, d'un autre côte les côtes qui le bordent sont d'une nature excessivement friable; or, si faibles que soient ces marées, elles attaquent encore les rives, et ce qui le prouve, c'est que les Hollandais sont
obli);t'S de les défendre. En eonsidcraiit le delta de rVssel comme provenant de l'apport âuviatile seuL nous aurons donc une limite supérieure. Or, ce delta a une surface de 1,5()0 Ijeetarcs seulement, tandis que la surlace des terrains de la Hollande, qui sont évidenament d apport moderne, est au moins d'un million d'hectares. Si l'on observe l'Yssel n'éeoulc (jue le quin/icme du volume total du Uliin et de la Meuse réunis, on aura 22,500 liectares pour l'apport du fleuve contre un million, apport de la mer: c'est à peine 2 p. 0/0 de ce qu'a ibunii la luer duus la iormation des polders de la Hollande.
De Texamen de tous ces faits il résulte évidemment, comme nous l'avons dit, c[uv dans les mers à marées nos fleuves non-seulement ne fornieut pas de bancs, pas dalluvions, pas de delta à leur embouchure, maïs encore que les alluvions qu'on rencootix; dans la re(j|ion de ces fleuves soumise à la marée sont apportées par la mer.
Nous allons prouver que ces conclusions sont éjjalement vraies pour les llenves de la Méditerranée, malgré l opinion des ingénieurs italiens, cpii considèrent comme démontrée Torigine fluviatile de leurs deltas.
Pour donner une idée de la propa^^ation des ondes ou des vagues de la mer agitée par le vent, on les a comparées à Tondulation d'un champ de blé
KUiM Vactioii de laîi*. 11 semble f{ue les épis de blé ont une vitesse «riiiipnlsion rependaiit n'existe pas, puisque les épis ne quittent pas leur place. l)e phis, si le vent est faible, il n*y a que les épis qui se babncent, sans que les li{)es soient affilées; mais, au lui' et à mesure <jue le vent s'eicve, les li{»es prennent part au mouvement sur une profondeur fie plus en plus {grande jusqu'à la racine.
( )n a encore comparé les oncles aux mouvements d'une corde fju'ou lait serpenter en secouant une des extrémités à la main. 11 semble que la corde marcbe avec vitesse, tandis qu*en réalité elle ne (|miie pus la main (|iu la secoue. Seulement cliacuii de ses points s élève et s'abaisse alternativement, et ce mouvement est d*aulant plus ffvand que Tinipulsion est plus forte. Si rextrcmiré de ta corde opposée à t^lle qui reçoit celte impuLsiou rencontre un o])stacle, comme un pan de mur, par exemple, elle le frappera à chaque mouvement de la main.
il en est exactement <le uRine des va{jues de la mer; chaque molécule fluide placée à la surface de la lame éprouve un mouvement oscillatoire et a peu près vertical, de manière que, si Ton examine un corps flottant à la surface d'une va^e, on ie voit rester à la même place, tantôt dans le creux de la va<;uc, tantôt à son sommet, et, si, à la longue, il change de place, cela tient à d'autres cir-
AVANT-PROJET DU PERCEMENT DE L ISTHME. <ir«
constances, telles que la force du vent ou la direi** tion des courants.
Ce moiivcnu'iit oscillatoire (\uc 1 on aperçoit à la surface de \ii mer doit nccessaimtient se développer jusqu'à une certaine profondeur , qui sera d autant plus f^rande que les ondulations seront plus fortes H la surface. Le lait a été confirme par l'expo riciice : on a reconnu, en effet, que raoitation de la mer par le vent se communique jusqu'à une certaine profondeur, variable suivant le vent, suivant la tuer et les lieux ou l'on a fait les observations, et qu au ' delà de cette profondeur, la mer est parfaitement tranquille. Ainsi on peut admettre comme un fait (roLsorvation bien prouve (pie les va[;ues ont ])esoin d une cei laiue prolondeur pour se développer librement. 8i un obstacle vient à se présenter à ce développement, il v a réaction éner{>i(pie de la va};ue contre cet obstacle, qui seni soulevé, s'il est u^obile, et enircra dans le systènur de la va^^iie. Cette action des vagues contre les hauts fonds est ce que Ton appelle lame de fond.
Cela posé, on a déjà vu que les côtes <lc la nier, ainsi que les caps avancés, abandonnent chaque année à la mer une certaine quantité de niatièi*es terreuses et roclieases. Ces matières sont remuées par les values qui viennent briser au rivage. Les parties tendres sont promptement désa{yi*égées par cette action puissante et foi*ment des sables vaseux
€t des vases, et les parties dures sont arrondies en {galets, dont le volume diminue de plus en plus par racùoii prolon{jée tle la i'ovvc qui les met en mouvemcutct qui les réduit eu {iabicy mais au iur et à mesure que ces matières parviennent à un état suffisant de ténuité, elles deviennent susceptibles d*obéir à lii luice de transport des ondes et des cumants, et ([uittent la place où elles ont été formées.
Cette force de transport dépend et de la gran* deur des marées et de la direction des vents ainsi que de leur intensité combinée avec celle des courants qu'on observe dans toutes les mers. Ainsi, pendant que des masses considérables de matières sont mises en niouvcnicnL le lon{j des riva|;es, les lie nves, sui'lout ceux U ujqc grande étendue de parcours, ne transportent jusquà leur embouchure que des matières vaseuses tellement légères qu elles sont ciiliaiiiecs an loin et ensuite dépusérs dans la proiondeur de la mer. (Z'est ce qui arrive notamment pour le Nil, dont les eaux se distinguent, à Yépoque de Tinondation, à plus de dix lieues en mer à cause de leur couleur. Tons les dépôts et atterrissements du llcuve jusqu a 20 kilom. au-dessus de son embouchure sont vaseux , tandis que tous les bancs qui sont à son embouchure ne sont composes que de sable.
Ainsi les encombrements de l'embouchure du Nil proviennent évidenmient de la mer. Pour le dé-
AVAM-PUOJET DU PERCEMENT DE L ISTHME. 403
montrer encore avec plus d'évidence, nous répéterons le raisonnement qu a fait M. Tingénieur Bouniccau au sujet des alluvions de la rivière ]Vîrrsey, dans son excellent ouvrage sur la navigation des fleuves à marée. « Si les dépôts provenaient des » hautes terres à un degré sensible, les quantités qui " se déposent de temps en temps dcM aient être pro- » portioonelles aux quautités de pluie qui tombent » aux mêmes époques, parce que le même volume » de matières descendu des hautes terres et charrié 3) par le fleuve doit être réglé en partie par la quan- » tité d'eau qui les transporte; mais c'est un lait bien » reconnu que les accumulations de sable qui exis- » tent dans les environs de Tembouchure sontd'au- » tant plus grandes que les eaux du fleuve sont 3t moins abondantes, tandis qu au contraire , à Té- )> poque de la crue, lorsque le Nil contient près » de 0,00S (le matières en suspension, les bancs de » sable sont enlevés et rejetés au loin dans la mer.»
On a dit qu'Alexandre le Grand avait été déterminé dans son choix pour l'emplacement du port d'Alcxaiuli ie par la considération des vents et du couraut littoral qui portent à l'est les matières tenues en suspension dans le Nil et ensablent ainsi la c6te. Si cette théorie était vraie , on ne devrait apercevoir aucune alluvion à l'ouest des cmboucbures du fleuve. Or, toute la côte depuis Tripoli jusqu'à £i- Arisch est couverte de bancs de sable qui forment
Houvcnt des dunes, et ces dunes se trouvent aujourd'hui transportées à plusieurs lieues dans Tinté-
rieur des lei rcî», a i oacst de l eiuLouchure de Rosette.
Le (>ort d'Alexandrie lui-même n a pas échappé à Faction des lames de fond, car il s*est formé à Test
(lu port un ])i\uc de sable qui occupe un bon tiers de la surface totale de la mde. Heureusement pour le port, lensablement parait s*étre arrêté depuis longtemps, ou, pour mieux dire, son accroissement est devenu insensible.
La rade d'Alexandrie doit sa profondeur à la disposition de ses côtes par rapport aux vents et aux courants. Jl en est de iiieiue pour la rade d'Alger, qui est U'ès-proionde , taudis que les ports voisins présentent des ensablements. On ne saurait dire ici que ces ensablements soient dus à la présence des Heuves, qui n'existent pas sur toute retendue tle la côte barbaresque , car ou ne peut donner ce nom aux quelques rivières torrentielles éparpillées le long du rivage.
iSous avons vu que les vents et les courants entraînent les détritus des côtes réduits en sable à de {][randes distances. Les courants nWrêtent pas cependant le mouvement des vagues et des lames de fond. Ils se plient à leurs formes, et comme leur direction aboutit nécessairement à la côte , les sables fran* chissent les courants avec les lames de fond qui
AVANT-PROJET DU PERCE9JBNT DE L'ISTHME, m
les coulieniieiit cl qui les conduisent ainsi au rivage. Quand la direction des vag[ues est oblique à lit côte, les sables sont entraînés au loin; mais, rjiiand elle est perpeiitliculaire à la eôle, les va[»ues relèvent les sables ap[>orté$ par les lames de fond en digues et bourrelets qui protègent les rives basses. Les parties les plus fines et les plus légères sont poussées plus loin et accumulées aux points les plus élevés des plages ou séchées par le soleil ; elles sont bientôt emportées par le vent, qui les abandonne à siiii tour et 1rs laromic en dunes. Lvs Lunes de lond fournissent donc les matériaux de ces dunes qui bordent ordinairement les plages, et ce sont elles qui ont extrait du fond des mci*s les sables de ces immenses déserts de l'Afrifiue et de tant d autres plaines quon trouve sur divers points du (>lol)e.
« Souvent) dit M. Jouiard, je restais des heures » entières à considérer dans son origine et dans sa 1» marche le phénomène de la formation dessables: » je voyais les vagues se briser et apporter une petite n ligne à peine sensible d*un sable trè^-fîn. Une autre i> va(jue revenait eliarjjée comme la première, et » cette nouvelle li^^nc de sid)lc repoussait un peu » la première. Celle-ci, une fois hoi*s de latteinte de rt Teau, frappée par un soleil ardent, était bientôt sé- « chce cl (loïHKHt prise au veut, (jui aussitôt s'en em- » parait et la cliarriait dans Tair. Les parties du gravier moins légères n'arrivaient pas aussi loin;
» mais, soumises au mouvement alternatif » «^usaient » de plus en plus et se ti'ansTorniaieDt peu à peu en 3> sable. »
Nous pouvons ('(paiement dire, avec M. le colonel Emy^ que u Toutes les barres des fleuves sont des » dépôts apportés ou arrêtés par les lames de fond»
et que, sans elles, ces dépôts seraient repoussés au » ïar^e aussi loin que les lleuves portent leur cours. » Le Delta du ^il, ceux du Mississîpi, du Gange» de » TEscaut, de la Meuse, du Rbin et de k Camary> [j;iu' du lUiône ont été orij;inairement des biUTCS » loi ni ces par ces mêmes lames de fond. >»
I.es langues de sable qui séparent 1 étang de Tbau du (j;olfe du Lion, la lan(]^ue de tem sur laquelle Alexandiit est bâtie, celles qui séparent les lacs Bourlos et Meuzalcli de la Méditerranée, sont des barres de sables formées par les lames de fond. Le banc de sable qui sépare de la mer Bouge le vaste bassin des lacs Amers a été sans aucun doute un gué élevé par les lames de fond qui , dans les temps de tempête, remontent cette mer avec le courant des marées cbar{i;ées de sable. Le gué qui répond aujourd'hui à Suez a certainement été formé de cette manière par les lames de fond.
