I.ARMIER ET CYMAISE DU TEMPLE DE DIONYSOS
A l'extrémité ouest de la place du marché, en face de l'édifice à niche, et non loin du mur qui limitait la partie ouverte de l’agora, on remarque un soubassement construit en tuf de trachyte. Sa forme rectangulaire, son couronnement en forme de degrés, permettent d’y reconnaître à coup sûr la crépis d'un temple; on voit encore les traces du mur où s’ouvrait, à l'est, l'entrée de la cella. Nous dirons plus loin les raisons sur lesquelles s’est fondé M. Bohn pour désigner cet édifice comme un temple de Dionysos Kathégémon 2; nous devons d’abord signaler les particularités architecturales qu’on a pu relever.
1 . Nous devons cependant rappeler qu’il y a, à l’ouest de la salle à niche, une sorte de petite annexe, avec une base de statue.
2. R. Bohn, Der Tempel des Dionysos \u Pergamon , Abhandl. der berliner Akademie, 1884, II, p. 3-i 1,
Le temple n'était pas grand. La crépis mesure 7", 40 de large sur i2m,3o de longueur. Pourtant, comme le sol naturel s'abaisse sensiblement du nord au sud dans cette partie de l'agora, il avait fallu établir au sud des fondations assez profondes; de ce côté les assises de la crépis sont plus nombreuses que du côté nord, où le stylobate s’élève très faiblement au-dessus du niveau du rocher. L'édifice, dont la façade regardait la place, était un temple dorique prostyle, avec des colonnes à vingt cannelures, hautes de 5m,i5. Ce qui en fait le principal intérêt, c'est qu'il montre quelles libertés l'architecture hellénistique commençait à prendre avec les règles jusque-là si sévèrement observées du mode dorique. Les colonnes posent sur une base, composée d’une cymaise, d’un tore et d une plinthe. Les triglyphes de la frise sont enjolivés de petites feuilles d’acanthe qui se logent à l’extrémité supérieure des demi-canaux. Le décor de la corniche est tout à fait imprévu. Au lieu des mutules habituelles, le dessous du larmier montre une ornementation très originale; elle consiste en une série de losanges, au centre desquels s’épanouit une fleur, offrant alternativement des pétales arrondis ou des pétales en pointe comme ceux d une marguerite. Sur la cymaise court un opulent rinceau de feuillage, et les têtes de lion formant gargouilles, si chères aux anciens architectes, sont remplacées par des masques de satyre, aux gros yeux ronds, aux oreilles pointues, à la chevelure hérissée.
Ce dernier détail, très caractéristique, justifie l'hypothèse de M. Bohn, et semble bien nettement désigner l’édifice comme un temple de Dionysos. Le voisinage du théâtre, les nombreuses dédicaces à Dionysos Kathégémon trouvées dans les fouilles', le fait que la porte d’entrée du théâtre, située juste en contrebas du temple, était dédiée à ce dieu", voilà autant d’arguments qui viennent à l’appui de l’identification. Nous savions d’ailleurs que le dieu avait un sanctuaire à Pergame. C’est dans son temple que se produisit le prodige raconté par César et par Dion Cassius3 : le jour de la bataille de Pharsale, les habitants de la ville entendirent, avec une terreur sacrée, retentir dans 1 adylon les tambourins et les cymbales, frappés par une main mystérieuse. Pourtant est-ce bien le petit temple de l’agora qui fut le théâtre du miracle? Dionysos n avait-il pas, comme Athéna, un autre sanctuaire plus grand, situé hors de 1 Acropole, et que les fouilles n'ont pas fait connaître*? Nous ne possédons pas les moyens de ré-
avec une planche donnant la restauration de la façade. Bohn a résuma ses observations dans le Jahrbuch der preuss. Kunstsamml., 1888, p. 72-73.
1. Inschriften von Pergamon . VIII' n“ 221, 222, VIII1 nos 317-320.