SCENE XVII
Les Mêmes, MATHIAS PKRE.
MATniAS PÈRE, pariant an fond. Faitesmoi le plaisir de rengainer,... et tout de suite!., a-t-on jamais vu?... deux étourneaux qui, au risque de s’éborgner!...
CLÉMENTINE, ejjjlrayec. Monsieur Léopold?,.
LA COMTESSE , retombant sur sa chaise.
Voilà ce que je craignais!., décidément., oh! mes nerfs! mes ueifs !
MATUIAS PÈRE. Heureusement que, sans m’en douter, il parait que je tire Uèsbien l’épée... car dès que l’adversaire de Léopold m’a aperçu... il m’atourné le dos et s’est mis à se sauver!., je n’ai pas eu le temps de l'envisager !
LA COMTESSE, ojec hauteur. Se sauver...
mon prétendu !.. un baron !..
MATUIAS PÈRE, la regardant. C’est votre prétendu ?
LA COMTESSE. Apprenez, monsieur, que les barons ne se sauvent jamais...
MATHIAS PÈRE. C’est possible!., mais il courait!., c’est peut-être leur manière de se promener!..
LA COMTESSE. Ru.strc !.. {A Clémentine.) Voilà votre ouvrage !.. allons , mademoiselle , je vous l’ai dit... sortez!
MATHIAS PÈRE, retenant Clémentine par la main. Pourquoi donc ?
LA COMTESSE. Parce que je ne puis plus supporter sa vue.
MATHIAS PÈRE , lui montrant le fond.
Eh bien ! allez- vous-en... qui est-ce qui vous en empêche ?
LA COMTESSE, outrée. Hein ?..
MATHIAS PÈRE. Moi... j’ai grand plaisir à voir cette aimable demoiselle , et je la prie de rester...
IA COMTESSE. Qu’est-cc que c’est?., un manant qui ose me parler...
M.ATHIAS PÈRE, ôtont son chapeau. Pourquoi pas ?.. le manant a bien osé parler à l’empereur !.. et il a trouvé que je parlais très-bieu... je lui apportais de l'argent!..
, LA COMTESSE. Ah! qucl ton !.. (v^porl.) J’ai vu ce malotru quelque paît.
MATHIAS PÈRE, à part. Ce visage gothique ne m’est pas inconnu... ah! j’y suis!., cette comtesse de contrebande qui était attachée au corps diplomatique, et qui suivait tons les congrès!..
LA COMTESSE , avec impatienr.e. Enfin !..
que me voulez-vous ?
MATUIAS PERE, la regardant sous le net.
A vous, madame la comtesse?,, rien !.. je cherche une jeune personne : ça ne peut pas être vous, du moins je ne le pense pas... (regardant Clémentine) et au portrait que m’en a fait mon ami Léopold. ..
je croirais plutôt...
CLÉMENTINE. C’est monsieur Léopold qui vous envoie ?
MATHIAS PÈRE. Oui, moii enfant... il a pensé que vous auriez besoin d’un appui. ..
la COMTESSE , ai’cc ironie. Quand je VQiis disais que vous n’en manqueries pas!..
PERE ET rn^s.
MATHIAS PERE. Et tandis qu’il fait des couisespour moi... je viens vous défendre pour lui...
LA COMTESSE, (fun air moqueur. La protégée sera tout-i-fait digne du protecteur!..
M.ATHIAS PÈRE. Je l’espère !
LA COMTESSE. Une petite fille qui a publiquement une intrigue!..
CLÉMENTINE. Madame!..
MATHIAS PÈRE. Ah ! l'horreur!., il vaut bien mieux en avoir deux en secret !..
n’est-ce pas, madame la comtesse?..
LA COMTESSE. Qu’est-ce que c’est ?..
MATHIAS PÈRE, ai'ec bonhomie. Rien!
un souvenir historique...
LA COMTESSE. Qui se laisse baiser la main !..
MATHIAS PÈRE. Fi donc!., il vaut bien mieux se laisser embrasser à la dérobée par un capitaine de Pandours... qui se cache sous la table , quandl’autre arrive...
par une petite porte. . . hein ?. . n'est-ce pas, madame la comtesse?..
LA COMTESSE. Plaît-il ?
MATHIAS PÈRE. Rien!., encore de l’histoire! de l’histoire ancienne, par exemple.. .>
LA COMTESSE , à CUmentùie. £t qui pousse l’eiTronterie jusqu’à vouloir se marier !
MATHIAS PÈRE. Oh !.. quelle dépravation !.. il vaut bien mieux n’épouser personne... et être très-bien avec un électeur, un comte, un major... successivement, ou à la fois... selon la circonstance... n’est-ce pas, madame la comtesse ?. .
LA COMTESSE , interdite. Ah ! mon Dieu !..
MATHIAS PÈRE , «pris un silence. Hein ?
vous ne dites plus rien ?.. eh bien ! allez donc!., j’ai encore de quoi vous tenir tète !... j’ai une foule de souvenirs historiques !..
