‹ Percy (Pierre-Franc̦ois) le baronChapitre 4 sur 17 · DE L'ÊTRE VIVANT · texte numérisé non relu

DE L'ÊTRE VIVANT

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FAIR 4 (Pierre-François) Le Baron

28 Octobre 1754 - 18 Février 1825.

Inspecteur Général du Service de Santé militaire, Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, Membre de l’Académie Royale de Médecine.

à Membre de l'Institut

PERCY (Pierre- FRANÇOIS) naquit à Montagney, arrondissement de Gray, dans la Haute-Saône, le 28 octobre 1754. Son père était un ancien Chirurgien major de régiment, qui n'ayant pas trouvé dans l'Armée toutes les satisfactions qu'il désirait, s'était retiré dans ses foyers. Il avait conçu pour son ancienne profession une telle aversion, qu'il répétait sans cesse que si son fils devait faire la Chirurgie militaire, il aimait mieux lui ôter la vie.

Percy reçut dans sa famille une éducation extrêmement soignée, qui développa chez lui des dispositions peu communes pour l'étude. Il fut placé de très bonne heure au Collège de Besançon, où il se fit remarquer par de très brillants succès ; tous les ans par exemple, il méritait les premiers prix de sa classe et était considéré comme un excellent élève. Afin de donner satisfaction à son père, il suivit les cours de mathématiques pour entrer, si l'on en croit Laurent, dans le Génie militaire, ou, suivant le Baron Silvestre, dans le Corps royal de l’Artillerie. Néanmoins, attiré par une vocation irrésistible vers la Chirurgie, il commença à apprendre l'Anatomie, à l'insu de son père, et lui demanda l'autorisation de se faire inscrire à la Faculté de Médecine de Besançon. En raison du travail assidu de son fils, le Docteur Percy se rendit à ses désirs; le nouvel étudiant fit alors des progrès si rapides qu'il mérita bientôt d'être nommé Prévôt de salle et de contribuer à l'enseignement. Il obtint, au concours, les prix de la Faculté, soutint de la façon la plus brillante ses examens médicaux, de sorte que pour le récompenser ses maîtres décidèrent qu'il lui serait fait une

remise sur le versement de sa scolarité, ce qui en diminuaiït consi- dérablement les frais.

En 1775, à 21 ans, Percy fut reçu Docteur en Médecine par la Faculté de Besançon. Il était encore trop jeune pour se livrer à la clientèle : il décida de se rendre à Paris pour perfectionner ses connaissances professionnelles auprès des Chirurgiens les plus connus. Il se présenta à Louis, Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Chirurgie, qui le reçut avec la plus grande amabilité, l'accepta à ses cours et bientôt l'admit dans son intimité. Il lui voua une amitié fidèle qui fut un profond réconfort pour le jeune Percy. Malheureusement celui-ci n'avait aucune fortune et il dût se faire nommer, en 1776, comme Aide-major, à la Compagnie écossaise de la Petite Gendarmerie, à Lunéville. Il continua à travailler dans cette garnison et publia deux pamphlets scientifiques : le premier était écrit pour protester contre les pilules dites Grains de vie, fabriquées par un Médecin du pays; l’autre était une critique un peu vive, contre un traité médiocre sur /'Arl des accouchements, traité qui avait procuré à son auteur une situation . très enviée dans la Chirurgie militaire. Ces deux ouvrages attirèrent à Percy, à la fois, beaucoup de louanges, beaucoup d'ennuis et un profond ressentiment de la part des auteurs critiqués.