Nous pouvons dire aussi que Tistbme de Suez tout entier a été formé par les appoi b maritimes de la Méditerranée et de la mer Ilou^e. Nous croyons qu avant les temps historiques , les deux mers ont
été en communication entre elles, que les détritus lies chaînes de montagnes placées à droite et à
^^aiiclit , entrailles par les eaux de la pluie, ont rempli l'espace cjui les sépare, et que lorsque cet espace s'est élevé à une Iiauteur telle que les lames de fond ont pu l'atteindre, elles ont exercé leur action de telle sorte que, par la renc outre tics lames des deux nu i s, il s'est formé un bourrelet, qui n'est autre que le seuil d'Ël-Guisr. Après la formation de ce bourrelet, Faction combinée des lames de fond, tant d*un côté que de lautrc, et des alluvions dcb mouta^^ues voisines, a continué jusqu'à ce que l'isthme fût à sec. Puis le sol ainsi constitué a été couvert par les dunes qui se sont avancées du côté de Péluse, poussées par les vents du nord , et du cùte de Suez, poussées par les vents et par les courants du sud.
C'est dans cet état que ristliinc se trouve aujourd'hui, et les sondages nombreux que nous avons demandés à S. A. le vice-roi prouveront si notre hypothèse est fondée ou non.
La même théorie peut, comme le fait observer le colonel Emy dans son remarquable ouvrage , jeter un nouveau jour sur des faits géolo(^i(|ues im* portants. « Par exemple, ces plaines antiques et éle- » vées, composées de sable et de cailloux roulés, dont » on a voidu expliquer la formation au moyen des » révolutions du çlobe et de grandes débâcles, ou
408 OOCLMENTS.
» qu'on a regardées comme des dépôts aUindomiés yt par les rivières, paraissent être des atterrissements « iiiariiiiiies. Vin eliet, on tonroii lucn les ri- » vières aient pu entraîner les débris détachés des D montagnes par des secousses et par la décomposi- T> tion des rodies; mais comment auraient-elles pu " éirndre vva débris uniforniément et sur îles t\sj>aces aussi étendus que les plaines dont il s agit ? y> ])ailleui<$, le trajet, depuis les sommités des mon-
V tajjnos , n'élait-il pas tu (;('néral trop court pour 1) que les Iragments de roclics cxccssi veulent chues
V qui se trouvent dans quelques-unes de ces plaines y» aient eu le temps de s arrondir? fleuves ont j) prolongé leur cours dans ces amas de cailloux ; » ils ont pu, en se débordant, les couvrir de sa])lc » et de terre ; cependant il est plus probable qu ils » n'ont contribué en rien à la formation de ces atterr risseniculs, si ce n'est en portant les matériaux 1» bruts àia mer. 11 n*y a que les lames de fond qui » aient pu étendre aussi également qu ils le sont les
V débris des iiiontaj;nes, les convertir en galets et n en sable par une longue trituration sur les plages » où elles les avaient poussés , les remblayer soit » par bancs, soit en plaines , et combler ainsi des
V espaces sur lesquels la mer s'est étciickie jadis. » Les amas antiques de galets, de cailloux et de y> sable sont dus, comme ceux qui se forment au- » jourd*bui de la même manière, à des atterrisse-
AVANT-PROJET DU PERCEMENT DE L'ISTHME. 119 D ments marilimes qui doivent être désormais re- » jprdés comme des preuves in( oiitcstaLles que la V mer a été autrefois élevée et longtemps staiiou- ^ naire à différenles liauteurs très-supérieures à son i> niveau actuel. »
Ll n'est donc pas surprenant qu'on trouve siu* divers points de l'isthme des parties de pierres dures, cassées en petits fragments et à demi roulées, qui recouvrent des bancs de sal)lc à des liauteurs variables au-dessus du niveau de la Méditerranée.
Quoi qu'il en soit, il est certain que sur toute la lonf^^ueur de la ligne , depiu's la rade de Suez jusqn a celle de Pêluse, on n'aura à excavcr que dans des terres meubles, qu'on enlèvera facilement à la main jusqu à la ligne deau» et avec les draguer jusqu*au plafond du canal.
Le tracé que nous avons suivi pour le canal était commandé par l'état même des lieux et par la condition d'arriver le plus économiquement à mettre en connniinication les deux mers.
La li{>ne part de la rade de Sixez , se dirige à 1 est de la ville, en faisant une courbe pour aller regafçner Tancien tracé quelle laisse à l'ouest, et suit Ui thalweg de la vallée jusqu'à ce qu'elle joi{;ne les lacs Amers, qui formaient autrefois le fond du golfe de la mer Rouge. £lle traverse ces lacs dans toute leur lon^^ncnr , en suivant leurs sinuosités, de manière à éviter les mouvements de terrain, l^n quittant les
lacs, la li^e traverse le seuil du Sérapéum dam
sou point le plus Ixis, et vient se jeter dans le lac Timsah) en laissant à Test la hauteur du Cbeik- Ennedec.
Ce dernier lac doit servir à former un port intérieur qui permettra tle ravitailler et de réparer les navires, en même temps qu il sera le point de jonction entre le canal maritime et le canal de communication avec le Xil.
La iijjnc en traversant ce lac est coin posée de plusieurs parties courbes, afin d'éviter les grandes dunes qui se trouvent dans cette zone et qui en ont envahi une partie.
Au sortir du lac , la iî(riie va Uxiuver le seuil d'El- Guisr dans son point le plus bas, et se dirige ensuite vers le lac Menzaleh, qu'elle traverse directement le long de la rive orientale jusqu'à Peluse, et elle se prolonge en mer jusqu'à ce qu elle rencontre ime profondeur de 7',50.
Les dimensions du canal ont été déterminées par la pensée de créer une (jrandc voie de navi(pàtion maritime ouverte aux bâtiments à voiles et à vapeur d'un fort tonnaf^e. On ne connaît de travail analogue que le canal (^aliulunion ; or ce canal n'a que 37'" de lar(j;eur à la ligne d eau , et G^jlO de profondeur. Les éduses, au nombre de vingt-trois, ont été agrandies de façon k recevoir des frégates de 44 canons. Elles ont 52"',40 de longueur cnU'c
AVÂNT-PROJËT DU PERCEMENT DE L'ISTUME. 414 les buses, IS"" de lar^^eur et 6"*,10 de profondeur
d'eau.
Pour la coupure de l'isthme de Panama par un canal maritime, telle que la conçue M. Garella, la lar(^eur du canal à la lî^e d*eau a été proposée de 44'" et la protoiideur d eau a 7".
Le prince Louis-Napoléon , qui a publié en 1846 un remarquable travail inséré dans la Revue Bntonnique ^ sous ce titre : Canal de Sirararjua, admettait les mêmes dimensions que M. t)arclla dans le projet qull se proposait de mettre à exécution pour établir la communication entre Tocéan Atlantique et l'océan
Pacifique.
Nous avons, par des considérations qvii seront lûentôt exposées, admis que les frégates à. aubes et celles à bélices, comme les navires de 1,000 k 1,500 tonneaux, devaient parcourir le canal, afin de donner à la navi;;aiion la plus large siUisfaction, Mous avons donc fixé la largeur du canal à la ligne d*eau à 100*, son tirant d*eau minimum à 6", 50 au-dessous des basses eaux de la Mcdilerraiiéc. Les écluses, au nombre de deux, auront 100" de Ion- [; iieur, 21"' de laideur et 6", 50 de profondeur d*eau mininmm. Ces ouvra^fcs seront établis aux deux extrémité;) du canal , innuédiatement avant les digues formant le cbenal qui , de chaque côté , relie le canal aux deux mers. Ces deux écluses feront partie d un l>arrage cclusé et mettront ainsi le canal
tout entier clans le cas d'un seul et immense bief recevant les eaux de la mer Roiij;(' pendant les plus liault'î» âiiam s, vt les nmiia^yasiiiant successiveuient pour au{;menter la hauleur de la ligne d*eau et Jbuniir des cliaiffies dans cbaque chenal lorsqu'elles sont iHTcssaires. Los plus fortes marées tie la nu r llou({c cUmt (le 2" à 2", 50 au-dessus tics hasscs eaux de la Méditerranée, on obtiendra donc dans certains temps jusr(u*à 9"" de profondeur d*eau dans It' l aij.iU niais ou pe ut compter, eu movcune, 1" de surélévation, ce qui douuciii habituel lonient daus le canal un tirant d*eau minimum de 7"^50 à 8"". Dans ces conditions , les vapeurs à bélice pourront parcourir lacilcuicut le caual , Siius que la présence du plafond réa^^^i^se (f uue manière fâcheuse contre le mouvement de Thélice. Nous avons cependant fait les calculs des terrassements pour trois profondeurs d'eau tlilférentes, savoir : fi'", G"*,50 et 7" au-dessous des basses eaux de la Méditerranée. Si la cornpa(jnie concessionnaire voulait avoir une profondeur de 7 " au lien de fi'", 50, il sera facile de l'obteuirau moyeu de dragues et sans arrêter la navigation dans le canal.
La longueur de chaque barrage, v compris Té»
cluse, est de 1(H)'% rt pour faciliter davantage l'entrée du flot montant dans le canal, on a ajouté un traisième barrage à Suei, dans remplacement du chenal actuel. Ce dernier ouvrage sera séparé du
AVANT-PROJET DU P£RCBMENT 0£ L'ISTHME. 443 premier par un terre-plein plus élevé que le niveau (les hantes mers, do sorte que rcnscmble ck\s deux reliera la route du Caire* à la Mecque en passant par Suez. Sa largeur a été é^valement fixée à 100-.
Par cconoiiHe, ou a réduit à 05'" la largeur du canal dans les parties où la côte du terrain atteint 6*.
Pour éviter les dé(jradations des ber(;es du canal , ou a iixc les talus à 2*" de l>asc pour 1'" dr hauteur, et on a disposé une banquette de 2*° de largeur pour recevoir : 1* un enrochement composé de tous les débris de pierres qu'on trouvera le lonj^j du caualj 2" les éboulements qui pcuvcut se faire de la partie supérieure et qui iraient encombrer le pla* fond sans cette banquette. On n*a fait qu*imiter en cela ce qui a si bien réussi au canal Calédonien. La largeur du chemin de balage a été fixée à 4"^ , ce qui est bien suffisant pour le cas d*un canal maritime, où le remorquage à vapeur tient une si grande place.
Le lac Timsah, qui est situé à peu près à égale distance des deux mers et se trouve au débouché de rOuadée ^l'oumilat, formera, comme nous l avons dit, un port intérieur où viendra aboutir toute la navigation tant intérieure qu'extérieure. C*est sur SCS bords qu'on établira les ma[];asins , écuries , ateliers de réparation, ainsi que 1,500 mètres de murs
de quai pour ramanage des navires et levibarquement des marchandises. Car, comme le dit très- Lien l'illustre auteur du me moire sur le canal de I^icaragua^ le ainal proposé ne doit pas être une simple coupure desdnée uniquement à faire passer d*une mer à Tautre les produits européens; il faut surtout qu il lasse de 1 l^[;ypie un État prospère par Téciiange de ses produits intérieurs et puissant par rétendue de son commerce.
Quant aux deux entrées, soit de la merRou(^c, soit de la Méditerranée, tout ce qui est nécessaire , c*est que les bâtiments puissent aborder en toute saison et trouver dans les mauvais temps un abri sûr et efficace. Or la rade de Suez est abritée de tous les vents y excepté de ceux du sud- est. 11 suffira donc de prolonger la jetée de Test d*une certaine longueur au delà de celle de l'ouest pour que Tabri soit complet.
Tous les bâtiments qui viennent stationner aujourd'hui dans la rade se maintiennent bien dans les mauvais temps, et la corvette-magasin de la compa(jnie anglaise qui y est ancrée depuis deux ans et demi n a éprouvé aucune avarie.
Ainsi , du côté de Suez, il suffit de disposer deux jetées formant le clienal d'entrée dans la iiicr Iiouf^e, et de pousser ces jetées assez ioiu dans la rade pour qu elles présentent aux navires un tirant d*eau de
à l'^f^Q dans les basses mers , tout en donnant à
4:elle de l'est une loii^^ucur de 150" plus cousidé* rable qu à celle de Touest.
Du côté de Pëluse, les deux jetéës devront, pour iitteiiidre Li profondeur de 7™, 50 à 8", avoir une longueur de 0,000°" au moins; mais, si Ton craignait que le chenal ainsi formé ne présentât pas assez de sAreté pour Tabordage des navires et afin de répoiidrc a des objections doiu la valeur reste encore à vérifier , nous avons proposé de placer en avant de ces jetées une rade d*abri au moyen d*un {;;rand môle de 450 à 500" de lon(}ueur, disposé de manière à servir de rcluge aux navires dans les mauvais temps» et à leur permettre de prendre ensuite à leur convenance Tentrée du chenal.
