FERON, PAUL, BOULAIN
BOULAIX. Vit-on jamais rien de plus charmant que cet enfant-là?
FÉBOX. Elle a parlé de sa tante Dorothée : la chère religieuse a donc aussi payé sa dette.
BOULAIX. Il y acinq ans qu'elle estmorte.
FÉUOX. Si elle a conservé dans l'autre monde les habitudes de médisance qu'elle avait dans celui-ci , les gens de sa connaissance auront de fameux comptes à rendre dans la vallée de Josaphat.
BOUi.Aix. Tous étiez toujours en querelle.
FÉRON. Oh ! je lui pardonne de grand cœur.
BOULAIX. Ah ça ! que dites-vous de ma Pauline ?
FÉBOX . Elle est charmante , et me rappelle sa mère , ma pauvre sœur.
BOULAIX. C'est vrai , c'est vrai... Tout le monde dit pourtant qu'elle a mes yeux... Est-ce que vous ne trouvez pas, hein?
FÉBOX. Elle a de fort jolis yeux.
BOULAIX. N'est-ce pas? C'est ce que tout le monde dit... Et que de gi'âce , que de
dignité dans le maintien ! Oh ! quand
on pourra acheter des lettres de noblesse !..
PAUL , souriant. Monsieur Botilain I
tÉRON. Toujours le même!
BOLL.viN , à Paul. Vous avez beau dire : ma Pauline , votre filleule, a tout ce qu'il faut pour être une grande dame.
FÉRO\. Tâchez qu'elle soit heureuse; cela vaudra mieux. Ne songez-vous pas à la marier bientôt ?
BOULATN. Oh ! les prétendans sont nombreux. Il y en a un que M. de Renneville protège.
FÉRO\. Quel est-il?
PAlL. C'est le fils d'un riche négociant de Bordeaux , M. Eugène Moreau , un jeune homme rempli d'honneur et de talens , qui a fait son droit à Paris , et qui se propose de suivre la carrière du barreau dans son pays.
FÉRON. Ahl celui que j'ai vu ici hier , il m'a semblé très-bien.
BOLL.\l\. Certes , je n'ai rien à dire contre lui ; mais Pauline la femme d'un avocat de province ..
PAUL. Je le crois capable de faire son bonheur. Il y a un mois, vous le .savez , nous avons fait ensemble un court voyage ; eh bien ! pendant ce tems j'ai étudié son caractère ; j'ai pu apprécier la noblesse de ses sentimens. Il ne m'a parlé que de Pauline.
BOULAIX. Pardieul ce n'est pas l'amour qui lui manque , ni même les bonnes qualités ; mais Pauline l'aime-t-elle?
PAUL. Elle paraît le voir avec plaisir. BOULAi\. Tous savez bien cjue je fais tout ce que vous voulez : pourtant ce n'est pas là ce que j'avais rêvé poiu' ma fille.
FÉRO\. Croyez-moi , mon cher beaufrère ; ne rêvez pas : c'est plus sur.
BOULAix. Ce jeune honnne m'a fait part de ses intentions , c'est très-bien ; son père
m'a écrit , c'est encore mieux Mais,
avant de l'autoriser à exprimer son amour à Pauline , je voudrais savoir ce qu'elle pense.
FÉRO\. C'est juste : eh bien! il faut l'interroger adroitement.
BOULAIN. Oui , mais je ne suis pas diplomate , moi ; quand je suisdevantma fille , je ne sais que l'admirer : elle parle , je l'écoute , j'oublie ce que je voulais lui dire , je l'embrasse , et je m'en vais sans rien savoir.
FÉRON. Alors, il faut charger quelqu'im de la mission.
BOULAIN. C'est ce que j'ai pensé. \ous, monsieur de Renneville, son parrain, son maître, son ami , vous en qui elle a toute coufianc e , rendez-nous encore ce service. Sondez ce petit cœur-là. PAUL. Vous le voulez?
BOULAix. Elle n'aura rien de caché pour
vous ; et puis , si elle voulait dissimuler , vous êtes fin , vous devinerez aisément la vérité.
PAUL. Soit! j'y consens... Son bonheur est mon vœu le plus cher.
BOULAIN . Allons , voilà qui est décidé : elle va venir pour sa leçon , faites-lui subir im interrogatoire , et que nous sachions à quoi nous en tenir.
PAUL. Fiez-vous à ma tendre amitié pour elle.
BOULAiN. Nous vous laissons : de la.
finesse , de la finesse ! car elle a diablement
d'esprit! Venez, Féron ; je veux que
vous visitiez nies magasins , et que vous me disiez s'il y a mieux en Amérique.
FÉRON. A revoir , monsieur de Renneville. (^^ /?«/•/.) Brave etdigne jeune homme!
EOULAIN f à Paul.
Air : Valse de tlohin des Bois.
Il faut interroger ma fille, Tâchez (le lire dans son cœur ; Vraiment de toute la famille Vous devez faire le bonheur.
PAUL
Mon cher Boulain , j'obtiendrai, je l'espère. L'aveu de son secret.
EOULAITS'.
Ma foi , Pour ma Pauline il a le cœur d'un père ; Il l'aime presque autant que moi.
PAUL
Je vais interroger sa fille, Je saurai lire dans son cœur ; Je voudrais de cette famille Pouvoir assurer le bonheur.