LA COUR DES ATT ALI DES
toute vraisemblance, c’est dans les manufactures royales qu’on préparait le parchemin; de là sortaient aussi les célèbres étoffes tissées avec de l’or en fil, les attalicae vestes' si recherchées à Rome, et qui, sur le marché grec, faisaient concurrence aux brocarts ( polymita ) d’Alexandrie, et aux phrygioniae brodées à l’aiguille par les femmes phrygiennes. Ce n’est pas seulement à l’agora de Pergame qu’elles trouvaient des acheteurs. Nul doute qu’une place ne leur fût réservée, comme aux autres produits de l’industrie pergaménienne, dans la stoa construite à Athènes par Attale II.
Forts de leur richesse et de leur gloire militaire, les Attalides pouvaient jouer le rôle de princes philhellènes, et se ménager, par leurs libéralités, les bonnes grâces des Grecs. Ils n’y manquèrent pas. Les principaux sanctuaires helléniques les comptèrent parmi leurs donateurs. Avec un zèle pieux qui n'exclut pas l’entente de ses intérêts politiques, le dynaste Philétairos témoigne de sa dévotion pour le dieu de Délos, et, suivant l’exemple de Ptolémée, d’Antigone et de Démétrios, il fait au temple d’Apollon des donations sous la forme de phiales d'or. Attale Ier et Eumène II continuent ces générosités, et les Déliens reconnaissants consacrent leurs images dans l’enceinte sacrée1 2 3. Au temple de Delphes, Eumène donne 21000 drachmes pour les achats de blé, un talent pour les sacrifices et la célébration des Eumeneia ; il contribue à la réparation du théâtre, à l'entretien des offrandes. Aussi les Delphiens lui élèvent-ils une statue en belle place, près de l’autel de Chios ! . A Thespies, un Philétairos, soit le fondateur de la dynastie, soit un autre membre de la famille royale, fonde en l’honneur des Muses l’association des « Philétairiens4 5 ».
Mais la ville sainte de l'hellénisme est toujours Athènes, malgré la déchéance politique qu’elle a subie après la guerre de Chrémonide, et l’abaissement moral qui en a été la conséquence. Pour elle, les Attalides ont toutes les coquetteries; ils rivalisent d’attention avec les souverains hellénistiques, Lagides et Séleucides, qui se font les courtisans de la glorieuse cité \ Ils ne sont pas uniquement attirés vers Athènes par le désir d’y conquérir des suffrages qui ont la valeur d’une consécration donnée à leur puissance nouvelle par la vieille Grèce; ils ne se préoccupent pas seulement de faire écfater le contraste entre leur philhellénisme éclairé et la rudesse dont les Macédoniens ont fait preuve; ils obéissent à leurs goûts personnels; ils suivent leur propre inclination. Eumène Ier est lié avec le philosophe péripatéticien Lycon, avec Arcésilas de Pitané, qui vit à Athènes, et devient scolarque de l’Académie 6. Attale Ier