Il n'est douteux, poin* personne que le canal ne soit réellement et praticiucmeut navi^jable pour tous les navires qui voudront se servir de cette voie. La seule chose qu on puisse mettre en doute, c*est la possibilité de rexccution de pareils travaux. On se demande, en effet, si des jetées en mei* de 6,000" de longueur ne sont pas des chimères, si une tranchée de 65" de larf»eur, creusée à 16",50 de profondeur, dont une partie se trouve sous l'eau, n'est pas une impossibilité, et si, dans le cas où l'art de Vingénieur surmonterait de pareilles difficultés, les résultats obtenus seraient en proportion avec les dépenses faites. On a également émis des doutes sur
la navigation de la mer Rouge ; enfin plusieurs au-
teuvé rccominandaLles ont posé, sans la résoudre, la question de savoir si , une fois le canal établi , le commerce ne préférerait pas lancienne voie du Cap comnio plus sûre et plus avantageuse.
Ces questions, nous allons les (*xaininer; ces doutes, nous cbercfaei*ons à les éclaircir.
On a dit que le {;olfc de Péluse est continuellement ensablé ou envasé par les apports fluviatile^ de la branche de Damiette» et que les ouvrages en saillie qu'on pourrait établir dans cette partie du riva.'rc ii aiiiaii ni <l . mires rcsullais (nie (raii;;inenter les eucombrcuients. jXous reconnaissons (jue cette portion du riva(j;e de TÉgyptc a élé formée par les alUivions maritimes apportées par les lames de fond, coi n nie nous l avons établi au conimenceuient de ce mémoire. Nnns reconnaissons aussi que les digues formant le chenal d entrée du canal auront pour objet d'arrêter les sables entraînés par les lames et de les accumuler contre celle qui est au vent dominant, c'est-à-dire contre la digue de l'ouest.
Mais ces raisons existent pour la plupart des ports actuels, et si elles étaient suflisantes pour empêcher la construction d un port, nous pouvons dire que bien peu de ceux que nous voyons aujourd'hui eussent été exécutés.
Suivant nous, la question esseiiUelle est de savoir si , une fois le port établi , il pourra subsister sans réclamer de trop grands fmis d entretien.
AVANT-PROJET DU PERCBUENT DE L'ISTIIMB.
Or il est constant que depuis bien des siècles les ensablements ont cessé d au^puenter la rive Péhisiaque. En effet, le temps a conservé les ruines de i'eluse, dont la position est Lien lixëe. Strabon, dans son Itinéraire, dit que Péluse est située à vingt stades de la mer. Les ingénieurs français de l'expédition ont retrouvé cette même distance en mesurant 1,G00 toiscb ou 3,0iX^ mètres de ses vestiges au rivage.
En 1847, la distance tix>uvée entre ces deux
poiiils était la iiicnic, piiisqu clic figure sur le plan avec le chilïre de 3,000 mètres, et aujourd'bui elle est encore la même.
En lisant enfin tous les documents des auteurs anciens et en cil comparant les données avec ce <{ui existe actuellement, ou arrive à cette conclusion, que les rives du Delta ont fort peu varié depuis les temps historiques.
L'ensablement maritime est donc arrête depuis longtemps , c est là un fait qu'on peut expliquer en admettant que la destruction des côtes dans le Maroc, rAl(j[éric, Candie, et sur d autres points, destruction c|ui seule, nous le répétons, iouruit les alluvions maritimes, s'est ralentie par un motif quelconque. On peut aussi admettre que les sables qui venaient autrefois, eiilraiucs par les vents et les courants, jusque dans le golfe de Péluse, sont maintenant jetés sur la côte africaine , entre Tripoli et Alexandrie , et
poussés en forme de dunes dans riutérieur des terres. Le tait est qu aujourd'hui on ne voit plu» de dunes nouvelles se former dans Tisthme; celles qui se trouvent sur le Loixl du rivafi^e sont de formation ancienne et presque toutes fixées naturellement par des plantes. Enfin 1 accroissement de la rive Pëlnsiarpie. s*fl existe, est trop peu con^dé* rable pour qu il puisse être apprécié.
Maintenant y la ^direction des jetées étant presipie perpendiculaire au rivage, pour être à an(;1(^ droit avec les vents régnants de TO.-N.-O. , il arrivera que, par les vents perpendiculaires à la côte, les sables seront poussés à la rive pour en augmenter la bauteur, comme par le passé, sans que les jetées produisent aucun cliaiifjement. Par les vents parallèles qui sont les vents dominants , le courant littoral , éprouvant un obstacle par Texistence des jetées , formera un remou à Famont, qui précipitera la vitesse entre la pointe des jetées et le môle d'abri, de manière que les sables seront entraînés loin de cette région. Il y a probabilité que le fond éprouvera des affouillements.
Il n'y aura donc que les vents obli(jues qui viendront apporter les sables dans le fond de l'angle formé par la rive et par la jetée d amont.
En temps de calme, le conraiit mariiinic fjiii se dirige le long du littoral de 1 0. à l'E. n'a pas assez de^vitesse pour altérer 1 équilibre de la plage. Ainsi ,
AVANT-PROJET DU PERCEMENT DE L ISTHME. 44iA
en résumé» tout ce qu'on peut craindre, c*est qu'une partie minime des sables mobiles le long du
golfe ne vienne s'accumuler vers l'origine de la jetée d amont. £n supposant qu'il s'en dépose 10,000*'' par an , ce qui est exaQéré d après ce qui vient d*étre dit, il faudrait cent années pour faire avancer la plage de 400", et cet avancement ne produirait aucun effet sensible aux extrémités des jetées.
On pourra objecter que dans tous ces mouTements des sables, il s'en introduira nécessairement une fraction quelconque dans le chenal , qui finirait ainsi peu à peu par être obstrué. Nous avons à notre disposition pour obvier à cet inconvénient les machines à draguer et un système de chasses trèspuissantes pour lequel nous avons fait de tout le canal, y compris Fétendue des lacs Amers, un immense réservoir plus élevé que le niveau de la Méditerranée de toute la hauteur des marées de la mer Bouge, renfermant plus de 700 millions de mètres cubes d*eau, pour avoir en tout temps le moyen de lancer dans le chenal des volumes de liquides capables par leur vitesse d'enti^ainer au loin les sables qui viendraient l'obstruer; et, pour que ces cbasses soient plus efficaces , nous plaçons le barrage écluse à 200"* tii mer, et, intérieurement à ce l)arra<;(', h s jetées sont disposées en courbe, de manière à former un immense bassin de cbasse.
Mais des jetées de 0,000** en pleine mer ne sont-
m DOCUMENTS.
elles pas d'une exécution impossible, ou, si elles sont possibles, n exigeront-elles pas un temps et une somme tels que pi ati(juement on doive renoncer à une pareille entreprise '!
Quant à la poi»sibilité , elle u'cstpas douteuse, car il y a plus d*un siècle que le gouvernement hollandais a fait construire une jetée de 8,000" de longueur dans la baie du Lion , près du Cap , dans des profondeurs de plus de 1G"',00, malgré les tempêtes permanentes qui succèdent à des calmes permanents sous cette latitude, l'n pareil ouvraj»e, eu V[\i\ri[ aux proiondeurs deau, a e.xipjé u\k volume de ma* tériaux quadruple au moins de ce qu il faudra pour les deux jetées et le môle de Pïluse. Il a été entrepris par uut' nation peu riche, dans un temps ou la vapeur n'était pas connue, et avant 1 invention des machines qui économisent tant de temps, de dépense et de main-d'œuvre. Il n'est donc pas douteux que si la coupure de l'istlime est reconnue avantageuse , il ne soit plus facile de résoudre toutes les difficultés»
Quant au modo de constru( tien de ces ouvrafjes, les opinions ne sont, pas moins divisées. Quelques ingénieurs, se fondant sur les constructions antiques, recommandent de former les môles avec d'immenses quai tiers de rocher de 30 à 40*"'. D'autres sont d'avis que le seul moyen de préserver les rades des ensablements est de construire les môles et les
AYANT-PROJET DU Pl-liLhiMEXT DE L LSTILME. 421
digues en maçODnerîe a claire-voie. Il y a également quelques partisans des murs en maçonnerie hydrau-
que à parements verticaux. — Maïs, snivniit nous, dans une entreprise aussi importante, ou doit laisser de côté toute hypothèse théorique et ne se guider que par Texpérience des travaux analogues déjà exécutés. C'est ce que nous avons [ait en adoptant le système x\e coustructions à pierres perdues, tel qu'il a été adopté aveic succès : 1* pour la digue de Chei*bourg, qui a 3,768* de longueur dans des profondeurs d'eau de 14", 80^2" pour ia jetée de Plymouth, qui a 1,364°" de longueur avec des profondeurs de 11** et plus^ 3* pour la di{;ue dans la baie de la Dclaware qui a 1,2(.K)'" de lonoiieur sur des profondeurs de 14™; 4* pour celle de la baie du l^ion , qui a 8,000" avec dec profondeurs de plus de 16-,00. *
Il est vrai qu'on objecte à ce système les avaries arrivées à Cherbourg et ù Plymoutli , ainsi qu'à Alger, avant Tintroduction des blocs factices; mais nous ferons olwcrver qu'à Cherbourg et à Plymoutb il y a de très-forts courants de marée qui out jusqu'à i'",00 de vitesse par seconde ; qu'il y a dans ces deux points une très-grande agitation de la mer, et qu'en* fin on peut supposer que ces avaries n'eussent pas eu lieu, si les blocs eussent été d un calibre un peu plus fort et les vides des interstices bien remplis. Quant à la rade d'Alger, tout le monde sait qu'elle
m DOCUMENTS, est pi*esquc constamment traversée par de très-fortes lames et qu*aucun autre point de la Méditerranée ne se trouve dans des conditions aussi difficiles. Nous avons en faveur de notre système la plupart des môles construits dans les divers ports de la Méditerranée, Gènes 9 Cannes» Barcelone, Valence, Cadix , etc., etc... . qui sont tous construits en blocs naturels, dont les plus gros ne dépassent pas 2", 50 et qui pourtant sont établis dans des profondeurs d*eau assez considérables. Nous avons enfin pour nous l'avis des ingénieurs les plus distinjjiiés de rAnglctei rr , avis qui a prévalu au sein du parlement et d après lequel tous les môles des ports de refuge en construction s^établîssent suivant le système des blocs naturels coulés à la mer , scion certains talus.
Le fond de la plage , s abaissant suivant une pente très-douce , aura d'ailleurs pour effet d'amortir les lames et de diminuer leurs efforts sur les jetées. C'est là un fait bien observé et que Ton conçoit d'àilleurs facilement; car si Ton suppose que le fond de la mer, après s*ctre trouve plus bas que la liiuiic de la profondeur du mouvement des ondes, sélève ensuite par une pente extrêmement douce, sa rencontre avec la surfbce limite ayant lieu sous un au'jle très-petit, il se trou>( ra [)resquc insensiblement substitué à cette limite. Au point de cette rencontre, le mouvement d'ondulation est nul, il
est très*faibie dans les points voisins et facilement amorti par la réststance et le frottement que les mo-
IccLilcs éprouvent sur le fouil. L'amortissement se propagera ainsi vert iraleniciit jusqu'à la surface, et les ondes seront alors diminuées de plus en plus dans leurs dimensions , à mesure qu'elles avanceront sur
* le rivajje.
Nous avons donc adopté le système des pierres perdues pour les jetées et pour le môle, en n'y apportant que de très<lé(][ères modifications résultant de noire propre expérience , modifications rjui consistent à faire les musoirs en maçonnerie hydraulique sur une certaine hauteur, ainsi que le parement intérieur de la jetée d'amont qui servira au halage des navires.
