‹ Père et parrainChapitre 21 sur 35 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

FEUON , PAULINE , BOULAIN.

nOULAIN , h Fèron en entrant. Je vous dis encore une fois que j'en suis bien aise.

FÉRON. Et moi , j'en suis fâché.

PAULINE. Eh bien! qu'y a-t-il donc?

vous êtes en querelle ?

LE MAGASIN rSÉArUkti

B0CLA1\. Oh! ce n'est pas nouveau !. .

ses opinions n'ont jamais été les mêmes.

FÉRON. Tant pis pour vous , mon cher beau-frère.

BOULAIN. Ceci est une question ; et aujourd'hui par exemple.,.

PAULINE, De quoi s'agit-il?

BOULAiîV. Il s'agit de vous , mademoiselle Pauline Boulain.

PAULINE. De moi !,.. ah ! je devine.... vous venez de voir mon parrain.

BOULAix. Et il nous a dit que tu refuses Eugène Moreau.

PAULINE. Oui, mon père.

FÉRON. Mais il nous a dit en même tems que c'est le mari et non le mariage qui te déplaît.

PAULINE. C'est vrai.

BOULAIN. Tu lui as avoué que tu aimes quelqu'un.

PAULINE. C'est vrai.

FÉRON. Et lu as obstinément refusé de dire son nom.

PAULINE. C'est encore vrai.

BOULAIN. Ecoute, mon enfant, tu sais que ton bonheur est le but de toutes mes pensées, que je n'ai pas dans ce monde une autre espérance.

PAULINE. Je le sais, mon père : mais est-ce que mon refus vous afflige ?

BOULAIN. Que Dieu me garde de jamais contrarier ton cœur ? Tu ne veux ])as de M. Eugène Moreau , n'en parlons plus ; mais, vois-tu, Pauline, si mon plus grand désir est de te savoir heureuse, mon devoir est aussi de veiller sur ton avenir : le choix que tu as fait...

PAULINE. Oh! j'espère que vous ne le blâmerez pas.

P^ BOULAIN. Encore faut-il que je le connaisse.

PAULINE. C'est juste ! Et , si j'ai refusé de tout dire à M. de Renneville , c'est que je voulais d'abord vous confier mon secret.

BOULAIN. Oui?... Eh bien, parle! Qui a mérité ton amour ?

PAULINE. Un liomnie cliarmant.

FÉRON. Ils sont tous connue cela quand on les aime.

BOULAIN. Voidez-vous bien la laisser parler ?

PAULINE. J'ose croire, mon oncle, que vous ne me démentirez pas quand je l'aurai nommé,

FÉRON. Comment ? Est-ce que je le connais ?

PAULINE. Sans doute, et depuis longtems.

FÉRON , Oi'er inquièlude. Qu'est-ce donc?

BOULAIN. Oh ! oh ! ça serait-il possible ?

PAULINE. J'ignorais ce qui se passait

dans mon ame , le sentiment que j'éprôU" vais, je le prenais pour de l'amitié, mais j'ai bien vu que je me trompais , et luimême , sans qu'il s'en doutât , il a contribué à m'éclairer... Si vous saviez combien je suis heureuse près de lui , combien son absence rend tout triste autour de moi ?

Air : Faisons la paix. (Maison du Faubourg.)

Quand 11 est là, Oui, je les comprends à merveille, Ces auteurs qu'il me révéla ; L'ame grandit, l'esprit s'éveille,

Quand il est là.

S'il n'est plus là , Pour moi l'i'tude perd son charme , Et sur les livres que voilà Tombe bien souvent une larme,

S'il n'est plus là.

BOULAIN. Achève, achève, mon enfant.

FÉRON , a part. Je tremble !

PAULINE. Eh bien, monj>ère, n'avczvous pas deviné ? L'iiomme qui a formé mon cœur et mon esprit, qui, depuis mon enfance , m'a entourée de soins et de tendresse, c'est lui que j'aime, c'est avec lui seid que je peux être heureuse.

«OULAIN eL FÉRON , ensemble , d'un ion lien dljfcrent. IM. de Renneville .

PAULINE. Vous l'avez dit.

BOULAIN. Quel plaisir !

FÉilON , à part. Quel malheur !

PAULINE, à Boulain. Etes-vous fâché?

BOULAIN. Fâché!... fâché!.. Je suis le plus heureux homme du monde... Yoilà mon rêve réalisé!.. Oui , oui, tu seras la marquise de Renneville, ou j'y perdrai mon nom.

FÉRON, àpart.\\ç.\x\ fou ! Pauvre enfant !

PAULINE. Maintenant que je vous ai tout dit , que mon cœur s'est épanché dans le vôtre, je vous quitte : voici l'instant de me rendre à l'église, je cours cherclier ma bonne. Embrassez-moi, mon père !

BOULAIN , l'einlrassant. A revoir , mon enfant, à revoir! Laisse-moi faire, va , laisse-moi faire, tu seras marquise.

PAULINE. Non , je serai sa femme.... à bientôt , mon oncle.

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