‹ pere hecker: est-il saint?Chapitre 21 sur 58 · M ? : AA · texte numérisé non relu

M ? : AA

L À 4 # : de AS 1 Ï \

82 PTE LE P. HECKER \

sous le patronage d'Hecker, il ÿ a longtemps en effet, que nous aurions jugé superflu d’en entretenir le public. La vie du P. Hecker a passé presque inaperçue en Amérique; M# Keane en faisait récemment l'aveu.

« Rien n’a autant contribué, depuis quelques années, à éclairer les catholiques d'Europe sur la vraie nature de l’américanisme que la publication en français de la Vie du P. Hecker. Le livre n’a pas soulevé l'attention aux États-Unis, mais il a été une révélation à l’étranger, et il a atteint sa quatrième édition en quelques mois » (1).

Il n’est que trop vrai, les théories du fondateur des Paulistes ont été accueillies, en Europe, avec une déférence qui nous afflige. En France, surtout, où l’on admire volontiers l’étranger plus qu’on ne cherche à le connaître, de graves Revues, rédigées par des prêtres et pour des prêtres, ont rendu compte de la Wie du P. Hecker avec un religieux respect, formulant tout au plus quelques réserves timides, bientôt compensées par des éloges chaleureux.

L'Amn du Clergé écrivait (23 décembre 1897) :

« Au sujet de ce livre, il suffit de dire, croyons-nous, que malgré de légers défauts, par exemple un peu d'enthousiasme dans la pré-.

face, d’ailleurs fort belle, de M. Klein, il ne

(4) The Lilerary Digest, 12 mars 1898.

peut qu'être très profitable aux ecclésiastiques. C'est à eux surtout qu’il se recommande, particulièrement à ceux qui s'appliquent, de n’importe quelle manière, au ministère apostolique. Ils trouveront dans la préface de l'abbé Klein, puis dans l’introduction de Mgr Ireland, et surtout dans la biographie elle-même, des points de vue nouveaux pour eux, qui grandiront leurs horizons et donneront à leurs idées pLus DE qus- TESSE, en même temps que plus de largeur. »

Quelle opinion les Américains qui connaissent Hecker auront-ils du clergé français, s’ils apprennent que leur compatriote nous est recommandé comme pouvant donner à nos idées plus de justesse ?

La Revue du Clergé français publie, en tête du numéro de mars 1898, un grand article de l’abbé Dufresne, ami et confident du P. Hecker. Nous y lisons :

« C’était un homme d’une haute et exceptionnelle valeur », répète encore aujourd'hui un protestant considérable qui l’a beaucoup connu. Il était surtout un penseur; son intelligence semblait toujours en travail d'idées neuves, et sans cesse elle lui suggérait des rapprochements saisissants. On sentait à certaines lacunes qu’il n’avait pas fait d’études régulières. mais ce défaut était amplement compensé par l'originalité de ses

points de vue.

Ses aptitudes de métaphysicien faisaient qu'il y avait en lui l’étoffe d’un théologien de premier ordre, dans le sens que ce mot revêt lorsqu'on l'applique à certains Pères de l'Église, tels que saint Justin ou saint Augustin.

Ce n’est pas tout :

«On peut dire, continue l'abbé Dufresne, que, si saint François de Sales a été suscité par le Saint-Esprit en face de Calvin pour répondre à une doctrine de terreur par une religion toute d'amour, le P. Hecker a eu, lui, pour mission de faire briller, en face de la démocratie incrédule de Rousseau, le type de la démocratie vraiment chrétienne, animée de la flamme de la divine charité et portée jusqu’à la hauteur de l'idéal des saints. »

Saint Justin, saint Augustin, saint François de Sales, mis en parallèle avec le P. Hecker! Il faut avouer que, pour son coup d'essai, la « démocratie vraiment chrétienne » a fait un coup de maître !

D'ailleurs, l'exemple de cet enthousiasme avait été donné par M. l’abbé Klein : « Avec une différence qui marque bien les temps, dit M. Klein dans sa préface, il (le P. Hecker) fait penser à saint Augustin. Celui-ci était attiré par Dieu de la vie corrompue, de l’orgueil de l'esprit, des doctrines extravagantes du paganisme et du manichéisme, à l'Église : il tra-

versait tout l'espace qui séparait de l'Évangile un Romain de la décadence. Hecker était profondément moral, plein du désir laboriceux de la lumière, mais sans règle de foi religieuse et repoussé de l’Église par les dehors que les catholiques conservent d’un âge qui n'est plus, il a traversé tout l’espace qui sépare de l'église d'aujourd'hui un Yankee dégagé des institutions accidentelles du passé.

» Pendant qu'il suivait cette route par où Dieu l’'amenait à lui-même, il écrivait son journal comme Augustin écrivait ses Confessions.

» Le même Esprit d'amour et de vérité s’y manifeste par des opérations visiblement surnaturelles, par les élans de celui qu'il attire, par toutes les émotions de la sensibilité et de l'intelligence, par tous les combats ettousles triomphes de la volonté »

C’est du journal ainsi mis en parallèle avec les Confessions de saint Augustin, que nous avons extrait et que nous extrairons encore la plupart des extravagances citées dans ce volume.

Il y a plus encore, et nous reproduisons avec douleur ce passage de labbé Dufresne, pour montrer jusqu'où sont allés les panégyristes du fondateur des Paulistes :

« Les entretiens familiers du religieux américain, sur les pentes verdoyantes du Salève, en face de l'étendue azurée du lac de Genève et des

Page 1