Ce que nous avons dit du golfe de Péluse, nous pouvons le répéter avec plus de force encore pour la rade de Suez. Les ensablements ont cessé depuis loup temps de se faire remarquer d uni; manière appréciable; et s'il y a encore des alluvions maritimes entraînées par les lames de fond et les courants, ces alluvions sont poussées par les vents d'O. et de S.-O. sur la côte E. , sans arriver jusqu'au fond du (^olfe. En effet, le plan de la rade a été levé en 1799 et les sondages du clienal y sont fi(jurés , ainsi que la forme du banc de sable, qui est comme une espèce de barre à son extrémité du côté de la rade. En 1847, le même plan a été relevé avec les mêmes sondages.
4îi DOCU!tfENTS.
et il est impossible de trouver la luoiudrc différence enti*e les deux résultats, qui s'accordent également avec ceux donnés par le comander Morcsby dans sa belle carte de la mer lî^^uge.
On n'a donc rien à craindre, île ce coté, ni des ensablements ni de la violence de la mer. Les jetées seront d'une construction des plus faciles, et comme les matériaux se uouvent en quelque sorte à pied d^œuvre , leur établissement ne présente aucune difficulté.
(pliant au creusement du canal à G'", 50 de proioudeur au-dcsduus des basses eaux de la Méditerranée dans un terrain trè&>perméable , ce travail présente au pi*emier aspect des obstacles (]ui parai»* sent considi rahles. On ne peut en effet espérer de faire cette excavation ni à sec, ni par épuisement, à cause de la nature du tcmiu. IL faudra donc, pour toute la partie au-dessous de Teau , recourir aux <lra(>ues, et comme le ( ube tic terre à enlever par ce moyen est de 57,205,342"*% on se ii(fure difficilement qu on puisse en venir à bout. Cependant, en examinant les choses de plus près, on ne trouve plus rien qui puisse effrayer les esprits les plus timoi^és. En effet, une seule drague à vapeur de la force de 20 chevaux , telle que celles qui ont été employées sur le Nil, peut, dans luie juiimee de 24 heures, enlever 1,000"" de sable à une profondeur de 7*", en la faisant travailler jour et nuit.
AVÂNT-PAOiEr DU PERCEMENT DE L'ISTHME. 423 A ce compte, il faudrait, en supposant chaque aiiiicc de 270 journées de travail seulement, 40 dragues pendant cinq ans; mais si, au lieu de ces pe« tites dragues, on adopte celles de 30 à 35 chevaux de force, on pourra facilement laire 1,500"** par jour de 24 heures, et le dragage deviendra plus écononiicjue.
Le cube des terres à enlever à bras d^homme est de 17,473,790'"% et la plus forte tranchée ne dépasse pas lO"* de hauteur au-dessus de 1 eau. Ce chiffre est peu de cbose si on le compare avec ceux des terrassements exécutés avant ce siècle, tels que, par exemple, celui indiqué par M. Michel Chevalier dans ses Recherches sur la canalisation ma' ritime de Visthme de Panama,
« Il a fallu, dit-il, les trésors dont disposaient les » vice-rois du Mexique poui' ciUi eprendre la trani> chée de Uuebuetoca« dont la longueur totale est V de 20,585"^, et dont la profondeur est de 45 à » 60"* ptiidant un intervalle de i)liis de 800'". et de » 30 à 50" pendant 3,500"". La dépense a été de » 31 millions.» Et plus loin il ajoute : u De nos jours 1» cependant, dans un cas de nécessité, en déployant « h; iiialériel perfectionné dont dispose maintenant » l'art de Tingénieur, on peut opérer des tranchées » fort profondes , de grands mouvements de terres » sans une dépense extraordinaire. Sur le canal « d'Arles à Bouc, par exemple, le plateau de la
m DOCUM£JKTS.
» Lecque a été coupé par une tranchée de 2» 100*" » de longueur, sur une profondeur au point cul-
» minant de 40 à 50". La dépense a ete de moins » de 4 millions, et pourtant cette tranchée a été ef- » fectuée par les procédés anciens. Actuellement» « (lîuis les (jrandes trancliées, on attaque le sol avec :> des armes d une piiissiince extrême; on applique » au transport des déblais le chemin de fer et la » locomotive; Thomme n*a plus à effectuer avec 55 SOS bras que la fouille et la cliarjje eu wa^^ons. n Pour uu objet pareil à la jonction des deux mers, » on pourrait même tenter Timpossible. »
En supposant que cliaque ouvrier fera 1",50 en moyenne par jour, il ue faudrait que 8,000 ouvriers pendant cinq ans pour faire ce travail de terrassement; et il ny a pas d*année que le viceroi n'ordonne, pour le seul curage des canaux, des levées de 30 à 40,000 dans plusieurs provinces à la fois.
Du moment que Tentreprise du canal maritime
dans l'istliiue de Suez aura été reconnue utile et avantajj^euse , les difficultés d'exécution, quelque grandes qu'elles puissent être (et nous avons démontré quelles ne sont pas de nature à effrayer) , ne doiveut |ioiiil seiul)lcr on obstacle à son exécution.
Il paraîtrait, de prime abord, superflu de démontrer lutilité d'une pareille œuvre ; car ce qui frappe surtout rima|];i nation , c*est la grandeur des
vésultafs promis par le canal; ce sont les efforts réitérés tentés à plusieurs époc^nes, même dans les
temps d'ignorance, pour ouvrir cette communication entre les deux mers^
Mais, depuis la publication du mémoire de M. Lepère, tant d'objections ont été soulevées, tant de doutes émis, que 1 opinion publique est restée incertaine, et qu'il devient nécessaire de rétablir la question dans toute sa vérité. Nous allons donc examiner les principales objections faites contre la communication directe des deux mers.
La mer Rouge, a-t-on prétendu, présente de tels dang^ers à la navigation, et les moussons apportent de tels retards, que, lors même que le canal maritime serait établi et parcouru librement par les navires, le commerce n adopterait point cette route, qui, dans le fait, serait, par ces circonstances particulières, la plus lonj^ue et la plus périlleuse.
D abord il fie peut être ici question de la navigation à vapeur, dont le cercle s*étend cbaquc jour davantage ; car le canal projeté sera le triomphe de la vapeur, et la houille se trouvera distribuée le lon^j; du parcours depuis Londres jusqu'à TAustralie. Nous n'examinerons donc que la navigation à voiles. Or l histoire nous ;i])preuJ ijui', depuis les siècles les plus recules, cette uavi(;atiou a été florissante dans la mer Rouge, et qu après la découverte du cap de Bonne-Espérance (1497), les
m DOCUMENTS.
Portugais crurent nécessaire d avoir une flotte qui détruisît, en 1538, toute la marine marchande des
Vénkit iis et des Turcs. Si plus Lud le commerce prit la voie du Cup , il u eii iaut accuser que la domination turque de 1 époque, qui laissa dépérir les arts, les sciences et Findustrie, en même temps qu'elle défendit aux uatious européennes la navi[jation de la mer ltou((e. Couiiucot pourrait-on admettre aujourd'hui que cette navi|^tion est pleine de dan[;ers, lorsque la science nautique et Tart des constructions mantinics ont lait de si grands prol^rès et que toutes les circonstances des vents, des courants et du littoral de la mer Bouge sont parfaitement connues?
Pour ne laisser aucun doute à cet c(],ard, nous allons rapporter les observations les plus importantes faîtes sur la mer Bouge et la mer des Indes.
Voici ce que dit le voya[)ciii anglais Bruce en 17G9 :
« Tous ceux qui connaissent un peu Thistoire de 1» rÉjjypte savent que les vents du N. y rèf^nent n pendant les six mois de la plus {grande chaleur et » et qu'on les y nomme vents Étésiens. IjCS deux » chaînes de montagnes qui bordent TÉgypte à » l'orient et à Toccident forcent les vents de suivre 3) cette direction précise du N. Il est naturel de pcns» ser qu'il en serait de même pour le golfe d'Ara- 9> bîe, si cette mer étroite avait une direction paral-
>» lèle à la terre d'Egypte. jVIais la mer Bouge » s'étend presque du N. G. au S. £. depuis Suez » jusqu*à Moka. Là, elle tourne et va presque de TE. » à rO. jusqu'à sa jonction avec roccaii Indien par » ic détroit de liab^el-Mandeb.
1» Ainsi» les vents Étésiens, qui sont directement » N. en Êgypte, prennent la direction du f^olfc et » souillent avec force dans cette directioni tout » leté, c'est-à-dire que, depuis le mois d'avril jus- ■ i> qu'au mois d'octobre » le vent du N. O. règne sur » toute rétendue de !a mer Rouge en remontant » jusqu'au détroit 9 et que, de novembre en mars, il 3> est tout contraire et descend le golfe, depuis le 3» détroit de Bab-el-Mandeb jusqu'à Tisthme de » Suez.
» L'on observe donc qu'un vaisseau partant de » Suez dans quelque mois deté que ce soit, ren- » contrera un vent de N. O. très-violent qui le por- » tera directement à Moka. A Moka, la côte est de » FË. à rO. jusqu'au détroit de Bab-el-Mandeb. » Ainsi, le vaisseau parti de Moka aura, pendant un » court espace de temps, des vents variables, mais n le plus souvent soufflant de l'O., et ces vents le » conduiront bientôt au détroit. Il n a donc plus » besoin de la mousson du golfe, qui venait du N.; » et, quand il a passe dans l'océan Indien , il ren- » contre une autre mousson directement opposée, « pendant les six mois d'été, à celle qui l'avait fpvo*
m DOCUMENTS.
» risé sur ]sL mer Rouge. Cette mousson ne lui est n pas moins favorable ; elle souffle du S. O. et le 3) porlc à pleines voiles^ saus aucun délai , s;uis au-
V cun obstacle » dans quelque port de Flnde qu'il v veuille aller.
n A son retour, il a le juênie avaut;i[je : il fait I» vpiic pendant les mois d'hiver avec la mousson 9 propre à cet océan, qui souffle alors du N. ^. et T qui le conduit au détroit de Bab*el-Mandeb. Le » détroit lianeLii , il trouve ijans le {joUe uu vent de 1? S. Ë. directement contraire à celui qui est dans « Tocéan ; mais la route qu*il a besoin de faire est » coutiairc aussi, et ce vent de S. 1^., .suivant la di- » reetion du (^olfe, le conduit à Suez. Tout cela est n clair, simple , aisé à comprendre, et c*est là I4 » raison par laquelle dans les premiers âges le » comiin ix e de l'Inde se lit sans aucune dilliculté.
» Ainsi, la philosophie, lobservation, la persévé-
V rance Infatif^able de l'homme qui cherche à exéï> cutertous les projets que son intérêt lui sn{f^;èrc, » triomphant des dilhcultés , apprirent aux navigan teurs du golfè d'Arabie que ces vents périodi- » ques qu ils avaient d*abord regardés connue des » obstacles iiuincihies au commerce de la merdes » Incies , étaient, quapd on les connaissait, les » moyens les. plus sûrs et les plus prompts d exécuj» ter ce voyage. »
M. liooke, officier anglais, parle en ces termes de
AVANT-PROJET DU PfiRCBMBNT DE L*ISTHME. 131
la navigation de la mer Rouge, dans une lettre datée du 25 avril 1782.