Silvestre nous fait connaître qu'à cette époque, Percy donna une preuve de générosité et de vénération pour les savants, qui fut des plus louabies : « Le célèbre Lafosse, auteur du Cours d'hippiatrique, ruiné en France par diverses causes, et surtout par l'impression de ce grand ouvrage, avait été chercher fortune en Russie, où il avait été appelé par le Gouvernement ; mais, n'ayant pu réussir, et ayant consommé tout ce qu'il avait emporté avec lui, il revint en France. Il arriva à Nancy, dénué de tout moyen d'existence, et s'adressa à Percy, qui pénétré d'estime pour ses utiles travaux, lui fournit tous les secours nécessaires, et, bientôt après, lui fit obtenir une place de vétérinaire dans la Gendarmerie. Ce bienfait ne fut pas perdu, car Percy prit, auprès de Lafosse, des connaissances approfondies d'Anatomie comparée et de Medecine vétérinaire. »

En 1779, Percy présenta à la Société royale de Médecine, une culotte antiherniaire qu'il avait inventée et expérimentée dans le corps de Gendarmerie auquel il était attaché. Cette culotte était une modification heureuse du bandage herniaire double : il avait placé et fixé sous la couture de la ceinture, vis-à-vis des anneaux des muscles grands obliques, deux pelottes saillantes et assez épaisses qui remplissaient ce vide triangulaire que laisse, sous la culotte, le pli inguinal de chaque côté.

C'est à peu près à cette même époque, qu'il fit paraître un mémoire sur l'usage du sel ou fiel de verre, dans certaines maladies des animaux domestiques. Ce travail purement vétérinaire, était inspiré par Lafosse:

En 1780, Percy adressa à la Société royale de Médecine un mémoire sur le traitement des bubons vénériens ulcérés, par le quinquina, et sur les bons résultats ainsi obtenus. Il administrait chaque jour à ses malades, trois ou quatre gros de poudre de quinquina et obtenait ainsi aisément la cicatrisation de l’ulcère. Il publia aussi, une observation de cancer de la face, consécutif à un coryza négligé.

Percy, au cours de cette même année, étudia une épidémie qui ravageait la France : il en consigna les caractères dans un mémoire qu'il envoya à la Société de Médecine de Paris. Il dé montra que les saignées et le traitement antiphlogistique, ne produisaient aucune amélioration et aggravaient même la maladie. Il obtint les meilleurs résultats par l'emploi des purgatifs, soit en boisson, soit en lavements.

En juillet 1782, Percy fut nommé Chirurgien major et attaché au Régiment de Berry, cavalerie, en garnison à Béthune. A peine arrivé dans cette ville, il en étudia la topographie locale. Il fit en même temps des recherches sur le traitement des maladies vénériennes, qui lui valurent une médaille en or de l'Académie de Chirurgie, le 1 mai 1785.

Le 21 janvier 1784, Percy envoya à l'Académie de Chirurgie un mémoire indiquant un nouveau procédé de traitement de la

gonorrhée par la saignée locale. Louis, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie, lui écrivit le 11 février 1784 :

« Votre Mémoire sur la saignée de la veine honteuse, dans la gonorrhée, est très bien fait. Je le lirai avant son ordre de date, pour voir ce que l'Académie en pensera. Vous êtes au-dessus d’une petite médaille ; je vous proposerai pour Correspondant et j'aurai grand plaisir de vous en expédier les lettres. Je vous prie de croire qu'il n'y a personne qui fasse plus de cas que moi de vos talents: L'amour de l'Art que vous cultivez avec succès, doit vous conduire à la plus grande considération, et à ce qu'elle peut produire, quand on en use avec dextérité et bonheur. Des exemples multipliés ne prouvant que trop que le mérite n’est pas toujours récompensé, la réputation que des ignorants parviennent à se faire, découragerait beaucoup si l'on cherchait dans la vertu une plus grande satisfaction que sa possession. »

« Je suis avec la plus parfaite, etc. Louis. »

En 1783, Percy créa un procédé opératoire pour l'enlèvement des loupes ; l'Académie de Chirurgie l'approuva et Choppart, dans ses leçons, le recommanda chaleureusement.

