PARTIE DESCRIPTIVE. — ÉTUDE CLINIQUE
Fréquence. — Depuis quelques années l’attention est attirée en France sur la question de lulcère du - duodénum. Assurément l’accord n’est pas fait sur ce qu’il faut entendre par ulcère du duodénum, et de nombreux cas catalogués en France ulcères du pylore doivent être considérés par les Anglo-Américains comme ulcères du duodénum. Mais quelle que soit l'opinion que l’on puisse avoir sur la fréquence absolue ou relative de l’ulcère duodénal par rapport à l’ulcère gastrique, il est une chose évidente et bien . mise en relief dans le rapport de MM. Ricard et Pauchet au Congrès de chirurgie de 1910 : c’est la différence entre les résultats obtenus par les chirurgiens anglo-américains et les chirurgiens français en. face de la complication la plus grave des ulcères duodénaux ou duodéno-pyloriques même, pour ne rien préjuger : la perforation.
Sur 57 cas réunis par les rapporteurs et dus à Mitchell, Mays, Brewer, Mill, Codmann, il y a eu
44 succès, soit.77 0/0. :
Au contraire, dans les 42 cas rassemblés par MM. Ricard et Pauchet et à eux communiqués par d’autres chirurgiens, il y a eu 39 morts, soit 5 o/o seulement de résultats favorables.
Cette différence tient aussi à des causes de première importance que l'étude de travaux publiés dans ces dernières années, tant en Angleterre qu’en
Amérique, permet de mettre en évidence :-ce sont-
d’une part la précocité de l'intervention, et d’autre part l’incontesteble connaissance qu'ont ces chirurgiens de l’ulcère du duodénum et de ses complications, en particulier de la perforation,que nous allons étudier,
Auparavant, rappelons très brièvement les caractères étiologiques de l’ulcère duodénal. Ée - Etiologie, — Il y a deux variétés d’ulcère du duodénum, l’ulcère primitif ou chronique, le plus impor: tant de beaucoup, et l’ulcère secondaire.
Celui-ci est une complication exceptionnelle des brûlures, de l'urémie, de quelques infections comme l’'érysipèle, la diphtérie, la variole, la preumonie ; c’est une ulcération aiguë qui se cicatrice rapidement ou amène la mort du malade par hémorragie ou per- > foration. Elle est une des causes du melœna des nouveau-nés, survenant à la suite de certaines toxiinfections,
L'ulcère primitif a été considéré longtemps comme
une affection rare et qui se manifesterait seulement par une hémorragie ou une perforation, A la suite de travaux récents on tend à admettre sa fréquence et la possibilité de le diagnostiquer avant l’apparition d’une complication.
La fréquence, bien que certainement plus ol que ne le pensaient les classiques, est encore difficile à apprécier ; les classiques le regardent comme rares: au contraire les chirurgiens anglo-américains le croient plus fréquent que l'ulcère de l'estomac ; il y a là une exagération certaine; dans un relevé d’autopsies portant sur plus de 400 cas Grüber trouve une proportion de 1 ulcère du duodénum pour 4 de l'estomac. Mais il reste très difficile au moins sur le vivant de le distinguer de l’ulcère stomacal juxtapylorique; les moyens de reconnaître le siège du pylore manquent en effet de précision : la veine pylorique, repère utilisé en Angleterre et en Amérique et qui correspondrait au sphincter, au niveau de son versant gastrique, est inconstante et son siège est variable.
L'étiologie est encore mal connue. C’est une maladie de l’âge adulte qui paraît prédominante chez l’homme; l’hyperchlorhydrie parait être un de ses facteurs. ù |
Caractères anatomiques. — L’ulcère du duodénum est presque toujours un ulcère juxta-pylorique : il siège dans 95 0/0 des cas sur la première portion du duodénum, en général à moins de 2 centimètres de l'orifice.
Quant à sa topographie par rapport aux parois du duodénuwm, la statistique de Henry Collin portant sup 116 cas où le siège est précisé donne 791 cas pour la
paroi antérieure contre 45 pour la paroi postérieure.
Il est unique dans 80 à 95 0/0. Il coïncide quelque--
fois avec un ulcère de l'estomac : la découverte d’un ulcère gastrique ne doit donc pas dispenser d’explorer le duodénum. :
Au cours d’une opération l’ulcère se reconnaît, suivant qu’il est en activité ou non, à une zone congestive avec des points hémorragiques, ou à une cicatrice blanchâtre, dépolie, légèrement rugueuse. Des adhérences ou des brides fibreuses marquent quelquefois son siège. Mais souvent l’ulcère ne peut être reconnu à l'inspection, qu’il n’y ait pas de lésions visibles ou que des adhérences empêchent l’exploralion de la région. ER
L’intestin ouvert, l’ulcère a un aspect identique à celui de l’ulcère de l'estomac. Arrondi, ovalaire, atteiynant 3, 4 centimètres de diamètre ou assez plat (jusqu’à 2 millimètres) pour se cacher dans un repli. de la muqueuse, il a des bords à pie ou infundibuliforme. |
Au début, la lésion n’intéresse que la muqueuse, pour alleindre successivement les diverses tuniques de l'intestin, et à mesure que l’ulcère gagne en profondeur il accroît son diamètre surtout dans la tunique primitivement atteinte ; de sorle que dans les cas récents on peut y reconnaître les différentes tuniques. / /
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