« coDstraction et la manceuvre des Yaisseoux m qui y navi^^uent sont particulières à cette mer, » aiiiëi qu'aux Arabes qui iont ie cabotage de Moka^ » Geddah , Cosséir et 8ouey«. Le vent, premier mon bile dans la marche des autres vaisseaux, est pres- 1) que nul pour les bâtiiiiciUs u.iIk s. J.c ( aime leur » est plus avantageux. Crai^^iiruit autant uu vent v fovorable qu un vent contraÎK, ils restent à lancre a en i^ltendant le calme ; ils lèvent Fancre pour pro- » fiter de la brise. Dès qu elle devient un peu forte, » ils riga^ent les côtes envircmnées de rochers et a de bancs de sable, et ne se croyant jamais plus T en sCircté qu'au milieu de ces dangers, ils mouil- » leiit sur les deux lieures après midi, car alors la brise » Iraicfait. ib jettent des ancres à proportion de sa s force jusqu'à 5 ou 6. Us ont encore 2 ou 3 câbles M pour s'amarrer sur les rochers. La brise de terre » s'élève vers les deux heures du matin et dure jus- » quà 8 ou IOl Sans ces brises la navigation des V Arabes serait interminable.
n Quand qn sait que le chemin de Londres à Maa dras a été fait en 63 joui«, on est surpris de voir n les An^ais négligep un s) grand avantage quand » ils peuvent se le procurer. »
Le V4ce-amiral liosily, qui naviguait sur cette mer en 173Ô à bord de la frégate la Vénus^ et <{ui
a été consulté par M. Lepère, était h'wn loin tl admettre que les dangers et les difficultés de la mer ftouge fussent aussi considérables qu on le pense communément. En effet, ces dan(,'ors, enfantés seulement par Ti^^norauce des navig;atcur$ anciens et modernes ^ ont été accrédités par lopinion ou plu* tôt par Terreur générale. On doit donc rester convaincu (^uc tous les bâtiments du commerce n'y trouveront d'autres diibcuUes que celles qui sont communes à toutes les mers étroites. L* Adriatique , encore plus étroite que la mer Rouge , n*a jamais passe pour être une mer inabordable.
Les côtes seules de la mer Rouge offrent des dangers; mais le nombre des bons mouillages y est si considérable que les marins du pays ne naviguent jamais de nuit et jettent Lancre tous les soirs. Dans les gros temps» ils restent mouillés quelquefois ^ et 15 jours, à la même place, sans oser jamais ga^^ner le large, ni profiter d un vent qui serait favorable pour tout bâtiment européen.
Le beau travail du commander Moiesby et du capitaine Rogers sur la mer Rouge, travail exécuté par ordre de la Compagnie des Indes, pour éclaircir la question de la navigation» et par suite duquel un service de bateaux à vapeur a été établi sur cette mer, ce beau Uavail, disons-nous, s'il ne présente » pas les moussons avec une aussi grande régularité que rindique Bruce , n est cependant pas contraire
à lensemble des faits énoncés par ce voyageur ^ comme on peut en juger par les extraits suivants :
Des vents «t des courants entre Suez et Geddah , par le commander Moresby.
tt De Suez à Geddah , pendant toute la durée de » Tannée, les vents sont généralement et soufflent » parfois avec une grande violence ; mais ils s*a- » paisent {généralement aux changements de hine. » Durant les mois d*hiver, de décembre à avril, les » \enti du sud régnent parfois pendant quelques « jours, et sont fî*ais par occasion, plus particulière^ » ment dans la nier de Suez, où ils atteignent queln quefois la force d'un coup de vent maniable. » Dans cette saison les coups de vent d*0. ne sont T» pas rail s dans la mer tic Suez, et sont très-fort » redoutés des habitants par leur violence. 8iir la 9 côte d*Arabie, près de Geddab, au S. et au de » ce port, les vents de N. et de N. O. soufflent quel- » quefois avec une grande violence pendant les » mois d*biver et apportent de terre des nuages de V poussière.
» Les vents du sutl qui soiilllciU quelquefois » d'octobre à mai , occasionnent généralement un D courant de 20 à 30 milles par jour. Après un » coup de vent de N. O. , quand il y a de petites
» brises, il y a généralement un courant portant au
» N.t il est plus avantageux de iouvôyer sur la » côte Arabique que sur celle d'Ëgypte, à ImvefBe 9 de ce que faisaient les anciens navigateurs , parce » qu ils trouvaient cette dernière côte plus siiine.
I» La durée moyenne d'une traversée de Geddah » à Cosséir dépend tellement des circonstances » quon ne peut lui assigner un ternie fixe; elle est » rarement de plus de vingt jours et de moins de 9» dix. Avec les bateaux du pays, elle dure vingl«cinq » et trente jours et quelquefois davantage. »
Sur les veoti et les courants de la mer Rou^^c pcndailt tonte Tannée, par le capitaine RogfeMt
a Du commencement d'octobre à la fin d'avril, n durant cette saison qu*on peut appeler les mois » d*faiver, entre le détroit de Bab-el-Mandeb et
» Gebcl-'J ci'j par environ 15° 30' de latiu^le N., on 1) peut dire que le vent soufHe constamment du 8., à » Texception d*un ou deux jours pendant lesquels 9» il y a quelquefois des vents du N. , à l époque » de la pleine ou de la nouvelle lune; mais il se » passe fréquemment deux mois sans aucun chan- » gement.
» De Gebel-Ter au 19° ou 20% les venis hont va- » rlables dans la même saison et soufflent prèsn que autant du^N. que du S.; Tim ou l'autre de » ces vents domine respectivement à mesure que
i> l'on approche de riine ou de lautre de ces lin mites.
1» Du 21* au 27*, lèvent diiN. est le vent régnant » dans la même saison , mais il se passe rarement i> une demi-lunaison sans qu il y ait un ou deux » jours de vetit du S., plus particulièrement depuis
w la fin de novembre jus(|u au conimeucement de » mars.
» Depuis le 27'' jusqu'à Suezy le velit est presque 1» constamment du N. et se trouve rarement intër-
» rompu par lé tent du S., si ee n'est dans les mois » de décembre, janvier et février.
» Pendant les mois de juin, juillet, aoftt et sepy> tenibre, les vents du N. régnent saii^ iiiun upiion » dans toute l etendue de la mer Bouge , depuis » Suez jusqu'à Bab-el-Mandeb. On trouve par oc- » casion quelque variation venant de terre princi- M paiement en août et septembre; et, pendant ces » mois y un navire bon marcheur gagnera 35 mil* n les par jour en louvoyant de Moka à Suez. Dans 1» les inoîs de décembre, jarivier et février, un na- » vire aura quelquefois bon vent de Moka à Cos- » séi^, et il accoimplira sat traverséd en six Où sept 1» joùrs , taildis qu ott ne peut en faire autafit de » Cosséir à Moka , à moins que ce ne soit dans les » mois d'été. »
On voit par ces extraits tjue la mer Rtruge est facilement navigable en tout temps , et qu'on peut
toujours coinhiiier Tépoque des départh pour la parcourir dans les deux sens.
M. Anderson, de la Compagnie des kides, dans sa brochure de 1843 {Otservatiom on the practibi'' lit y and iitility of opening a communication heiween the Red Sea and the Âiediterraneaii by a skip canal ihrovgh the iêthmus of Suez), exprime ainsi son opi* nion à ce sujet :
u La distance entre la Maociic et Calcutta par le D cap de Bonne-Espérance, en comptant la route 9 prise par les meilleurs navires, est d*envî«
yy ron 13,000 nulles,
» tandis que par la Méditerranée » et Tisthme de Suez elle n est » que de 8,000
» Économie produite sur la dis-
)) tance par le canal maritiuic. . . 5,000
» Pour Bombay l'économie est
• de. 5,300
9 Pour que cette économie soit réelle, il faut ff que la navif^ation soit également facile par Tune
» ou l'autre route : c'est ce qu'on va examiner.
» La mousson S. O., qui souffle plus fort que » celle du N. O., prévaut dans la mer des Indes ,
Y> entre les côtes d*Afri<{ue et celles de l'Intlc , de » mai en octobre, et <,c, i.iit U'cs-fortement sentir » dans les mois de juin, juillet et août. mous-
» son E. règne depuis octobre jusqu^en nuii.
» Supposons donc un navire placé à quelques de- 3» grés au- S. de CeylaD » et voyons ce qu'il éprou- » vera en venant en Europe soit par le Cap, soit p par la mer Rouge. Or, ii est bien recounu que » dans cette position un navire se dirigeant sur la » côte d'Afrique par le cap Guardafui (à Textréniité » du golfe d'Adcn), et de là au délKjil de Hab-eln IVlandeb, rencontrerait les vents U'aversicrs, et » pourrait par conséquent faire toute Tannée le » voya^^e dans les deux sens entre Ftle de Ceylan » et l'entrée de la mer liou^je pendant la mousson n S. 0. 11 en seia par conséquent de même pen- » dant la mousson N. E., directement opposée à » celle du S. ().
» Les navires pour Jbomi>ay devraient taire coïus> cider leurs voyages avec les moussons, de ma- B nière qu*en venant de Bombay ils pussént ren- » couticr la mousson S. O., et qu'en allant en Eu- » rope ils eussent pour eux la mousson N. Ë. U suit )» de là que les navires n éprouvent aucun obstacle 1» des moussons pour elfectuer leurs voya{^;;cs entre » les Indes et l'entrée de la mer liouge, et que pour » les voyages à Ceylan , Singapour, Java, etc., etc.,
ils se font avec une facilité et une célérité qu on 5) ne rencontre pas eu passant par le Cap.
» La mer Bouge a 1,200 milles de longueur sur » 150 de largeur moyenne, et sa direction est du
m DOCUMENTS.
» N. N. O. au S. S. E. Les côtes sont garnies de i« roches de corail qUl les rendent d*uti& apprbche » daii[; creuse. Entre Geddah et Bab-el-Miindeb , » niuitié iiKM'iclionaUî de cette mer, la mousson du « 8. 0. règne environ les deux tiers de landée^ cornr» mençdilt en octobre et finissant en mai ou juin. » Alors les vents du N. s*établissent et dominent en » juin, juillet, août et septembre.
» En dehors de la mer Roilge, tlans le golfe ij d*Âdbn, le vent règne Ordinairement dé TE. penjî (laiit six ijiuis, d'octobre à mai, et de TO. durant I» la seconde partie de Tannée.
» Dans h partie N. de la mer Rouge, de Geddah i» à Sues, lés vents du N. pt^omitient pendant tîeuf » mois de l'année; et, pendant les mois de juin, it juillet et août, il est fort difhcile de gngner Suez. fi Bam oétie partie de la mer Bod(*é, dfeS brises du ii 8. se font sentir eU tùut temps, mais n ont pas de » durée.
» La mèillifUte sftisdh pour les liavlt^ qui parif tent de 8ueK se trouve la fin d'août , qui leur
jj peniiét ci atteindre le détroit en septembre, avant n que les vents d'E. commenceni à soufflet tlans le » golfe qui est plus loin.
» De ces faits il résulte :
» 1® Que le passage entre i Inde et le golle d'A- 9 den peut êtnef effectué avec la plus gronde fecilité « par les navires à voiles;
AVANT-PROJBT DU PERCEMENT DE L'ISTHME, m
9 2'' Que les navires trayersant le golfe d*Adeii « éprouvent quelqués retards pendant ceHalnès par^- » ties de raiinée ;
» 3^ £t que ceux qui viennent des Indes dans la « partie N. de la mer Rouge éprouvent des vents n contraires t^endant la plus grande partie de » raunée. »
En regard de ces difficultés » on doit tenir compte . des inconvénients que présentent sur la mute du
Cap des calmes peniiaiients succédant à des tempêtes permanentes, les maladies qui déciment les équipages et les sinistres si fréquents au pëssagë de 1 equateur. Il laut aussi considérer qu'en t^môn^» tant la mer iioujjc , si les diilicultés sont plus grandes pendant ime bonne parde de Tatmée, par cela même les navires qui la descendent sont presquë toujours sûrs de rencontrer des \ ( nLs lavorablcs.
Pom* ne rien laisser dans le doute sur une ques^ tion aussi essentielle et d'où dépend tme partie du succès de Fentrfeprise projetée , nt>iis eopidns ici nn passage du mémoire de M. le touue d Escayrac de Lauture, adressé à la Société de géographie , et c[ui a pour devise : Àperire terram gent^ms :
« Si on compare entre elles les distances tnmimu » qui séparent les ports de l'Europe de ceux de 9 rinde» d*iine part par le cap de Bonne-Espérance, n de l'autre par le canal des deiix mers, on con* » State des différences énormes à l'avantage de cette
110 DOCUlIBNTS.
» dei'nière voie. Ces différences toutefois devien- » nent plus grandes encore dés qu on vient à se » rappeler que la li{»ne droite est loin d*étre , en » marine, le plus court cbemin d un point à un » autre, et que les navigateurs n atteignent le but « vers lequel ils se dirigent qu'en suivant successi- » vcinciît un certain nombre de louUs i[in iont les » unes avec les autres des angles plus ou moins n grands,
n Ainsi , loin de (]a(;ner directement le cap de » Bonue-Espérauce, les marins qui partent de FEu- 9 rope ou des ports atlantiques de rAmériqué du D I^ord pour se rendre dans l'Inde doivmt aller n reconnaître les Canaries on les Arores, se porter » dans le lit des vents ali/.és de rbcmispbcre N., n gagner la côte du Brésil et reconnaître le cap 1» Frîo bu relâcher à Bio-Janeiro. C'est alors seule- 5) ment quils peuvent taire route sur le cap de » Bonne-Espérance, mieux nommé peut-être le cap s» dés Tempêtes. Us franchissent enfin le banc des » Aiguilles, (gagnent lîourLon ou Maurice, et de » là se rendent dans 1 iude en suivant la route que » leur tracent les moussons.