En 1784, l'Académie de Chirurgie décida de modifier la liste des instruments employés en Chirurgie et d'en diminuer autant que possible le nombre. Elle choisit, comme |‘ sujet du concours les Ciseaux à incision. Elle demandait aux concurrents de rapporter «en quels cas les ciseaux, don la pratique Sulgaire a tant abusé, peu- Vent êfre conservés dans l'exercice de l'Art; quelles en sont les formes Variées, relatives à différents procédés opératoires ; quelles sont les raisons de préférer ces instruments à d'autres, qui peuvent également diviser la continuité des parties, et quelles sont les diverses méthodes d'en faire usage ? » Percy présenta un Mémoire qui fut couronné et imprimé aux frais de l’Académie. Il voulait faire hommage à son père de cette récompense; malheureusement, celui-ci mourut avant l'attribution du prix. Aussi, Percy, en tête de son ouvrage imprimé, fit graver une estampe « dans laquelle il est représenté pleurant sur le tombeau de son père, et y déposant son laurier académique, avec cette inscription touchante : 6 mon père, ce succès était une consolation que Vous préparait encore votre fils. Hélas, ce n'est plus à présent qu'une fleur qu'il jette sur Votre tombeau. » (Laurent).

C'est au sujet de ce concours que Louis écrivait à Percy :

“Aus

Delaplace pla +

Lestdéer Leccis seuls

Fig. 33.:— Le Baron PERCY.

Tableau de Delaplace Gravure de Lestudier Lacour.

Reproduction interdite.

… Ambroïse Térces Direxite.

Fig 1341 eSBarontPERCYE

Dessin et gravure d'Ambroise Tardieu.

Reproduction interdite.

« Paris, le 23 mai 1785.

« IF s'est tenu hier, Monsieur, une Assemblée pour juger les Mémoires adressés à l'Académie royale de Chirurgie pour les prix de cette année. La médaille de 500 livres a été accordée d'une voix unanime et par acclamation, sans scrutin, au Mémoire n° 9. J'ai vu, à l'ouverture du billet cacheté, que vous en étiez l’auteur, et ma joie a été double. Mon estime pour l'ouvrage s'est augmentée par l'amitié que je porte à l’auteur. Votre Mémoire, envoyé à Versailles pour être lu par MM. les Premiers Chirurgiens du Roi, Présidents et Vice-Présidents, l’un comme titulaire, l’autre comme survivancier, a eu leur suffrage, et ils l'ont témoigné par écrit de la manière la plus honorable. Je vous préviens que, certain de son succès, je l'ai fait imprimer, afin de pouvoir l’annoncer à la Séance publique, comme un modèle pour tous les autres sujets de la matière instrumentale. »

En 1784, le 11 février, le même Louis écrivait à Percy, lui laissant entrevoir qu'il était considéré, comme devant lui succéder plus tard à l'Académie de Chirurgie :

« Enfin, j'ai de vos nouvelles, très cher et féal... Ici tout va de mal en pis. La plus grande insouciance du plus grand nombre : la plus grande insolence de la part des demi-instruits, que la rage de la jalousie consume, il faut tenir encore quelque temps pour produire des travaux essentiels qui, après les avoir accablés de leur poids, les mettent dans l'impuissance de regimber. Alors je les laisserai à leur malheureux sort, et ce sera une jouissance pour moi d'être délivré du pénible soin de soutenir l'honneur d'un corps, qui n'en jouit qu'avec la plus affreuse ingratitude pour celui qui le lui procure exclusivement, j'ose le dire. La vilaine et abominable race. Je prends part à vos succès ; continuez à faire de bien en mieux. Je Voudrais bien Vous laisser ma succession ; je n'ai que Vous en Vue... Je vous embrasse de tout mon cœur. Louis. »

En 1785, l Académie de Chirurgie ouvrait un nouveau concours sur la question suivante : Quelles sont les différentes constructions des bislouris, et les raisons de leur Sariélé suivant les cas particuliers où il convient d'en faire usage ; de quelles corrections ou perfections ils seraient susceptibles ef quelle est la méthode de s'en servir ? Un Mémoire envoyé par Percy obtint encore la médaille.

