TOUS
C'est le vin seul que j'aime , etc.
BOULAIN
Le jour où l'on baptise Un enfant au berreau , Quoique je la méprise , 11 faut bien chanter l'eau.
C'est le vin seul que j'aime, elc.
Cctlc eau, que je rc'vère, Coule pour nous sauver; Mais jamais tlans mon verre Je ne veux la trouver.
C'est le vin seul que j'aime, etc.
Sans être trop cre'clulc, De cette eau je fais cas ; Cbanlons-la sans scrupule, Puisqu'on ne la boit pas.
C'est le vin seul que j'aime , etc.
CHARLES. Bravo ! Boulain, vous chantez comme un rossignol... à mon tour !
BOULAIN. Comment! vous allez nous faire l'honneur de nous chanter quelque chose... un grand seigneur , ça doit avoir une bien belle voix.
CHARLES. .Te ne cliante jamais, Bovdain, et je me garderais bien de me risquer après vous. , . Je veux vous faire un conte. . . oh ! mais un conte à rire jusqu'aux larmes.
BOULAIN. Oh ! la bonne idée ! On m'endormait toujours avec des contes quand j'étais petit.
DOROTHÉE. Nous écoutons.
TOUS. Chut! chut !
PAUL, bas iiFeroiï. Que va-t-il leur dire?
FÉRON, bas. Quelque baliverne.
CHARLES. Il était une fois...
, BOULAIN. Ah ! c'est ça ... c'est bien ça.
DOROTHÉE. Mais taisez - vous donc , Boulain.
CHARLES. Il était une fois.... un jeune et beau chevalier qui devint éperdument épris d'une jjentille bai belette... le chevalier était i)ressant... la bachclettc était vive , tendre. Enliu...
i;oti4,\iN. Gazez ! gazez !
CHARLES. Hein?
BOULAIN Je vous dis : gazez !.. à cause de ma sœur qui est religieuse.
CHARLES. Ênfm vous devinerez tout ce qui arriva.
BOULAIN. Ça se devine tout de suite.
CHARLES. Le mal fait , il fallut le réparer... le chevalier ne le pouvait pas... il était grand seigneur... et la bachelette n'était qu'une pauvre fille...
DOROTHÉE. C'est très-intéressant.
PAUL, à part. Que dit-il ?
CHARLES. On chercha dans le pays et l'on trouva un manant , gros , court, assez jeune et assez bête pour ce qu'on en voulait faire...
BOULAIN , lui présentant son verre pour trinquer. A la vôtre ! monsieur de Maubert.
CHARLES , après ai>oir trinqué. On lui présenta la demoiselle qui se donna pour innocente... Le manant la prit pour telle et le mariage fut conclu.
BOULAIN. Cacommence à devenir drôle.
FÉRON, bas à Paul. Cette histoire...
PAUL , bas. Il va nous perdre.
BOULAIN. Du Champagne !.. et la suite.
TOUS. Oui... oui... la suite.
CHARLES. Oh ! la suite est bien plus comique.
PAUL. Assez , Charles , assez ; je connais la suite de ce conte et vous ne pouvez la dire à ces dames.
BOULAIN. Ah! pourquoiça?.. en gazant!., la suite... je veux la suite.
PAUL. Et moi, je m'oppose à ce que Charles aille plus loin.
CHARLES. Ail ! tu t'y opposes?
PAUL. Oui , par respect pour ces daines.
CHXKLES , buifunt un dernier i^crre de Champagne. J'en demande bien pardon à ces dames , mais je continuerai.
BOULAIN, un peuétourdi. Bah! ces dames savent bien ce que c'est.
PAUL , aoec fierté. Vous ne continuerez pas , vous dis-je.
CHARLES. Et c|ui m'en empêchera ?
PAUL. Moi !
FÉRON. Contenez-vous.
p.AUL. Charles, votre conduite est indigne d'un galant homme.
CHARLES. Ta colère est bien plus amusante que mon histoire.
FÉRON, il part. 11 me fait trembler?
PAUL , se leoant. Pour la dernière fois , Charles, je vous défends d'achever, ou...
CHARLES. Oit ! oh ! des menaces!...
BOULAIN. Eh bien ! eh bien ! qu'est-ce que c'est?., pour un conte en l'air? . Ca n'a pas le sens commun ! C'est ce diable
de Champagne qui est cause de tout cela.
PERE ET
CHARLES. Vous avez raison!., allons , je serai plus sage que Paul !...
PAUL. Si vous êtes offensé...
CHARLES. Quoi ! me couper la gorge avec un ami pour de pareilles balivernes? non , non !
BOULAi\. A la bonne heure !
LAMBERT , entrant. Voilà M. le bedeau qui vient dire que M. le curé attend le baptême.
BOULAIN. C'est juste , nous sommes en retard : nourrice , allez cherclier l'enfant.
rÉROlv , bas à Paul. Vous le voyez , monsieur : à chaque instant , ma sœur peut être compromise.
PAUL , bus. Vous avez raison !.. Elle ne le sera plus, monsieur Féron; je vais partir.
FÉROîV, bas. Partir!..