LA COUR DES ATT A LI DES
charges royales; peut-être avaient-ils leurs épistratèges, leurs épistolographes, leurs archisomatophylaques , leurs diadoques de la cour. 11 est permis de croire qu’ils n’avaient rien négligé pour tenir dignement dans le monde hellénistique leur rang de souverains.
Nous savons au moins de source certaine de quels honneurs était entourée la personne royale. Une inscription d'Élaea nous l'apprend '. C’est un décret rendu en l’honneur d’Attale III, qui, au retour d’une expédition victorieuse, doit faire dans la ville une entrée triomphale. Le Sénat et le peuple d’Élaea ne lui marchandent pas les hommages. Ils lui décernent d’abord une couronne d’or, et une statue qui sera consacrée dans le temple d’Asclépios Soter; le roi y sera l’objet d’un culte, comme copartageant du temple avec le dieu (dtSwaoç) ; une autre statue en bronze doré, le représentant à cheval, sera érigée sur une colonne de marbre près de l’autel de Zeus Soter. Tous les jours, le stéphanéphore, le prêtre du roi et l’agonothète lui offriront un sacrifice, et le huitième jour de chaque mois sera férié, parce que l'entrée solennelle du roi dans sa capitale a eu lieu le huitième jour du mois. Chaque année, cet anniversaire sera célébré par des fêtes extraordinaires, procession, sacrifice, séance du collège des archontes. Voilà pour les honneurs permanents; voici d’autre part l’ordre des cérémonies pour la journée où Attale entrera à Élaea. Les stéphanéphores des douze dieux et d'Eumène porteront des couronnes; les prêtres et les prêtresses ouvriront les temples, brûleront de l'encens, et adresseront aux dieux des prières pour que « maintenant et toujours ils donnent au roi Attale Philométor et Évergète la santé, le salut, la victoire, la force, et que pendant tout le siècle sa royauté reste intacte et florissante ». Puis un cortège ira à la rencontre du roi, comprenant les prêtres et les prêtresses, les stratèges, les archontes, les hiéroniques, le gymnasiarque avec les éphèbes et les jeunes gens, le paidonome avec les enfants, les citoyens et les habitants en vêtements de fête, et portant des couronnes. Le jour sera sacré. Chaque tribu recevra une allocation de vingt drachmes; le hiérokéryx lira une proclamation annonçant que « le peuple honore Attale d’une couronne d’or, du prix de la victoire, d’une statue de cinq coudées, et d'une statue d’or ». Les stratèges l'inviteront au prytanée, et le décret sera inscrit'parmi « les lois sacrées ».
Ce sont là des honneurs presque divins. C est qu'à Pergame, comme dans les autres monarchies hellénistiques, la royauté conduit tout droit à la divinité. Mourir, pour le roi, c’est, suivant la formule officielle « passer parmi les dieux » 2. On sait comment Alexandre avait été divinisé de son vivant, comment, entré simple mortel dans le temple de l’oasis de Libye, il en était sorti dieu, Amon ayant récité la formule rituelle, l’ayant appelé « fils de son flanc », et lui ayant donné
r. Inschriften vort'Pergamon , VIII ", n° 246.
2. *1 tov te pasiXs’üiv eî; 0*oî>; .uETavasiavriov. Dittenberger, Sylloge, n° 246, ligne >6.
« la durée de Râ et la royauté d'Horus » ’. Attale Ier, le premier roi de Pergame élevé au rang des dieux, n'avait pas été en Égypte; c’est à Delphes qu’il avait reçu son brevet de fils de dieu. En prophétisant sa victoire sur les Galates, l’oracle d'Apollon l'avait qualifié de « Txup&sprç », de « fils du taureau nourri par Zeus »1 2 3; ce qui revenait à dire qu'il était issu de Dionysos, et ce qui constituait un certificat d'origine divine fort acceptable. Déjà, de son vivant, on lui élevait des autels dédiés au roi « Sauveur"; les Sicyoniens avaient décrété en son honneur un sacrifice annuel4; les Athéniens l'avaient proclamé le héros éponyme d'une de leurs tribus, et avaient institué une prêtrise d’Attale 5. A sa mort, il reçoit les honneurs divins. C’est une tradition qui s’établit pour ses successeurs6. Les inscriptions nous font connaître un « prêtre du roi Eumène, » un « prêtre du roi Attale », et une « prêtresse de la reine »7 8. Le roi mort est qualifié de « roi dieu » (ffecâeùç Osdç) . On lui
élève des temples : Attale Ier est honoré d’un culte dans Y Attalèion d'Égine;
Eumène Ier a le sien dans VEuménéion de Philétaireia, sur l’Ida; la reine mère
Apollonis a un temple à Cyziques.
Pour assurer le prestige de leur royauté, les princes de Pergame avaient des moyens plus efficaces que leur caractère divin; ils avaient leur richesse. Le trésor de guerre de Lysimaque, confisqué par l’eunuque Philétairos, avait prospéré entre ses mains et celles de ses successeurs. Au dire de Polybe, les richesses d'Attale Ier avaient fortement contribué à le faire reconnaître comme roi9. L'opulence des Attalides était proverbiale à Rome10 11 12. Il est certain que ces conquérants étaient des hommes d’affaires avisés, et qu'ils ne dédaignaient pas d'accroître, par les ressources de l'industrie, leur fortune personnelle et celle de l’État. Il y avait à Pergame des manufactures royales, qui, sous la surveillance des fonctionnaires « préposés aux travaux » (oî iA tùv ïpywv tùv pxoAixfiv) occupaient de nombreux « esclaves royaux », (àcw7.oi p*siXtxoi) ". Des briques trouvées dans les fouilles portent des estampilles attestant qu'elles proviennent des fabriques attaliques ,3. Suivant
1. Voir Maspero, Comment Alexandre devint dieu en Egypte; Annuaire de l'École des Hautes Études,