FRISE DE LA U I G A N T O M AC H I E. - CHEVAUX DU CHAR D ARES
était assez rapproché
du mur qui soutient la terrasse d’Athéna. En tout cas, c’est là que se trouvent les morceaux les moins heureux, ceux où la composition est le plus surchargée. Les Dioscures, qui font suite au groupe d'Aphrodite et de Dioné, se rattachent sans peine à la série des divinités sidérales. Leurs adversaires sont ceux que leur prê-
tait la légende messénienne, Lyncée et Idas, les fils d'Aphareus, qui, pour la circonstance, ont pris rang parmi les Géants. Pollux va frapper de sa lance le Géant Lyncée, tombé sur un genou, dans une attitude qui rappelle celle d'une des figures de la belle stèle attique de Dexiléos. Le sculpteur a suivi la tradition messénienne, où le combat d'Idas et de Castor se termine par la mort du Dioscure. Voici en effet Idas, solidement appuyé sur les enroulements de serpent qui terminent ses jambes, et étreignant dans ses bras Castor qui essaie de se défendre avec sa lance. Viennent ensuite les divinités des constellations : Orion, la Vierge, tenant sans doute l'Épi (S-ri/u;)' ; Bootès, luttant contre un adversaire armé dont le bouclier est orné d'étoiles et de foudres, et où l’on reconnaît Astérios, le Géant milésien que Zeus changea en étoile. La figure principale du groupe est celle de Nyx, la déesse de la nuit, tenant de la main droite un vase autour duquel s’enroule un serpent. En dépit des interprétations diverses qui ont été proposées1 2, il faut admettre l'explication de M.Puchstein : le vase représente la constellation de la Coupe ou du Cratère , et le serpent celle de Y Hydre. Ainsi, par un symbolisme dont on ne saurait méconnaître ni l’originalité ni la valeur poétique, l'artiste a donné à la Nuit, comme arme de jet, des étoiles détachées de la voûte céleste.
Les Erinyes, les Gorgones, les Grées. On ne peut que rendre justice à Part ingénieux avec lequel les sculpteurs de la frise ont ménagé la transition d'un groupe à l’autre. Aux divinités sidérales font suite les Érinyes, filles de Nyx, puis les trois Gorgones, qui habitent aux bords occidentaux de l'Océan, dans des régions lointaines confinant aux domaines de la Nuit. Les trois terribles sœurs ont perdu ici le caractère hideux que leur prête l'art classique. La dernière, celle qui combat escortée d’un lion, est charmante d'élégance; vue de dos, le visage de profil, elle offre aux regards la masse épaisse de ses cheveux à demi dénoués, dont les boucles s’étalent en nappe ondoyante. N'est-ce pas aussi, suivant Ovide, l'opulence de la chevelure qui faisait la beauté de Méduse avant sa métamorphose3? Les sœurs des Gorgones sont les Grées, qui résident avec elles près des rivages de la mer. Un fragment représentant un poisson marin permet de placer à la suite le groupe des filles de Phorkys, sans que nous puissions dire comment le sculpteur avait figuré le type étrange des Grées, avec leur dent et leur œil uniques.
1. C’est l’étoile la plus brillante de la constellation. Cf. Bouché-Leclercq, Y Astrologie grecque , p. 140, et tig. 8.
2. Ainsi celle de Roscher, N sus Jahrbücher fiir Philologie , i33, 1886, p. 225. D’après ce savant, il y aurait là un souvenir des vases remplis de serpents que les soldats de Prusias avaient jetés dans les vaisseaux des Pergaméniens, pendant la bataille navale de 184. Cornélius Nepos, Vita Hannibalis, c. 10 et 11. Justin, XXXI 1, 4, 6.