‹ Pergame; restauration et description des monuments de l'acropole;Chapitre 97 sur 140 · I.E TRAJANEUM. TERRASSE ET SOUBASSEMENT DU TEMI’I.E · texte numérisé non relu

I.E TRAJANEUM. TERRASSE ET SOUBASSEMENT DU TEMI’I.E

pôle, et quand on descend dans ces couloirs souterrains, au milieu des ronces et des débris d'architecture, on reste frappé de la structure puissante des murs, qu’éclaire çà et là un rayon de lumière faisant irruption par une large crevasse.

Si l'on veut comprendre comment avait été résolu le problème de faire aboutir les voûtes au grand mur de soutènement qui terminait la terrasse du côté sud, on se reportera à notre vue à vol d'oiseau de l'Acropole. Elle montre 1 état actuel du mur, qui mesurait 70 mètres de longueur; sa partie la plus basse était de 22m,jo en contre-bas de la plate-forme du Trajaneum. Cet énorme mur était en quelque sorte divisé en trois sections : une section inférieure, limitée par un bandeau en saillie qui règne sur toute la longueur; une section

Nous renvoyons à 1 et jde de M. Stiller, Das Traianeum, Altertiimer von Pergamon, V .

médiane; enfin une section supérieure qui se trouvait au niveau des voûtes. On voit en effet leurs ouvertures s'aligner sur le bord démantelé de la terrasse. En continuant le mur plein, on les aurait masquées; l’architecte avait donc pris un parti différent. Cette troisième section du mur était ajourée au moyen de pilastres et ces ouvertures cintrées correspondaient à celles des voûtes : c'étaient comme des prises d’air, qui assainissaient les couloirs souterrains1. Vu de loin, le grand mur de soutènement apparaissait avec un couronnement d'arcatures qui le trouaient de taches sombres dans sa partie supérieure.

Nous ne saurions nous attarder à la description du Trajaneum qui nous fait

TRAJANEUM. CHAPITEAU CORINTHIEN DU TEMPLE. TRAJANEUM. FRAGMENT DE LA FRISE DU TEMPLE.

(État actuel.) (État actuel.)

pour un instant perdre de vue l'Acropole royale. On nous permettra d’indiquer seulement l’essentiel. Orienté vers le sud, ou plus exactement vers le sud-est, le temple occupait une aire longue de 27 mètres, sur 20 mètres de largeur. 11 était supporté par un socle haut de 2m,ç), dont les assises, conservées en grande partie, étaient revêtues de plaques de marbre; un large escalier y était pratiqué du côté de la façade. L'édifice, d'ordre corinthien, avait six colonnes sur chaque façade, et neuf sur les longs côtés. Avec le chapiteau, les colonnes mesuraient environ ç)m,8o de hauteur. Nous donnons ci-joint l'état actuel de l’un des chapiteaux; il permettra de juger avec quel scrupule avaient été respectées les traditions grecques. A la base s’épanouissent des feuilles d'acanthe d’où

1. Dans notre restauration, le mur masque les voûtes. Je crois qu’on peut adopter une solution différente, comme l’a fait M. Stiller.

LE TRAJANEUM

sortent des volutes, et sur l'abaque s’arrondit une fleur en forme de rosette. L'entablement se compose d’une architrave à deux bandes, couronnée par des rangs de perles et des oves, et d'une frise richement sculptée, où des tètes de Méduse alternent avec des consoles supportées par des tiges d’acanthe. Chose curieuse, ce n’est pas la première fois que nous rencontrons en Asie Mineure ce motif décoratif appliqué à une frise de temple. Les dernières fouilles faites à Didymes nous ont fait connaître l’entablement du temple d’Apollon, commencé au quatrième siècle avant notre ère, à une époque où les architectes

ioniens, rompant avec la tradition classique, inauguraient un style d'une extrême richesse et d’une étonnante fantaisie. Or, la frise de Didymes nous montre déjà des têtes de Méduse alternant avec d'opulents fleurons réunis à ces tètes par des rinceaux1. L’architecte du Trajaneum, familiarisé sans aucun doute avec l’architecture grecque de l'Asie Mineure, s'est-il souvenu d'avoir vu ce motif à Didymes? L'a-t-il introduit, comme une réminiscence, dans la frise pergaménienne ? On serait tenté de le croire.

D'autres éléments de la décoration doivent encore retenir notre attention. Les fouilles ont livré de nombreux fragments des acrotères; celui qui couronnait

i. Haussoullier et Pontremoli, Fouilles de Didymes, Revue de l'art ancien et moderne, 1897, n° 9, p. 402.

P ERG AME.

le fronton nous est parvenu très mutilé; mais l'assemblage des morceaux se fait avec assez de certitude pour permettre une restauration. C'était un travail

:ple. (Restauration.

de sculpture considérable, car l'acrotère mesure en hauteur 2m,25 sur 2 mètres de large, et le décor était ajouré au lieu de s'enlever en relief sur un fond. Par la richesse du style, par la souplesse élégante des lignes, il peut rivaliser

LE TRAJANEUM

avec les plus heureuses créations des ornemanistes ioniens. Sur le socle s’épanouissent, comme un opulent calice de fleur, trois feuilles d’acanthe. De chaque côté partent deux rinceaux, qui projettent une luxuriante frondaison de feuillages, de volutes et de palmettes. Ils se recourbent, se tordent, s'entrelacent, mariant ou contrariant leurs lignes flexueuses, dessinant les plus capricieuses arabesques. Ils entourent de leurs ondulations une figure de Victoire, posée sur un globe, et dont les ailes se dressent toutes droites, immobiles, pointant vers le ciel1. Le même décor se répétait dans les acrotères d’angle, mais avec une structure un peu différente : il avait fallu en quelque sorte le replier pour l’adapter à la forme de l’acrotère, et la Victoire, penchée en avant, semblait prête à prendre son vol. On imagine facilement quel effet devait produire, au sommet du fronton, cette dentelle de marbre si curieusement ajourée, s'enlevant en clair sur le bleu limpide du ciel.