En 1787, le concours chirurgical de l'Académie avait pour sujet : « restreindre le nombre des instruments imaginés pour extraire les corps étrangers des plaies, ef spécialement de celles qui sont faites par les armes à feu; apprécier ceux dont l'utilité est indispensable suivant la différence des cas, eF poser les règles de Hbéorie et de pratique qui

doivent diriger dans leur usage ». Percy écrivit un important Mémoire auquel fut attribué le prix. Il fut édité en 1792, plus tard, chez Méquignon, à Paris, sous le nom de Manuel du Chirurgien d'Armée. Dans un avis au public, l'éditeur écrit : « Cet utile et recommandable ouvrage de M. Percy ne verrait pourtant pas encore le jour pour nous, malgré l'urgente nécessité de sa publicité, sans le concours de plusieurs circonstances qu'il importe fort peu au lecteur de connaître. Ce qu'il ne faut pas lui laisser ignorer, c'est qu'il en existe une traduction allemande imprimée à Strasbourg depuis peu, et faite par M. Lauth, savant et célèbre Professeur de Médecine et Anatomie en l'Université de cette ville, sur le manuscrit de l’auteur ; c'est que cette traduction a eu le plus grand succès en Allemagne, et a été promptement répandue parmi les Chirurgiens des Armées du Nord; .....on peut avancer que cet ouvrage manquait à la Chirurgie militaire. »

C'est à cette époque même, que la Russie demanda à Louis de choisir un Chirurgien français pour remplir les fonctions de Chirurgien en chef de l'Armée russe, sous le commandement du Prince Potemkin, avec un traitement considérable. Louis demanda à Percy s'il désirait être désigné pour cette situation. Celui-ci répondit : « qu'il n'irait pas chercher la fortune à travers les glaces du Nord et les malheurs d'une guerre barbare; vos bontés, mon cher Maître, m'en promettent une qui satisfait bien mieux mon cœur, puisque je peux servir utilement ma patrie, et jouir sous un ciel riant du fruit de vos bienfaits. Pourquoi irais-je dans une terre étrangère, loin des miens et de mon cher protecteur, posséder des honneurs et des richesses, que je n’ambitionnerai jamais ? Je reste pour vous chérir, pour mériter vos bontés, pour vous parler sans cesse de ma reconnaissance, et pour parcourir le plus honorable. ment possible la carrière que votre amitié s'apprête à m'offrir. »

Percy étudia les Æÿs/es hÿdatiques et la grossesse bÿdatique. I utilisa un procédé recommandé autrefois par Aetius, consistant à injecter de l'eau de mer, d'abord pure, puis ensuite mélangée avec du vinaigre. Ce Mémoire envoyé à l'Académie de Chirurgie eut le plus grand succès et fut proposé pour le Prix d'Emulation

sur les accouchements ; mais le concours n'eut pas lieu. Aussi, pour dédommager Percy, l'Académie lui accorda une médaille d'or et le titre d'Associé que M. Andouillé lui notifia dans la lettre suivante :

« Saint-Cloud, le 1° juin 1788.

« Monsieur, en proposant à l'Académie royale de Chirurgie de vous admettre au nombre de ses Associés, mon intention a été de vous donner une preuve des sentiments d'estime que j'ai conçus pour vous, et que vos talents m'ont inspirés. J'ai été très satisfait de l'empressement avec lequel cette Compagnie est entrée dans mes vues. Je vous engage à lui faire part des découvertes et observations intéressantes que votre pratique pourra fournir, et je vous prie d'être assuré qu'en toutes occasions je me ferai un vrai plaisir de vous. donner des preuves de ma considération très distinguée. »

Percy prit part au concours ouvert en 1789, sur l'allaitement artificiel des nouVeaux-nés et obtint une médaille en or de la Société royale de Médecine, qui avait établi le concours. Dans ce Mémoire, Percy préconise l’eau de blé. Il raconte comment il est arrivé à cette conception :

« Il est à Lunéville, une bonne veuve appelée Lapierre, qui depuis 30 ans, ne fait d'autre métier que de nourrir les enfants, d'en sevrer et d'en garder, et qui dans cette triple fonction s'est acquis une confiance qui va jusqu'à la vénération. Cette femme emploie tout simplement l'infusion de blé : et lorsque j'en fis la connaissance, elle avait chez elle le fils de M. de Gastel, et la fille d'un marchand, qui élevés avec cette seule infusion, depuis leur naissance, jouissaient de la plus belle santé. »

Après divers essais, Percy adopta ces procédés en les modifiant légèrement par l'addition de quelques légumes : carottes,

navets, ainsi qu'une petite quantité de jaune d'œuf.