» Les navires de la Méditerranée ont à lutter y> contre des coiicii lions plus désavantageuses en- » core. Il leur faut souvent une quinzaine de jours » pour franchir le détroit de Gibraltar, les vents » d'O. régnant habituellement dans ce détroit, ou
» Ton observe un couraoL tic s -rapide qui verse y> dans la Méditerranée les eaux de i Océan.
» Il en résulte que les voyages de Tlnde pren- » nent au moins cinq mois à cinq mois et demi. » Les traversées de retour sont un peu plus di- » rectes, sans être sensiblement plus courtes. La côte » d'Afrique peut alors être suivie de plus près, « grâce aux vents alizés de l'hémisplière S. La re- » lâche indiquée dans ce cas est Sainte-Heiene.
9 Si nous examinons maintenant les conditions » faites à la navigation dans les trois mers les plus » voisines de Suez, à savoir: la Mcditejiaiiée, la » mer liouge et le golfe d'Oman ^ nous trouvons » que sur la Méditerranée les vents soufflent du N. « pendant la plus grande partie de Tannée , pnasent » au S. par l'E. vers le printemps , et reviennent au » N. en passant par ÏO, et le N. O.; qu il en est à » peu près de même sur la mer Rouge , où le vent » du N., qui est le plus fréquent , élève les eaux » dans la direction de Bab-el-Mandeb , de telle ma- » nière que» lorsque le calme vient à se produire» 9 on remarque un courant qui porte dans le N. Ce n sont évidemment les eaux élevées dans le S. qui » tendent à reprendre leur niveau^ Les vents de la i> partie S. succèdent habituellement au calme.
» Le golfe d'Oman a deux moussons, celle du y) N. E.» qui règne avec plus de constance pendant » rbiver» et celle du S. O.» qui règne avec force
1 pepdjiQt Le passage d upe mounoii k Vautre K ry s'effectue, là comme partoi^ts par UQfs s^rie de » çalme» ^^e coups de vent
n \l me seinble résulter de ces Csiifs qu^ les navi- » gateufs auront avantage à se rendre dans Flnde 5) lo canal pcndaiu 1 1 le et l'autoiiiiie et ù (îp re- » venir vers le printemps.
9 L abréviation considérable de la distance qui » sépare les ports européens de^ ports de Tlnde n*est n pas le ^ul avantqge que le çon^mcrce doive irou-
q 4 fréquents^tipQ «lu canal d^ ^wl m^rs.
V Non-seulement , en effets 1^ navires atteindront
y* plus rapideiiient le point extrême de leur naviga- » pon^ mais eqçore ils rencontreront nuf le^r route n de uombreiix points ci§ rel^pb^ et, ce q^ii est plus n important , des marchés considénibles. |^ naviga* n tcur , après avoir suivi les routes faciles de la Mcdin terranée, v^dra dans le caMal ^uez 011 dp Gedtr n dah une partie de sop chargement, sicb^tem à: n Massaoua , à Souaken et à Berbera , Tivoire qu'il » échangera dans ilnde cqntre 4^ i qpiui^, ou qu il » tran^pprtera jusqu'en Cbin^ pfmi* y QÏlIwir- de n la soie et du thé.
V ]\ co]n[)lt tria soii 4 Ijarg^en^ de retour en den- » rées çoloniales de Jlif^i^ille, des }\e^ de la ^pi^d^» I» de Cieylan, fa cotons d^ Tlnde m ^e T^gypt^, en » pafé d'Abyssinie ou de FTémen , en gomme du » Soudau ou du Hedjaz, ^n bié de la basse Égypte,
AVANT-PROJ£T DU PfiRC£ll£NT DE L'ISTailB. U8
n OU en nz deDainîetta; et ces opératteDS multiples,
» qui exigent aujourd'hui des années, s*accompli- » TCff^t rapidement et sans périls, avec peu de capi- » tauK et de petits navires.
» En effet , en réduisant le temps nécessiiire aux » opérations du cominerce, 014 eu réduit les frais n généraiix, on tmd un plus grand nombre de ces » opérations possibles dans un temps donné; on les V facilite aux peti(^ négociants , de beaucuup les plus
n En offrant à b navigation une route plus hr. » cile , plus sûre , on permet à cette navigation de
y> s accomplir avec des navires d*uii faible tonnage , » aripps fiv|!c éponoinie, en un mot» on ouvre au » f^botage les routes de VlnAe» On démocratise la w commerce et la navigation. »
Nous ajouterons à pes rpnscigpements nos obseivyatioiis personpelles, et nous pouvons dire que navigation de )a mer Rouge est facile en tout temps, depuis le détrpit jusqu'au Ras-Mohammed , parce qu'il Q y ^ pas ^'écueii au milieu du golfe, et qu'on peut to^jo|lrs louvoyer quand on n 9 pas la mousson favorable; et s'il y a quelquefois des dangers à fedouter au ll4S-i!^Ioiifimmed par des tourbillons de vent^i par les ppur^nts et les épueils » ils disparaîtront du moment ou Toq aura établi un bon pliare, ainsi qu'une station de rcmuKjueurs à v ipcur pour aider les navires contre les vents contraires.
Alors on peut dire que la navigation à voiles
atteindra la limite de ses avantafjes, car elle profitera des vents favorables pour faire les transports avec économie , et dans les passages où elle rencontrera des difficultés, la vapeur lui viendra en aide pour éviter les dangers et les pertes de temps.
Une autre objection qu on a faite contre le canal direct, c'est qu*^nt creusé au milieu de dunes mobiles, il sera proinptement envahi par elles, et par conscquoiit d'un entretien tellement dispendieux qu on devra Tabandonner s*il est jamais entrepris.
Pour réfuter cette objection , nous allons rétablir les faits dans toute leur vérité.
Depuis 8uez jusqu'à l'extrémité des lacs Amers , le terrain est sablonneux, il est vrai, à la surface, mais, tout sablonneux qu'il est, les vents n'apportent aucune modification dans Tétat superficiel de cette partie de Tistbme. Cela vient de ce que les sables fins sont tenus humides par Teau de mer qui arrive à leur suiiace par pénétration et ensuite par la capillarité. Ceux qui se trouvent hors de l'atteinte de rhumidité sont de gros sables ou plutôt de petits graviers, lûtes ensemble par des terres mafpiésiennes , de telle faron que les vents n ont pas prise sur eux. C'est à un tel point qu'en plusieurs endroits de ce désert nous avons reconnu en décembre 1854 les traces des tentes laissées par les ingénieurs qui avaient opéré en 1847.
AVANT-PROJET DO PBRCBMfiNT DË UISTHME. 446
La meilleure preuve que Ton puisse donner de la fixité du sol dans cette partie du désert , cest la situation des berges de l'ancien canal qui existent encore pal loiu ju;5i|a'aux lacs Amers. Les pluies torrentielles qui arrivent quelquefois dans cette localité * ont bien pu depuis 1200 ans creuser des ravines dans ces berges et combler en partie le canal. Dans quelques parties même les berges ont été emportées par des torrents éphémères , mais nulle part elles ne sont enfouies par les sables. Les vestiges de Tantiquité datant de 2 à 3,000 ans existent encore à la surface du soi, sur la ligne que doit suivre le canal.
Ce n est qu en approchant du lac Timsafa qu*on
rencontre des dunes mobiles cban[|eant plutôt de forme que de place, qui l'enveloppent et le coupent en plusieurs parties. Toutes les autres dunes qu'on remarque sous la forme déchaînes de montagnes, et qui remplissent tout l'espace compris entre le seuil d'£l-Guisr et Péluse^ sont depuis longtemps fixées naturellement par diverses plantes qui s'y sont développées sous Tinfluence de Thumidité et de la chaleur. 11 n'y a donc que les dunes voisines du lac Tinuah qui aient besoin d être fixées artificiellement. Or la fixation des dunes est devenue aujourd'hui l'objet d'une industrie spéciale qui présente de grands avantages. Les montagnes de sable qui dé^ vastaient les landes de Bordeaux et s'avançaient cfaa-
que année dans l'iulérieur des terres, en les rendant «tériict f présentent aujourd'hui 1 aspect de magoifiqueft forêts de pins qui fournissent de l'essence de térebt'iiiliiiif, du fifoiulron, diverses espèces de résine et des bois de construction.
Ce changemeiit ou plutôt ce prodige a été obtenu par les moyens les plus simples. M. i'infi^énieur en chef Brémentier, à qui I on doit la fixaiioii des dunes» avait en effet remarqué , par une studieuse observation, qu'en creusant à la main le sommet des dunes les plus élevées, on trouvait à une profondeur de quelques centimètres le sable humide.
Frappé de ce fait, il comprit que la végétation devenait possible du moment où l'on parviendrait à empêcher le sable de se déplacer sous l'influence du vent. II imagina en conséquence divers moyens pour obtenir ce résultat, et ses efforts furent coturonnés d'un plein succès; car il fît sur plusieurs dunes des semis de pins maritimes qui sont aujoiurd hui des forêts magnifiques.
Après s'être assuré par une longue expérience des a van ta [j es (ju'on poiuTnit aUcndrc de la fixation des dunes, M. lUcmentier adressa au gouvernement de la république un mémoire dans lequel on trouve les évaluations suivantes :
ttLa surface des dunes qui touvicui. les landes » de Bordeaux étant de 337,000 journaux bor- » délais de 840 toises carrées, la dépense né*
AVAiNT-PROJET DU PERCEMENT DE LISTHME. 447
» cesAaire pour la fixation totale de ces dunes sera » de 8,000,000 livres. Or, un journal de dunes
» (0 hect., 33"* planté de pins en valeur donne un re- » venu annuel de 15 liv. Celui des 337,000 journaux n serait donc de 5,055^000 liv. On suppose ici que » le journal pknté en pins ne rapporte que 3 quin*- » taux de résine , et on peut en évaluer le prix à » 5 liv. le quintal; mais les plantations, au bout de » sept à huit ans, produiront une immense quanv> tité de combustibles, ensuite du clunbon , des » planches, des bois de construction, enfin du ^ou- » dron. Les pins, à la vérité, ne sont en bonne valeur » que vinfçt ou vin^t-cinq ans après leur plantation. » Ceptuiihint on aura cnt ore un intérêt de ii 1^2 » déduction faite de tous frais. »
Aujourd'hui on emploie des moyens encore plus simples pour fixer les dunes par des ensemence* ments, car on se contente le plus souveni de planter en quinconces des branches de genêts, de bruyères ou de pins sur la dune à ensemencer et de répandre à la volée diverses graines qu*on recouvre légèreoieut avec un râteau. C'est ce qu'on appelle semis avec aigrettes, La dépense d*un hectare est de 66 fr. 80 c.
Voici la dépense pour un semis avec aigrettes telle qu elle résulte des r^istres tenus par les ingcmcurî» chargés de ces travaux.
to.