LA COMTESSE. Insolcnt !.. si mes nobles parens, les Stopos-Snaeh , lesTuttling- Dorif. . .les Offen-âtock-Field ... étaient là !. .
MATHIAS PÈRE. Parblcu ! ça me ferait plaisir!... je leur demanderais l’argent qu'ils me doivent...
LA COMTESSE. Si du moins mon nouvel époux...
MATHIAS PÈRE. Celui qui perd la tête et joue si bien des jambes?., {prenant son AeUon.) je lui ferais recommencer sa promenade... oui, moi... moi... Jean-Claude Riathias... marchand de bœufs!..
LA COMTESSE, outrée. Ah!.. jesulToque!
plus de respect!., plus rien de sacré !.. le torrent révolutionnaire a tout englouti!..
TOUS, mademoiselle... (à Clémentine.)
du Chur^otanisme.
Ne paraiwee plut devant moi*
CLBNtimitEf IrA lunnes aux yeux.
Que deTteodrai'jo ?..
MATBIAt riRI.
Allons, point dMarmet^
Uoa enfant, gn*T • Ttniment pas d’ quoi ;
N* toit^j* pat iii r calmez vos uarmet.
Hadam* voua chaste, elle a raiton !
Vooi!.. dont la conduite est tout anlrep
Près d*un^ comteu* d'un tel renom ,
D*moiseir de compaftnie ! . oh t non :
Eli* n* doit pat t* trouver dans la vôtre*
LA COMTESSE, choquée. Hum!..
MATHIAS ÈÈRE , prenant Clémentine sous le bra.f. Je me charge de vous , moi... je vous installe chez ma belle-fille. . . et là, du moins, vous n’aurez à craindre ni les séducteurs, ni les barons, ni les douairières de Stopps-Snach , d'Offen-Stock-Field.
LA COMTESSE, furieuse. Ah! c’en est trop!., et... {Elle arrive sur Mathias pire comme pour le dévisager, puis change de ton et dit d’une voix concentrée.) Adieu !..
MAaCRAND... {elle fait quelques pas pour sortir, se retourne, et ajoute : ) de Boeors ! . .
(Elle sort.)
OBBOBoaBo a aooooscaaaooaa a oa MB a w i nBB o rwnno
SCt;iNE XVllI.
MATHIAS PERE, CLEMENTINE.
CLÉMENTINE. Mon Dieu !.. que lui ai-je donc fait?..
MATHIAS PÈRE, à lui-méme. Elle étouffe, tant mieux! cette comtesse... de la main gauche... et encore!... je lui apprendrai !. . {A Clémentine.) Calmez-vous, chère enfant... je ne m’en dédis pas... je vous emmène avec moi...
CLÉMENTINE. Sans me connaître?
MATHIAS PÈRE. A quoi bon?.. il y a de ces figures qui n’ont pas besoin de répondansT.. vous avez un regard... une physionomie... je donnerais mille thalerspour que ma bru vous ressemblât. . . d’ailleurs , mon ami Léopold vous aime...
CLBMBNTlNB,éaùsanifesyeux.Monsieur!
MATHIAS PÈRE. Il ne faut pas rougir pour ça , mon enfant ; l’amour d’un honnête homme est le plus bel éloge d’une jeune fille... mais nous causerons de tout cela... j’ai envoyé Léopold faire des paiemens pour moi dans la ville , et dès qu’il sera de retour... en voiture!., en route!., tous les trois...
CLÉMENTINE. Quoi ! monsieur , vous daignerez?..
MATHIAS PÈRE. Vous sauvCT des griffes d’une méchante femme !.. eh bien ! vous m’aimerez un peu en retour. . . voilà tout. . . n’eit-ce pas, mon enfant?.. ah çà! comme nous arriverons au milieu de la noce de mon fils, il serait bon de faire tout de suite un peu de toilette
HAGA5DI. THÈ&TRAL:
CLÉMENTINE. Mon Dieu! je s’ai quedes robes bien simples...
MATHIAS PÈRE , à part. Paiivre petite !
{Haut.) Eli bien! est-ce qu’il n’y a pas des ■narriiands dans la rille?.. est-ce que je ne suis pas là, moi?..
Ci.ÉMENTiNE , touchée. Yous roules encore?..
MATHIAS PÈRE. Est-ce que je ne sais pas que les jeunes filles ont toujours quelque fantaisie?., c’est tout simple... allons, demandez- moi ce que TOUS voudres... des dentelles, des bijoux...
CLÉMENTINE, lui prenant la main pour U remercier. Ab ! que vous êtes bon !...
(Â part et aperceront la bague qu'il a au doigt.) Que Tois-je?.. cette bague!., c’est bien elle!., ah! si josais!..
MATHIAS PÈRE, Je même. Eh bien!... vous désirex quelque chose, je vois cela?..
CLÉMENTINE , timidement et regardant toujours la bague. Oui... je l’avoue... il dépendrait de vous de me rendre bien heureuse...