En 1789, il adressa, au Directoire des Hôpitaux, deux Mémoires : |° L'un sur l'iresse qu'il traitait en faisant avaler au patient une grande quantité d'eau tiède contenant de l'huile ou du beurre fondu, et provoquait des vomissements, en faisant pénétrer dans l'æsophage une plume imbibée d'huile. — 2° L'autre sur l’emploi d'un gorgeret fislulaire en bois kndre, au lieu de la gouge en métal généralement utilisée. C'est à tort qu'on a attribué à Desauit l'invention de cet instrument qui est dû exclusivement à Percy.

Mentionnons aussi, vers la même époque, des intéressantes recherches sur la non toxicité des baies d'if, dont un préjugé très ancien avait accrédité la vénénosité. Tous ces travaux étaient la preuve évidente que Percy possédait non seulement des qualités chirurgicales étendues, mais encore la plus vaste érudition. En 1789, il reçut le brevet de Chirurgien en chef de Flandres et d'Artois, au Camp de Saint-Omer; ses appointements furent augmentés d'une gratification mensuelle, en témoignage de satisfaction pour ses divers travaux. Enfin, le Conseil de la Guerre, lui confia la mission d'essayer l'établissement projeté des infirmeries régimentaires.

Toutes ces distinctions flatteuses suscitèrent de nombreux ennemis à Percy, lesquels tentèrent de l'amoindrir par la calomnie et de flétrir sa réputation par des insinuations perfides. Dans une lettre que Louis lui adressa, à ce moment, il fut mis au courant de cette manœuvre déloyale :

« Vous n'imaginez pas, mon cher ami, lui écrivait Louis, quels ressorts on a fait jouer contre vous. Je sais qu'on a dit à M Andouillé que vous aviez un frère abbé, homme de beaucoup d esprit, qui était votre teinturier. Quand on m'en a parlé, j'ai dit que je n'étais pas si bien instruit que ces Messieurs, mais que je jugeais l'étoffe, et que la teinture ne serait qu'un très mince accessoire. J'ai lu à l'Académie plusieurs lettres anonymes qui m ont été adressées au sujet de vos mémoires, et tout le monde a été indigné de ces manœuvres, Ne faites de tout ceci ni recette, ni dépense : plus vous êtes couvert de gloire, moins il faut chanter votre triomphe, il est une peine assez cruelle pour vos ennemis, »

C'est au cours de cette même année 1789, que Percy établit, par des travaux expérimentaux et par des recherches cliniques, les meilleurs moÿens de faire une ligalure d’arière pour l'hémostase. Il eut l'idée d’entourer l'artère par une lame mince de plomb qu'il serrait ensuite et aplatissait avec les mors d’une tenaille. En aplatissant ainsi l'artère, Percy estimait, qu'il conservait intactes les tuniques interne et moyenne du vaisseau, et provoquait l'adhésion des parois artérielles plus promptement et plus sûrement. Il obtint de très beaux succès sur plusieurs malades. En 1790, Percy prit part au concours ouvert par l'Académie royale de Chirurgie, sur le sujet suivant : « Déferminer la meilleure forme des diverses

espèces d'aiguilles propres à la réunion des plaies, à la ligature des Vaisseaux, el d'autres cas où leur usage serait jugé indispensable ; el décrire la méthode de s'en servir. » Le prix ne fut pas décerné probablement par suite des perturbations apportées dans l’ordre social par la Révolution.

Un an plus tard, en 1791, la même Académie proposa pour sujet du prix à décerner en 1792, la question suivante : « Délerminer la matière el la forme des instruments propres à la caulérisalion connus sous le nom de caulères acluels ; indiquer suivant quelles règles eF avec quelles précautions on doit s'en servir, eu égard aux différentes parties, el à la distinction des cas où leur application sera jugée nécessaire ou utile. » Percy obtint le prix par acclamations.