Fourniture de 460 fegots à 2' 50" 1 1' 50*
16 kilos de (jiauics de pin .... 0 45 7' 20
2 — d ajoiic. ... 2 50 5' «
2 — de bruyère. . .0 25 » 50
6 — de foin. ... 0 10 » 60
iVlam d'œuvre ll'",90, d atelier a 22 10 4V 99
Dépense pour un liectare Qff 79*
La composition de Tatelier est :
1 chef à 2' n 2' y>
6 ouvriers.. . . 1 25 7 50
12 femmes. ... 0 75 9 »
6 enfaiiis, ... 0 60 3 60
Totol 22' lO-
A partir de la huitième année , on commence à
retirer l'intérêt du capital et les frais d'entretien qui sont presque nuls, par le combustible qu'on obtient en enlevant tout ce qui est de trop , puis en faisant
du cliaibon , etc., etc. A vinfift ans, on commence à tirer de la résine des arbres- à trente ans, les produits sont les plus abondants et persistent jusqu'à qiutre-vingts ans , où le bois est bon pour les constructions. Alors on fait de Mou\t au\ semis au fur et à mesure qu'on enlève les vieux arbres.
Le produit annuel d'un hectare de pins en résine récoltée est moyennement de 5 quintaux métriques, qui, à raison de 22 francs le quintal, donnent
AVANT-PROJET DU P£aC£M£NT DE L'ISTHME. U9
un revenu de 110 francs, et représentent au moins
70 du capital employé.
On voit par cet exposé que la Fixation des dunes est devenue une des opérations les plus productives de la sylviculture et offre aux capitaux un placement des plus avantageux.
Il s'agissait donc pour nous de savoir si les dunes qui couvrent la partie septentrionale de Fisthme peuvent être fixées par le même procétlé. — Or , nous avons reconnu : V* que la plus grande partie de ces dunes se trouvait naturellement fixée par une foule de plantes diverses qui ont i*encontré assez d'iiuiiiidité pour y croître; 2° que les dunes mobiles du bassin du lac Timsah recèlent de Thumidité à une très-petite profondeur au-dessous de leur surface. — On peut donc les fixer par des semis, et on a pour le faire Timmense quantité de broussailles et d arbustes qui existent dans les parties basses environnant le lac , et qui donnent à cette contrée l'aspect d'un bois taillis. Non-seulement on trouvera sur place assez de branches pour faire les semis par aigrettes; mais encore tout le combustible pour la chaux, pour les besoins des travailleurs, sera fourni abondamment.
11 est vrai qu'à 1 époque où nous avons &it nos observations (janvier 1855) des pluies assez abondantes avaient récemment humecté le sol; 1 on pourrait ainsi douter de la réussite des semis qui seraient
dépourvu» d*buinidité pendant le reste de Tannée;
mais qui emprclie pour faire ces semis de choisir la saison humide? t'iie iois la (^niine levée, Viiumidité abondante qui se hit sentir dans cette ré- |];ion, surtout pendant les nuits d*élé, suffira pour entretenir la vé{)étation, connue on le voit pour les dunes naturellement fixées. — Enfin , pour écarter toutes les objections, le canal d*eau douce qui viendra aboutir au lac Timsab fournira, s'il est nécessaire, le$ moyens d'entretenir, pendant les premiers temps des semis , rbumidité suffisante au succès dt Tentreprise.
Il n V a tloiu' nul (k)utc poi>il)le sur la réussite qu obtiendra la fixation des dunes mobiles , ni sur les avantages pécuniaires qui en résulteront; car 1* pin maritime vient très-bien en Ë{;ypte, et Ion pourra trouver en outre d'autres essences dari>m encore plus productives. Les frais d'ensemencement seront moindres qu'en France , à cause du bas prix de la main-d'œuvre, et les bénéfices seront plus considérables et plus vite obtenus, à cause du climat plus cbaud et de la consommation sur place de tous les produits qui manquent aujourd'hui et qu*on est oblif|é de faire venir de loin.
ISous estimons (jue la surface des dunes à fixer dans cette partie de Tistbme est de 2,0ÛÛ hectares environ , mais si Ton voulait fiiire des semis et repiquages sur toutes les dunes déjà naturellement fixées.
AVÂNT-PROJET DU PERCEMENT DE L'ISTUBIE. 4S4 on formerait de cette manière plus de 100,000 hectares de forets. C'est à la Compagnie de voir quciie est l'étendue qu il lui conviendra de mettre ainsi en culture forestière. On a fait une dernière objection contre le canal en prcteiidant que la iLivi|jafîon à vapeur, par i agitation , qu'elle produit, détruirait promptement les rives du canal, rives formées dans un terrain mobile et qui viendraient remplir la cuvette.
Pour parer à cet inconvénient, qui serait en effet à craindre, nous avons adopté des talus très-doux
(2" de base sur 1" de hauteur"); puis nous avons revêtu ces talus d un eiiroclieinent sur toute la hauteur où lagilation produite par le passage des navires à vapeur pourrait se faire sentir. Nous avons pour nous l'exemple du canal Calédonien ainsi garni d enrochements formés avec de petits maté* riaux. Voici ce que dit M. Flacbat dans la description qu'il donne de ce canal, d'après les rapports des commissaires de la Chambre des communes :
« La navigation à vapeur mérite surtout de lixer 1» Tattention. Difficile, peut-être même impraticable " sur les canaux ordinaires, où elle cause une ajpta- » lion qui détruit rapidement les berges, elle est » organisée sur le canal Calédonien et n'y présent» » que des avanta(]^es, avec une vitesse de 11,000 à >i 12,0(10 iiudes à l'heure. 1 eut ce qu'on a olwi vé, i> c'est un clapotage général et qui n'est pas plus fort
m DOCUMENTS.
9 que celui produit par un vent assez fa&le, La seule » pn t .uuiuii qiH' l on ait prise a été de ramasser sur y> les berges et les remblais tous les gros cailloux 9 dont le terFain est rempli , et d'en couvrir sur un » pied de hauteur, au-dessous de la li^e d*eau, les 1» parties desber(}es qui, par suite de la composition » trop grossière du sol , s ébranleraient trop facilew ment par Tajj^itation des vagues. Dans tous les ter- » rains où le sable est en bonne proportion , Oii n'a r> rien eu à faire. »
Enfin f on a prétendu que le gouvernement de la Grande-Bretagne , obéissant à un prc>jupc national, entraverait le percement de l'isthme s'il venait à s exécuter 9 et que les capitalistes anglais empêcheraient les fonds de se diriger sur cette entreprise. L'avenir seul pourra dire ce qu'il y a de vrai dans cette asseriion. Nous ue concevrions pas toutefois l'opposition du gouvernement d'ime grande nation à un projet sur lequel les Anglais surtout ont at* tiré dans ces dnitit rs tenijis 1 atuiuioii du monde commercial et de leur propre gouvernement, par les avantages spéciaux qu'il offre à Tikngleterre. Nous avons déjà signalé les écrits du voyageur Bruce et du capitaine Uooke. iNous allons citer d'autres noms.
MM. Vetch, capitaine au corps royal du génie, et Clarkson , infjénieur civil , proposent de tracer le €:anal suivant une seule ligne droite de Suez à
Tinéh; leur projet na d'autre toi L l^uc d'ctre trop en ligne droite, car ils n ont pas tenu compte des chaînes de dunes qu il y aurait à couper.
Le rédacteur du Journal des ingénieurs et des archtivdcs (année 1844), en rendant compte du travail de ces ingénieurs, modifie ce tracé de la manière suivante. 11 adopte lancîenne ligne jusqu'aux lacs Amers, et de la tête de ces lacs à Katiech, il se dirige sur la Méditerranée eu passant par le grand lac Subak-el-Bardoil , ou mieux allant directement de la mer Rouge à ce lac. L auteur de Tardcle y trouve les avantages suivants. :
1° On évite le sol cultivé d'Egypte;
2* On forme un rempart naturel à ce pays;
3* Les résultats de l'inondation du Nil ne sont plus à craindre, en même temps qu'on se ménage une meilleure entrée dans la Méditerranée et un très-beau bassin dans Tintérieur du lac même. Enfin on évite les dunes et les tcM raius sablonneux. Il ajoute : 11 est à peine raisonnable de compter sur « une union des puissances européennes pour ef- » fectuer une entreprise dans laquelle TAngleterre » a un si prépondérant intérêt sous le point de vue » de notre domination dans les Indes. Il est vrai que « toutes les nations qui bordent la Méditerranée y » trouveront un large bénéfice , mais de beaucoup » cependant inférieur au nôtre, n
Le journal Foreign Qmrterly Itevteio, un des écrits
IIÎ4 DOCUMENTS.
périodiques les plus estimés de rAngleterre, dans
un <le iscs articles ou il traite de La coupure de Fisthnie, dit que la dépense comparée avec la gran-* deur du résultat est si minime» qu*on s'étonne de ce q ue la chose n*ait pas encore été faite, soit par une compagnie , soil par le vice<roi. Let> avanta^^es de cette entreprise seraient immenses : car indépendamment du grand commerce qui s'y ferait, indépendamment tie 1 uuvi t Un e de l'Abyssinie et de I intérieur de TAirique aux arts et à la civilisation, la mer Rouge abonde en richesses naturelles, et les pécheurs de la Méditerranée sy transporteraient en foule à la recherche des perles, nacres de perles, écailles de tortue, des éponges les plus fines du monde, du eerail, des huiles de poisson , etc., etc.
Voici ce que dit M. Anderson dans sa brochure déjà citée ; te Au point de vue politique, les avan* « tages que le gouvernement anglais retirera du n canal sont presque incalculables. De Malte, les » troupes peuvent être tiaiisportées à Bombay en n trois semaines, à Ceylau, à Madras en quatre * semaines, et à Calcutta en trente^inq jours au V plus, au lieu de quatre ou cinq mois qu il faut n aujourd'hui avec un navire à voiles. — Dans de » telles conditions» il iaudrait à peine la moitié n des troupes anglaises actuelles pour gouverner le* 9 Indes avec sécurité. La facilité d'envoyer des bâtî- » ments de guerre, des munilious ei des soldats ac-
AYÂNT-PROJET DU P£RCEM£MT DE L'ISTHME. 4ô&
« croîtrait aussi la stabilité de la puissance anglaise»
w tandis (|uc les frais seraient coiisiticrablement di- D minués.
n Sous le rapport commercial^ les avantages « seraient encore plus considérables : en effet, Tlnde n anglaise contieiu une population de 150 millions
• de sujets en y comprenant les pays tributaires et t» ses alliés. La Chine ne renferme pas moins de
* 350 millions il liaLitanb , .^iii.s j^arler des autres n contrées si riches et si populeuses de TOrient. — » Supposons que, par suite des progrès et du déve- » loppement du commerce, chaque Indien et Chi* n nois au^nieutc sa dépense en ac liats dv produits » anglais dlun shilling ; cette seule modification , si i> insignifiante qu'elle paraisse, augmenterait lechiffre » des exportations de 26 millions de liv. sterl. Or , n n'est-il pas évident que l'ouverture du cauai mari<- » time facilitera grandement les relations comm«r- » eiales et tendra à abaisser les prix de toutes les » mardi and ises? Les 500 miliiuus d ànies qui peu- » pleut les Indes et la Chine sont encore dans Tigno- 9 rance et la superstition; avec U navigation à va- » peur, qui se développera au-dessus de toute idée n par l'ouverture du canal , ces peuples mis en n conomunicatioii journalière avec les idées euro- » péennes, entreront peu à peu dans le couvant de s» la science et de la civilisation. »
Nous terminerons ces citations par Textrait d un
travail très-remarquable publié dans le Papers for tke people y et inséré dam la Retme Britannique (ttîvrier 1852 V et dans lequel le percement de risthme de 6uez est regardé comme la seule solution pratique du maintien de la puissance anglaise dans les Indes. I^ous y lisons : « Si , malgré le con- « cours de plusieurs rirroiistances adverses, nous 9 comptons Icriucuient que notre pays saura eiiec- « tuer Tunion des deux mers, c'est parce que cette V mesure deviendra bientôt impérieusement néces- » sairc au maintien dv. notre empire. » Et ailleurs : tt Toutes les nations trouveraient un avantage im- 1» raense dans la création d'une route nouvelle ou- « verte à la navigation. On a même sérieusement » allégué cet avantage évident offert aux États eu* » ropéens plus rapprochés de TAfrique, comme un n argument propre à détourner TAngleterre d'une î) entreprise dont le résultat serait problcniatique. » ^ous reU'OUvons ici 1 une des vieilles défiances » de cette théorie usée» misérable tissu d erreurs , y> qui prétendait enseigner qu'un peuple n'est riche D et florissant qii aulant que ses voisins sont indi- )' gents et malheureux. 8ans doute les contrées de » l'Europe les plus voisines de TOrient retireront 1» de l'ouverture de l'isthme de Suez un bénéfice « considérable; mais notre égoïsme doit y trouver » un motif de satisfaction, car il ne peut ignorer D que le développement du commerce » quels que
» soient les moycfis employés , Hnit toujoui^ par 9 procurer la meilleure part des profits aux capi- » taux les plus intelligents et les plus nombreux. »
Nous croyons avoir surabondamment prouvé la possibilité d'exécution du canal maritime avec ses deux entrées, l'une par la Méditerranée, l'autre par la mer Bouge, et son port intérieur au lac Tîmsah. Les facilités et les avantages qu'il offre au commerce et à la navigation ainsi qu a l' Egypte ne peu* vent plus être lobjet d'im doute , et nous dirons avec Fauteur du Mémoire sur le canal de Niearor
gua : « C^iie l'on son^je aux effets presque miiacu- 9 leux que produirait le passa{;;e annuel à travers » ce beau pays, de 2 à 3,000 bâtiments qui échan- ' » géraient leurs produits contre ceux de TOrient, » et feraient circuler partout la vie et la richesse. » On peut se figiuwr ces rives, aujourd*bui soli- « taires, peuplées de villes et de villages; ces lacs, » aujourd'hui mornes et silencieux , sillonnés de » navires; ces terres incultes fertilisées , et le canal » intérieur portant au cœur du pays les bienfaits » de la civilisation. »
I! ne nous reste plus qu'à entrer dans les considémtions financières et économiques de l'entreprise; mais avant d*aborder cette question, il est néces^ saire de compléter Texposition du projet, en décrivant le canal de communication et d'irnp[ation qui reliera lintérieur de l'Égypte au canal maritime.
