‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 121 sur 140 · L’ART A PERGAME. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

L’ART A PERGAME. — CONCLUSION

De même que le mouvement littéraire et scientifique à Pergame a pour centre la bibliothèque royale, de même l'impulsion donnée aux arts vient du palais. L’art de Pergame est un art de cour, et c’est là un caractère qu'il faut indiquer tout d’abord. Il explique la manière un peu artificielle dont se constitue l'école pergaménienne, composée au début d'artistes venus en grande partie de la vieille Grèce; il aide aussi à comprendre dans quelles conditions nouvelles se manifeste l'étonrtant regain de vitalité dont témoignent les sculptures du grand autel. Quand les Attalides commencent à grouper autour d’eux les artistes qui seront appelés à glorifier leurs victoires, l'art grec a déjà un long passé de production libre et indépendante. C'est donc une heureuse fortune pour l’art nouveau que de se mettre au service d'une monarchie. Sans répudier l'héritage si riche que leur laissent leurs prédécesseurs, les artistes des Attalides trouvent, dans les exigences mêmes qu'ils subissent, l’occasion de renouveler leurs conceptions, de créer des formes d’art qui leur soient personnelles, d’appliquer leur talent à des sujets que leur inspirent les événements contemporains. Il semble que ces conditions faites à la production artistique donnent à l'art hellénistique une nouvelle vigueur. Rien, dans l'art de Pergame, ne trahit l’épuisement. C’est une floraison tardive, il est vrai, mais encore pleine de sève, qui s’épanouit sur la terre d’Asie.

Avant de chercher à caractériser l’évolution de l’art pergaménien, nous devons

essayer de rétablir, dans l'ordre chronologique, la série des artistes qui travaillent pour les Attalides. Dans un passage auquel nous avons déjà fait allusion, Pline cite quelques-uns des bronziers qui ont collaboré aux ex-voto de victoires : Isigonos, Phyromakhos, Stratonicos, Antigonos Il est aujourd'hui possible de compléter cette courte liste, et de répartir les sculpteurs pergaméniens en deux groupes, l'un, plus ancien, comprenant les contemporains d'Attale I", l'autre représentant ce qu'on peut appeler « la jeune école », et composé des artistes qui sont en pleine activité sous le règne d'Eumène II et de ses successeurs

Il est fort probable, on le sait déjà, que le nom d’Isigonos doit être remplacé par celui d'Epigonos1 2 3, le maître dont nous avons signalé les œuvres principales, lorsque nous décrivions le grand monument triomphal élevé après l'année 228. Epigonos appartient certainement au groupe le plus ancien. 11 travaille déjà sous Philétairos, et exécute pour le vieil Attale un quadrige commémoratif d’une victoire olympique. Ses autres œuvres connues par des inscriptions datent du règne d'Attale 1“ : ainsi le monument d'Épigénès, les statues-portraits que nous avons citées, et le grand monument de victoire où trouvaient place le trompette galate, et l’enfant caressant sa mère morte, mentionnés par Pline comme ses chefs-d'œuvre. Il semble bien qu'Epigonos se rattache encore, dans une certaine mesure, aux écoles de l’ancienne Grèce. Pline le rapproche d'artistes tels que Kaïkosthènes d'Athènes, un maître secondaire du troisième siècle, tels que Daïppos,filsdeLysippe, et lui attribue d'autres œuvres rappelant les sujets que traitent ces artistes, des portraits de philosophes, des statues de comédiens et d'athlètes 4 5. En même temps, nous le voyons, dans les statues du monument triomphal, aborder les sujets pathétiques, traduire avec un sentiment déjà très réaliste la vérité des types ethnographiques, et inaugurer le mouvement qui va entraîner vers la sculpture d’expression la jeune école de Pergame. Ajoutons qu'Epigonos paraît avoir fait grande figure à la cour d Attale Ier. II prend à l'exécution du monument triomphal une part considérable; il signe de nombreux portraits, entre autres celui d'Attale, et semble bien jouer auprès de ce prince le rôle de Lysippe à la cour d’Alexandre. Peut-être faut-il aussi considérer comme un des représentants de la première école pergaménienne cet Antigonos, à la fois bronzier et écrivain d’art, dont il a été question au chapitre précédent3. Il n’est pas impossible qu’il ait, lui aussi, collaboré au monument triomphal. En tout cas, il paraît s’être acquis une réputation plus grande comme écrivain d’art que comme artiste.

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