La guerre fut déclarée à la France en 1792. En juin de cette même année, il devint Chirurgien consultant de l'Armée du Nord en remplacement de Sabatier très âgé. Percy se rendit compte de la grandeur et de la difficulté de sa tâche aux Armées et il les juge sainement dans le document suivant :

« Il n'y a point de repos pour nous aux Armées, dit-il, nous y sommes, comme l’a fait observer Vicq-d'Azyr, les soldats de tous les jours, de tous les moments: nous n'y quittons jamais le combat ;: les maladies, les blessures, l'insalubrité des lieux, l’inclémence des saisons, la contagion des épidémies, sont pour nous des ennemis implacables et sans cesse renaissants ; et, dans cette pénible lutte où les dangers nous pressent de toutes parts, ce sont encore ceux que nous partageons avec les guerriers sur les champs de batailles, que nous avons le moins à redouter. L'impitoyable avarice, qui, loin des regards d'une autorité tutélaire, grossit de son fléau le fléau de la guerre: la cupidité, dont les insidieux calculs dévorent en secret ou supposent faussement des approvisionnements nécessaires ; l'insuffisance de nos pouvoirs pour faire le bien, et l'excès de l'autorité de ceux qui sont intéressés à faire le mal ; tous ces abus enfin, que l'œil du maître tout perçant qu'il est, ne saurait atteindre ni empêcher, voilà nos plus grands périls et nos plus formidables calamités. Et quelle force, quel courage ne faut-il pas pour oser attaquer et pour vaincre de pareils adversaires ? »

A Valenciennes, il prit possession de son service. Il fit les campagnes de Mons, Menin, sous les ordres du Maréchal Luckner

et suivit ensuite l Armée sous son nouveau chef, le Général Kellermann, au Camp de la Lune. Il montra tant de zèle et tant de

courage, pendant cette campagne qu'il obtint un témoignage offciel de satisfaction du Gouvernement.

Malgré la lourdeur de sa tâche, Percy travailla cependant et envoya un Mémoire au concours institué par l'Académie de Chirurgie. Le sujet en était : « Essar sur les avantages el les inconvénients de laisser Seiller ou de faire dormir les malades en général, el en parliculier ceux qui sont du domaine de la Chirurgie. » Percy étudia la veille et le sommeil à l'état de santé et dans les maladies, ainsi que l’action du manque de sommeil. Il écrivit sur l'influence de la veille dans les états chirurgicaux, quelques belles pages, admirablement conçues et magistralement rédigées. La dissolution de l'Académie royale de Chirurgie, par le gouvernement de la Convention, empêcha le jugement de ce concours.

C'est à cette époque, au moment où Percy était universellement estimé, que le Conseil de Santé le soumit à des épreuves secrètes pour vérifier ses capacités professionnelles : Percy nous a laissé un témoignage écrit de cette aventure, qui fut l'un des mauvais souvenirs de sa vie :

« La Convention nationale, dit-il, après avoir décrété qu'aucun citoyen ne serait admis à remplir l'emploi d'Officier de Santé dans les Hôpitaux, ni à l'Armée, sans en avoir été préalablement jugé digne par son civisme et sa capacité, a arrêté que la Commission de Santé serait chargée de fixer un mode épuratoire propre à constater l'un et l'autre. En conséquence, cette Commission, dont les membres n’eussent pas dû être dispensés de l’épreude commune, a établi qu'il serait envoyé à chaque Officier de Santé des Hôpitaux et de l'Armée, en commençant par les Chefs, un paquet cacheté qu'ils remettraient à la Municipalité sur laquelle ils se trouveraient, que celle-ci en ferait l'ouverture en présence de deux membres du district ou de la société populaire ; que les séries de questions, timbrées et scellées, y incluses, seraient de même et tour à tour ouvertes, pour être communiquées, une par une, à l'Officier de Santé, qui y répondrait sans désemparer, enfermé seul, sans livres, ni auteurs; et qui n'en recevrait une autre qu'après avoir déposé, ès-mains de la Municipalité, ses réponses à la

précédente ; enfin, que procès-verbal serait dressé du tout, pour être envoyé à la Commission sous sceau de la Municipalité, qui a été par elle invitée, au nom de la patrie et de l'humanité, à mettre la plus grande sévérité dans l'exécution d'une mesure qui intéresse de si près l'existence de nos frères d'armes. »