m DOGOMENTS.
Il faut que ce canal satisfasse à trois conditions :
Il doit prcsrntrr une assez {grande section pour aiimeltrc kt» JDaixjues et les bateaux à vapeur qui naviguent sur le Nil » afin qu'on puisse aboutir de tous les points de rÉf>;vpte jusqu'au port intérieur sans passer par Ic^ finlxirraâ d uu iiiinsbordement. Le volume d'eau à lournir à ce canal doit être assez considérable pour que^ les dépenses improductives d cvaporatîon, d*infiltration et de passa[;e aux écluses étant laites, il reste encore assez d'eau pour FirrigaUon de 100,000 feddans (40,000 hectares) pendant rblver, et de 60,000 feddans (24,000 hectares) pendaiil Vclc. Enfin le niviau des eaux tloit être maintenu à la hauteur la plus favorable pour 1 irrigation naturelle des immenses terrains qui se trouvent dans Tisthme, et qui restent stériles faute d*eau.
Pour haiisfaire à ces conditions, on peut établir la prise d'eau du canal d'alimentation et d'irrigation un peu au-dessus de Boulac à Easr-el-iNil, où est remboochure du Kalidj-Iafraniah , qui va se confontlre au nord du Caire avec le Kalidj-Manicb, laDclea canal de Trajan et d'Amrou. Ce canal a été • en partie recreusé par Mobammed-Ali sur les dimen* sions à peu près voulues pour le nouveau canal jusqu'à Tell-el-Ioudich. En suivant ce tracé on obtient déjà une grande économie. Plus loin le canal a été également creusé jusqu'à Belbeïs sur de plus petites dimensions. Mais afin de maintenir les eaux
ÀVÂNT-PROJBT DU PERCEMENT DE LISTHUE. 160
à une hauteur convenable , on fait passer le canal un peu plus à Test en dehors des terres cultivées, ce qui permettra de faire arroser et féconder pâr la Compa^piie les terrains riverains aujourd'hui Ittcultes. Le canal se dirîjje ensuite au nord just|u a Ras-el-Ouadé (tête de la vallée), le Pi-Toum de la Bible. Cette dérivation existe sur de petites dîmen* sions; sur plusieurs parties de son parcours elle pourra être utilisée. Il n'y aura pas de grandes dépenses à faire pour compléter la ligne jusqu'au lac Timsah; on rendra ainsi la vie au Caire en travers sant cette ville par une voie navigable dont elle est dépourvue aujoiud'liui. Il serait alors nécessaire pendant Fétiage d'élever les eaux du Nil à une hauteur de trois mètres au moyen de pompes à va* peur de la force de 500 chevaux, et loreque le barrage sera terminé, comme ii. A, Mohammed-Saïd- Pacha a le projet de le faire, le remous donnera plus de facilités, avec une moindre puissance de vapeur, pour rintroduction des eaux tUi iSil dans le canal pendant les six mois de i etiage.
Nous avons fixé la largeur du canal à 25"* mesurés à la lifrne d*eau à Tépoque de l'inondation. Cette largeur est sulâsantc pour que deux bateaux à vapeur puissent passer sans se gêner dans leur rencontre. On pourra dailleurs ménager des gares d'évitem^t aux abords des écluses , si cela devient nécessaire par la suite.
La profondeur du plafond du canal au-dessous des terrains naturels dans la première partie du premier bief, jiisquau uovd dt^ Tell-el-luuciicii, est de 7*^, c'est-à-dire au niveau des étiages, et à la cote de 14"" au-dessus du niveau des basses mers de la Méditerranée. La pente du canal a été fixée à 0,03 pour 1,0UU ahu davuir une vitesse qui ne dépassera pas 0~,65 par seconde , et ne détruira pas les berges du canal. Cette disposition permet de fournir par ce canal, pendant les hautes eaux de la crue, pour l'inondation des terres , un volume d'eau par seconde de 40 à 50 mètres cubes, ou 3,500,000 à 4,000,000"°" par jour. L'inondation devant être faite pendant cent jours au maximum, et chaque feddan de terre devant avoir une quantité d*eau de 8,400*"% c est-à-dire par mètre carré 2 mètres d*eau , on pourra alors inonder dans les cent jours 47,600 feddans; on donue cette quantité d'eau pour laver les terres et y apporter les dépôts du fleuve ou le limon, engrais du sol égyptien. Mais lorsque les terrains que la Corapaf»nic uu tua en culture seront ainsi déirichés par deux ou trois grands lavages d'inondation, on aura une quantité d*eau disponible plus considérable, et le nombre des feddans à cultiver pourra être aurymcnté.
Les terrains sont ensemences et cultivés de deux manières : premièrement, par inondation, comme nous venons de le dire; ensuite par arrosage pai^
dant la seconde partie de Tannée y c est-à-dire pendant rétîage. Alors , pour avoir suffisamment d*eau
par le canal , dont la prise d'eau est au-dessous de l'ctiage actuel, on emploiera les machines à vapeur ou le remous du barrage.
Afin d*avoir pour les cultures d*été un volume ci eau qui suffise a l ii ii^aùou de GO, 000 fcddans (24,000 hectares), aux évaporations et aux dernières écluses du lac Timsah , il faudra par jour 1,200,000^
Pour le passage des écluses dont les dimensions sont :
Long;ueur 54,00
Largeur 12,00
Chute moyenne 3,00
il faut compter 40 éclusées par jour»
et par conséquent 80»000
Pour révaporation, les infiltrations et autres pertes , on admet 15 7» àu. voltmie utile y c est-à-dire. 132,000
Tolal du volume d*eau à fournir par jour 1,412,000"'
La hauteur de Feau à élever étant de ^'^^OO, et le produit d*une pompe de la force d*un cheval,
de 60 litres par seconde pour 1™ de hauteur, ou trouve que des pompes de 54G chevaux donneront la quantité voulue.
Jt
m DOCUMENTS.
Nous établissons donc des pompes à vapeur de 546 chevaux de force à la tête du canal, ainsi qu un
barraffe écliisé avec portes dans les deux sens, afin de le préserver des grandes crues du Nil et de conserver les eaux du canal à 1 époque de 1 etiage du fleuve. De cette manière la Compafi^nie pourra ensemencer 100,000 leddans dont (>0,lKK) par arrosage, ce qui donnera les plus riches produits.
Le canal suit le cours du Zafraneh jusqu à Tellel-Youdich, où se trouve une écluse de 2", 50 de chute, puis il iais.se cet ancien cours d'eau à gauche jusqu'à Ras-eUOuadé. — Dans cet intervalle se trouvent trois autres écluses.
A jiartir du Ras-rl ( )iiadc, le canal est tracé de ninnicre à se maÎDlenir le plus haut possible, et à éviter les dunes qui occupent toute la vallée et marchent constamment du S. au N. ; toutes ces dunes devront par conséquent être fixées par des semis, et leur surface peut être évaluée approxima* tî?ement à 50,000 hectares. La vallée nommée Ouadé-Toumîlat comprend deux parties bien distincteii : la première, depuis Abassieh en allant à i*E. jusquau Ras-el-Ouadé , est parfaitement cultivée; Tautre depuis ce point jusquau lac Timsah est couverte d'arbustes qui, en attdidant qu'on la mette en culture , fourniront un excellent combustible pour la fabrication de la chaux et des briques , ainsi que pour les beisoins des travailleurs. Aujour-
AVANT-PROJET D0 PERCEMENT DE L'ISTHUE. 163 d'huî les eaux du Nil, pendant les inondations, se répandent naturellement jusqu'à la moitié de la distance du Has-el-Ouadé au lac Timsah. Le bief de Ras-el'Ouadé s*étend le lon^^ de la vallée avec la cote de 7"", 00, et il aboutit au lac Timsali par une double écluse formant ensemble une cbute de 7'",00,
En amont de cette écluse se trouvent une rigole d'irri(jation se diri^reant sur Suez et une conduite d'eau du système Gharmeroi qui va sur Péluse, de manière que, dans toute l'étendue de Tisthme, on aura de Teau en abondance pour les besoins des travailleurs. La rijjole d'irri^^; ation, de 2(1 mètres de largeur, présente une lon^jucur de 87,000 mètres et une pente par kilomètre de 0'',04; ce qui for-' mera une différence de niveau de 3'',48.
Ainsi, à Suez, la cote d'eau de la rigole sera 7*,00 — 3,48=3,52. I-a profondeur du canal étant 1*^,50, on voit que le plafond sera à â",Ûi audessus du niveau des basses mers et à peu près au niveau des hautes marées. 11 n'y aura donc pas à craindre l'infiltration de l'eau salée.
La section de la rigole ainsi déterminée régnera sur un tiers de la long^ueur , mais sa largeur sera réduite à 15 mètres sur le second tiei-s et à 10 mètres sur le dernier tiers, La rigole de Suez suit la direction et même le lit de Tancien canal jusqu'à Serapcum, point culminant du seuil de ce nom; ensuite
elle laisse l'ancien canal à l'est pour éviter les sables ,
passe dans uDe plaine solide, va contourner le grand
bassin de Tisthrae, ariivc à la partie la plus étroite, et continue dans la plaine à une hauteur suf fisante pour ne pas faire passer Teau douce dans des terraim bas et salants.
Si du côté de Péluse on a adopté une conduite d'eau au lieu d*une rigole à découvert, c'est pour arriver plus vite à fournir de Teau douce sur toute la lon{];ueur du canal maritime, et parce que les cultures du côté de Péluse ne commenceront qu'après celles de Suez. Enfin , les tuyaux y lorsqu'ils seront remplacés plus tard par une rigole, serviront à fonner une bonne distrilniiiou d eau dans la ville qui s élèvera au port Timsaii.
Les avantages de l'entreprise sont maintenant démontrés. Il n en est pas de même à Tégard des revenus qu'elle pourra donner aux actionnaires. Le doute est répandu dans le monde financier par suite des estimations si diverses faites par les ingénieurs, tant sur la dépense que sur les revenus présumés. Nous avons donc dirigé plus particulièrement nos recherches sur le point capital de la question, ayant soin de nous prémunir contre toute espèce d*exagération, afin d'arriver à des résultats exacts, consciencieux et à des chiffres qui fussent aussi près que possible de la vérité.
Cest le résultat de ces recherches que nous allons présenter dans cette dernière partie de notre travail.