Perrot et Chipiez, ibid., p. 637, fig
LE SANCTUAIRE D'ATHËNA POLIAS NIKÉPHOROS
PERGAM E
inférieur, dorique également; les niches ioniques devaient être réservées pour l’étage supérieur; il y avait donc là comme un rappel de l'ordre employé pour chaque étage des portiques. Les éléments ne font pas défaut pour une restitution certaine de ces sortes d'édicules. Voici l'état actuel d'une des niches doriques, telle qu'on l’a reconstituée au musée de Berlin. Les demi-colonnes ont om,i72 de diamètre à la base; elles sont creusées de onze cannelures; le chapiteau, à abaque bas, est travaillé dans le même bloc de marbre que le fût. Quant à la corniche, surmontée aux angles d'acrotères en forme de palmettes, elle offre les éléments habituels de l'ordre dorique. Les niches ioniques ont des colonnes un peu plus élancées, mesurant seulement om,i49 au diamètre inférieur. La base fait corps avec le fût; le chapiteau à volutes est travaillé à part. La corniche se com-
PORTIQUE D’ATHÉNA POLIAS. — ENTABLEMENT fi’UNE NICHE IONIQUE. (État actuel.)
pose d’une architrave à trois fasces, et d'une frise de style très élégant, où un bouquet de feuilles aiguës alterne avec des palmettes de trois types différents’.
La destination de ces niches se devine aisément : elles étaient faites pour recevoir des statues. L’administration du musée de Berlin a été bien inspirée en replaçant, dans la niche dorique, une statuette de femme que reproduit notre état actuel. On juge mieux ainsi de l'effet décoratif que pouvaient produire, au fond des portiques, ces sortes d'édicules encadrant une statue de marbre. Celle-ci se détachait Seins doute sur un fond revêtu d'un stuc coloré ou d’un enduit peint, et l'on imagine facilement que les parties pleines du mur étaient également peintes d’un ton uni, jusqu’au niveau du socle qui supportait les niches2. Quant à la partie inférieure de la muraille, elle était revêtue de plaques de marbre, qui formaient
1. On peut rapprocher cette frise de celle qui décore la corniche de l'autel de cendres.
2. Nous corrigerions volontiers sur ce point la restauration que reproduit notre figure, et où les joints des pierres sont indiqués dans la partie supérieure du mur.
LE SANCTUAIRE D’ATHÉNA POLIAS NIKEPHOROS
une haute plinthe, et offraient aux chocs, aux accidents de toute sorte, une résistance plus solide que ne l'aurait fait un simple enduit peint. C'est là un système de décoration proprement hellénistique, et dont l'art antérieur n’offre pas d’exemples. Mais, pour apparaître tard, il n’en est pas moins destiné à faire une rapide fortune, à gagner la vogue, et à revendiquer sa place dans l'ornementation de la maison romaine et pompéienne. Examinez par exemple, au Musée des Thermes de Dioclétien, à Rome, les curieuses peintures détachées des murs de la maison romaine qu’ont exhumée les fouilles de la Farnésine, et qui date du temps d'Auguste1. Vous y verrez, peintes en trompe l’œil, des niches semblables, qui égaient la surface des grands panneaux. Et faut-il rappeler de quelle faveur ce genre de décor jouit à Pompéi? Les niches des portiques pergaméniens sont donc comme le prototype
réel, tangible, du décor architec-
tural dont les fresques italiennes
visent à donner l’illusion. Ces colonnettes, ces corniches, que
les peintres de Rome et de Pom-
péi se contenteront de figurer du bout de leur pinceau, les 1
architectes des Attalides les ont
consciencieusement exécutées en marbre. -
Le Propylon. L’about du portique nord venant donner directement sur le mur d’enceinte, et présentant un mur plein de ce côté, la seule partie du péribole où 1 on pût ménager une entrée était l'extrémité sud du portique oriental. Là, en effet,
i. Voir l'ouvrage de J. Lessing et A. Mau : Wand-und Deckenschmuck eines roemischen Hanses ans der Zeit des Augustus, Berlin, 1891.
le terrain n offrant pas de dénivellement, le sol du portique se trouvait presque de plain-pied avec celui de la cour extérieure, et la place était tout indiquée pour y établir le Propylon monumental qui donnait accès au sanctuaire. Quelle que fût la partie que l'on voulût visiter, c'était là l'unique entrée. Le Propylon touchait,
du côté sud, à l'extrémité d’une grande cage d’escalier qui formait l’about du portique oriental. C’est par cet escalier qu’on montait à l'étage supérieur des portiques, et nous verrons plus loin qu'il conduisait également à la bibliothèque. Deux visiteurs franchissant le Propylon
PORTIQUE DATHENA POLIAS. CHAPITEAU d’aNTE DU PROPYLON.
(Étage supérieur.) avaient-ils affaire, l’un au
temple d'Athéna, l'autre à la bibliothèque? Le premier traversait simplement le portique; le second tournait à gauche, et trouvait devant lui la porte de l’escalier. Cette disposition facilitait singulièrement la surveillance du sanctuaire et de ses annexes.
La façade du Propylon s'ouvrait vers l'est, en saillie sur le mur de fond du portique oriental, présentant deux étages avec quatre colonnes de front; l’étage supérieur formait une sorte de loggia, grâce aux balustrades qui reliaient les colonnes1. Comme dans les portiques, l’ordre supérieur était dorique, l’ordre inférieur ionique. Nous n'avons donc pas à faire une description spéciale des deux
i . La planche XXXI du t. II des Altertilmer von Pergamon donne la façade du Propylon restaurée.
LE SANCTUAIRE D’ATHÉNA POLIAS DE NIKÉPHOROS 1 17
ordres du Propylon ; ils sont déjà connus, puisqu’ils reproduisaient exactement ceux des portiques. Remarquons seulement qu’il entrait ici deux éléments nouveaux. D une part, l’entrée s’ouvrait entre des amorces de murs qui appelaient nécessairement une décoration d’antes; de l’autre, il avait fallu donner à la loggia supérieure un couronnement qui fût d'accord avec le caractère monumental de la façade. Pour les antes, elles étaient doriques au rez-de-chaussée, ioniques au premier étage. Les fouilles ont livré un beau spécimen de chapiteau provenant d’une ante ionique1. L'abaque, orné d’oves et évidé, se creuse pour suivre le contour
supérieur du chapiteau ; à l'angle des volutes s’épanouit la palmette que nous avons déjà relevée comme un des éléments caractéristiques du chapiteau ionique à Pergame et à Priène. La base carrée est élégamment décorée de rangs de perles et de rosaces fleuries.
On s’éloigne tout à fait des traditions anciennes avec la corniche de l'ordre supérieur. Ici, l’architecte avait certainement cherché une ornementation plus riche que la simple corniche à triglyphes des portiques. Au-dessus d'un bandeau à deux fasces, il avait fait courir une frise un peu lourde, mais d’aspect très décoratif, où 1 on sent 1 influence évidente de la « guirlandomanie » alexandrine. Elle se compose de guirlandes de chêne et d’olivier, reliées alternativement par des aigles aux ailes éployées et par des têtes de bœuf ornées de bandelettes de