« Rien n'est plus juste ni plus respectable que le principe consacré par la Convention. On peut en dire autant des motifs qui ont dirigé les efforts de la Commission, dans la recherche des moyens les plus capables de lui faire produire tout le bien qu'on en peut attendre. »

« Mais si le mode d'examen probatoire qu'elle a adopté lui a paru à elle-même rigoureux, ainsi qu'elle l'a avoué dans son Instruction aux Municipalités, quelle impression n’a-t-il pas dû faire, quand on l'a vu appliquer dans toute sa rigueur, à des Officiers de Santé éprouvés par de longs travaux et par des succès tant pratiques que littéraires, qui leur ont marqué le premier rang dans leur état et dans l'opinion publique ? »

« Je ne sais ce qui a pu me valoir l'honneur d'être compté parmi ces citoyens utiles et distingués; ni par quelle fatalité on m'a choisi pour dire de moi que j'avais refusé d'obéir, et renvoyé sans réponses mes séries de questions. Un tel bruit, que quelques traits connus de mon caractère sensible n’ont que trop accrédité, m'affecte d'autant plus vivement, que je n'eus jamais d'autre volonté que celle de la loi; qu'on me vit toujours m'y soumettre le premier, et que l'épreuve à laquelle j'ai té condamné, eût-elle été mille fois plus repoussante, ne m'aurait pas fait donner à mes collègues et collaborateurs le dangereux exemple de la moindre répugnance extérieure à m'y conformer. »

« La meilleure preuve à avancer que j'ai fait des réponses aux séries de la Commission, c'est de les publier, et je m'y décide promptement, afin d'arrêter, dans son cours et dans ses effets, la rumeur qui proclame le contraire. Elles verront le jour danstoute leur médiocrité, et avec leurs défauts, car je me suis fait un devoir de n'y pas changer un mot. La précipitation avec laquelle elles

ont été écrites : les 28 heures que j'y ai employées; l'état de réclusion où j'ai été tenu pendant ce temps; les maladies et les fatigues que j'ai essuyées depuis le commencement de la guerre ; l'impossibilité en campagne de se livrer un seul instant à l'étude; tout enfin concourra à me justifier de cette ébauche. »

« Les membres de la Municipalité de Bouzonville, et ceux de la Société populaire, sous les yeux de qui, écolier quadragénaire, j'ai fait la composition exigée par la Commission de Santé, ont observé avec la plus scrupuleuse exactitude les formalités voulues par l'instruction annexée aux séries. Mais, je ne puism'en plaindre: je les eusse moi-même rappelés à cette obligation, s'ils avaient pu s'en écarter. Au reste, me voilà en instance, il s'agit de savoir à présent si je serai trouvé propre à conserver un emploi, où j'ai dû faire bien du mal si je manque de talents, depuis près de trois ans que j'en exerce les difficiles et importantes fonctions; et si c'est à tort ou avec raison, que l'Armée et les Généraux m'ont accordé leur estime et leur confiance. »

« Quoiqu'il en soit, je jette le gant à quiconque voudra me le disputer ou entrer en concurrence avec moi, pour toute autre place ; qu'on lui pose aussi des questions, dont il ne soit pas plus prévenu que je ne l'ai été des miennes; qu'il publie les réponses qu'il y aura faites seul, loin des souffleurs et des teinturiers et le public éclairé et impartial nous jugera. Surtout, qu'il ne lui en soit pas proposé d'oiseuses, ni de scholastiques, comme la plupart de celles que j'ai reçues, afin du moins que l'art tire quelque profit de ces discussions. »

Percy conserva pendant fort longtemps un profond ressentiment contre les Membres du Conseil, qui lui avaient imposé cette épreuve et en toutes circonstances il leur fit une guerre acharnée. | U

(à suivre).

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