‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 111 sur 140 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA COUR DES ATTAL1DES. — ÉRUDITS ET RHÉTEURS DE L’ÉCOLE DE PERGAME. — LE MUSÉE ROYAL.

Nous avons décrit les monuments de l'Acropole de Pergame. Mais ce n’est là qu'une restitution du cadre où s’épanouit une civilisation brillante. Notre tâche resterait inachevée, si nous ne tentions de caractériser, au moins dans ses traits essentiels, le mouvement littéraire et artistique dont la capitale des Attalides est le centre. Comme Alexandrie et Antioche, Pergame est une ville de cour. La civilisation qui s’y épanouit est née des profonds changements que les conquêtes d’Alexandre et la création de grandes monarchies ont fait subir au monde grec; c’est l'hellénisme, et l’on sait ce que ce mot veut dire. Il signifie que la vieille Grèce es? morte, et qu’avec elle sont morts la cité, le patriotisme ardent et jaloux, les formes d’art et de pensée qui étaient l’expression de la vie nationale dans la petite patrie indépendante et libre. Il n’y a plus de petite patrie; il y en a une grande, qui est l'hellénisme. L’esprit grec est devenu cosmopolite; il s'est élargi, et il a gagné en curiosité et en étendue ce qu’il perdait en vigueur concentrée, en originalité créatrice.

La civilisation pergaménienne, qui atteint son apogée au second siècle, s’est

formée entièrement sous ces influences, et c’est là un fait digne d'attention. Pergame est une ville hellénistique, et n’a jamais été autre chose. Il n’est pas paradoxal de dire que l'hellénisme y est, pour ainsi dire, plus pur qu’à Alexandrie. Les Attalides n’ont pas, comme les Ptolémées, à concilier les mœurs nouvelles avec les traditions d'une civilisation étrangère et séculaire. Ils représentent la culture grecque de leur temps, en se réclamant de l’ancienne Grèce, pour laquelle ils professent une sorte de piété filiale. Les dieux grecs régnent seuls sur l’Acropole pergaménienne. La patronne de la ville est Athéna; un Athénien ne serait pas dépaysé aux fêtes de la déesse, qui s'appellent les Panathénées.

La cour des Attalides. Si l’on voulait prendre un terme de rapprochement dans l’histoire moderne, on pourrait comparer les rois de Pergame aux Médicis. Comme celle des Médicis, leur dynastie compte de vaillants soldats et d'habiles diplomates; ils ont une cour brillante; ils emploient leur richesse à édifier de beaux monuments; ils attirent à eux les savants et les artistes; ce sont les Florentins de l’hellénisme. Mais une simple comparaison ne suffit pas à caractériser la civilisation pergaménienne. Il y faut plus de précision. Nous examinerons d’abord ce qu'était la royauté à Pergame, et de quel prestige elle était entourée.

Les premiers dynastes avaient laissé subsister une apparence de liberté démocratique. Il y avait une assemblée du peuple, un collège de cinq stratèges qui s’occupaient des finances, des choses profanes et des choses sacrées; il y avait un collège de nomophy laques, magistrats gardiens des lois. La royauté ne supprima pas ces fonctions; elle réussit à établir, au moins dans les formes extérieures, un compromis entre les institutions d'une cité grecque et celles d'une monarchie militaire, si bien qu'à la mort d'Attale III, Pergame put se croire une ville libre. En réalité, le pouvoir royal s’exercait sans aucun contrôle. Suivant l'exemple donné par les monarchies de Macédoine, de Syrie et d'Egypte, les Attalides avaient créé une hiérarchie savante et compliquée de fonctionnaires royaux. Nous ne la connaissons pas dans le détail; mais les inscriptions mentionnent quelques titres qui en laissent supposer beaucoup d'autres. Le premier ministre, le chancelier du royaume, s'appelle « ô l-\ tûv Tcpayiiz-ruv », titre qui se retrouve à la cour des Séleucides '. Un autre titre fort honorifique, usité également en Syrie et en Egypte, est celui de « parent du roi » (<rjyy ev-à? ou covrpoço ? toO paci^éüj;)1 2; il est porté par les fonctionnaires les plus élevés de la hiérarchie. Peut-être les Attalides avaient-ils emprunté à la cour des Lagides quelques-uns des noms sonores dont étaient décorées certaines

1. Inschriften von Pergamon, VIII ', n0s 171-176. Cf. Bulletin de corresp. hellénique , I, p. 285; inscription de Délos publiée par M. Homolle.

2. Inschriften von Pergamon, VIII n0s 179, 224 A, 248; VIII n°5 176 a, p. 504.

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