MATHIAS PÈRE. Qu’est-ce que je disais?..
CLÉMENTINE. Mais... vous me trouverez si indiscrète !...
MATHIAS PÈRE. Dit« toujoups. . . qu’estce que vous voulez?...
CLÉMENTINE. Eh bien!... cette bague...
MATHIAS PÈRE, tumni. Cette bague?.
pourquoi faire?..
CLÉMENTINE. Pour la poitev.
MATHIAS PÈRE. Quelle idée! un méchant petit camée... je vous en donnerai dix plus belles!..
CLÉMENTINE. Oh ! non... celle-là seulement...
MATHIAS PÈRE, aoec Contrariété. Allons I j’ai du malheur !.. la première cliose que TOUS me demandez...
CLÉMENTINE. Quoi... cettc bagne ?. .
MATHIAS PERE. Je ne m’en séparerais pas pour la moitié de ma fortune...
CLÉMENTINE. Comment?..
MATHIAS PÈRE. Oh!., c’est Une vieille histoire , qui ne peut voua intéresser.
CLÉMENTINE. N’iinporte... dites-moi... je TOUS en supplie ! . . ’
MATHIAS PÈRE. Mon Dieu ! ce n’est pas
an secret!.... j’avais dix ou douze ans
TOUS voyez que je remonte un peu haut...
et je gagnais ma vie à vendre des fagots de porte en porte... voilà mon origine!., ça n’eat paa brillant , mais je ii’en rougis pas!
au contraire je n'avais pour tout bien
m’on Ane... oh ! mais un Ane cliarmaul!..
il fallait le voir... de beaux yeux... un nex... dea areillra!.,dsa oreilles, ça va sans dire...
et un air d’intelligence, au-dessus de son état !.... Pauvre Brisquet!.... je l’aimais comme un frère , comme un ami, ma joie, ma consolation... jugez de mon désespoir, quand un matin j urive pour l'élriller...
je le trouve mort !
CLÉMENTINE. Mort!..
MATHIAS PÈRE. De fatigue peut-être...
ou de vieillesse!., que sais-je!.... tout le village fut réveillé par mes cris !.. je voulais me pendre à cAtéde lui... je pleurais... hé ! tenez , je crois que je pleure encore d’y penser!.. {Souriant, en essuyant une lurmei) est-ce bétel. . après murante ans!., un jeune chasseur , qui m’avait entendu s’approche , s’informe. . . c'était le seigneur des environs.
CLÉMENTINE, plus attentive. Le seigneur?
MATHIAS PÈRE. Un brave et digne jeune homme... que tout le monde chérissait!..
Qu’est-cc que tu as , mon garçon? qu’il me dit avec bonté. — Je sanglote de plus belle en lui montrant le pauvre défunt... C’était ma seule richesse.. . je suis ruiné !.. — Eh bien ! qu’il me dit , faut en acheter un autre! — Ah I ce ne serait pas le même, et puis je n’ai pas de mioi. — C’est donc bien cher, un Ane ? qu’il me dit.— Je crois bien. ..quinze florins! — Eh bien! achétesen deux!.... et je sens dans ma casquette
une grosse bourse qu’il y avait glissé
quarante florins ! et sans me donner le
temps de le remercier , il s’éloigne en me
faisant un petit signe si doux , si bon
comme un ange doit vous regarder quand il vous a sauve!..
CLÉMENTINE , à part. Oh ! c’était lui !..
je le reconnais là !..
MATHIAS PÈRE. Dam miand je me
vis à la léte de deux ânes. . . je l’avoue à ma honte , je fus presque consolé!., j’avais toujours eu de l’ambition. . . je me lançai. . . je me mis à porter des choux des ca-
rottes... à vendre de la voliille... puis, des moutons, des veaux, des bceufs... le commerce en grand!.... jeparcourus l’Allemagne... je fis une fortune inouie... mais sans jamais oublier celui à qui je la devais. . . enfin , au bout de vingt années , je
revenais heureux et fier-. pour lui dire :
Je suis riche... j’ai de l’argent, de l’or... en avez-vous besoin?. . prenez!.... il n’était plus !.. ( Clémentine lire tes yeux au ciel , en poussant un soupir. ) Mort de chagrin !..
miné!.... par ses birnfsits, par des parens avides, par des gens d'affaires, des coquins!.. quand j’arrivai, on vendait tout pour payer ses dettes !.. à force de prières, et en offrsnt vingt fois sa valeur... j’obtins cette bague qu’il porlsit toujours!., jo-
i;ca Dy
get maintenant si je puis urtu séparer !...
CXéiifEniTiNP,, émue. Et ju{jez si j'avais tort de la désirer !.. cVkail mon père!
MATIIMS PÈRE f frappé, \otie père!...
M. de Muhldorf?...
CLÉMENTINE. Le baron Hermann !
■ iTHUS ràllB.
. Aia de U Hobe et tes Bottes.
Sa fille, vous 1