Autour du temple s’étendait une vaste cour pavée de trachyte, fermée sur trois côtés par des portiques. Celui du nord, que nous désignons sous le nom de portique supérieur, était surélevé par un haut soubassement, et se terminait à l’ouest par une grande pièce. Ceux de l'est et de l’ouest étaient construits sur un plan identique, avec cette différence que l’about du portique oriental était formé par une sorte de niche qui semble avoir été ménagée là pour le repos des promeneurs. L'extrémité sud des deux portiques était flanquée d'une construction qui donnait plus d’ampleur à leur face d'aboutissement sur le grand mur de soutènement. Il est assez difficile d’indiquer exactement où était l'entrée de la cour. Nous avons supposé un passage au milieu du portique oriental; mais ce n’est là qu'une hypothèse. Peut-être faut-il, avec M. Stiller, faire jouer le rôle de Propylon à la construction qui s’élève à l'extrémité sud de ce même portique; on aurait ainsi reproduit, au Trajaneum, une disposition analogue à celle que les architectes d’Eumène avaient adoptée pour l'entrée du sanctuaire d'Athéna Polias. Ce qui est sûr, c’est qu'il y avait de ce côté une communication entre la terrasse du Trajaneum et celle d'Athéna. On voit encore, dans la partie orientale du mur de soutènement, une porte avec un escalier, qui permettait d’accéder directement au Trajaneum quand on sortait des annexes de la bibliothèque.

La restauration des portiques romains reste en dehors de notre étude. Mais nous devons au moins y relever certains détails trahissant comme une survivance des formes que nous avons observées dans les monuments de l'époque royale. A ce point de vue, les chapiteaux de l’ordre des portiques offrent un réel

i. Il esta peine besoin de rappeler que c’est là un motif hellénistique. On retrouve des Victoires semblables voltigeant sur des rinceaux, dans les stucs de la maison romaine de la Farnésine, qui date du temps d'Auguste : Lessing et Mau, Wand-und Deckensclimitck eines roemischen Hanses aus der Z eit des Augustus, Berlin, 1891.

intérêt. Voici l'état actuel d'un de ces chapiteaux, avec un fragment de l’architrave à trois bandeaux qui les couronnait. Au premier, coup d'œil, on y reconnaît un type déjà connu. C’est celui du chapiteau à calathos que nous avons vu employé dans l’ordre intérieur du portique limitant au nord la terrasse d'Athéna Polias. Ce sont les mêmes feuilles longues et retombantes, groupées en bouquet; mais ici elles sortent d’un tronçon de fût qu'entourent des feuilles d'acanthe. Le chapiteau d’ante nous donne un renseignement nouveau, car il nous apprend

TRAJANEUM. CHAPITEAU DU PORTIQUE. TRAJANEUM. — CHAPITEAU d’aNTE DU PORTIQUE

(État actuel.) e t acrotêre. (État actuel.)

comment ce type se transforme pour couronner les pilastres d’ante. Le chapiteau prend une forme rectangulaire, et se renforce aux angles par des feuilles d’eau d un dessin robuste et simple. Dans notre dessin, nous avons rapproché ce chapiteau d un acrotêre provenant des portiques, et dont le type est purement grec1. On le voit, 1 architecture du Trajaneum n’avait pu échapper aux influences helléniques, que tant de monuments contribuaient à rendre encore si vivantes en Asie Mineure. Le temple est romaih; mais on s'aperçoit qu’il a été construit sur un sol grec.

Quel était, à 1 époque royale, l'aspect du plateau où les architectes romains

i. La restauration de M. Stiller ne place pas d'acrotères sur les portiques. iAltertümer von Pergamon, V , pl. XXXII. j Il nous semble cependant que ce morceau ne peut guère avoir d’autre provenance.

LE TRAJANEUM

construisirent le Trajaneum? La partie nord était certainement occupée par des habitations. Derrière le portique supérieur, jusqu'au mur de l'Acropole, on relève de nombreux vestiges se prolongeant à l'ouest, du côté de la terrasse d'Athéna Polias; ce sont des murs de fondation, des débris de marbres, des mosaïques, et tout cela donne l'idée de demeures spacieuses, construites avec luxe. A n en pas douter, c’est là qu'il faut placer les palais royaux avec leurs dépendances. Il est probable que les palais neufs, ceux d'Eumène et de ses successeurs, étaient contigus à la bibliothèque, et que les portiques du sanctuaire en formaient comme le vestibule d'honneur'. Ils étaient sans doute construits avec

terrasse du trajaneum. — EXÈDRE d’attale ii. (Plan, face et détail du profil.)

toute la recherche d’élégance qui prévaut à l’époque hellénistique; on y restitue volontiers ces afo al woMOupot, qui, au dire de Plutarque2, caractérisaient les demeures princières des Diadoques, et semblent avoir été imitées dans les palais impériaux du Palatin. Derrière le Trajaneum, on trouve des traces d'habitations plus anciennes. Peut-être était-ce l'emplacement des vieux palais, des demeures plus modestes habitées parles dynastes au temps où l’Acropole n’était qu'une forteresse.

Il est bien difficile de dire ce qu'il y avait sur la partie du plateau où s’éleva plus tard le Trajaneum. Les fouilles ont bien mis au jour, en cet endroit, deux monuments de l’époque royale; mais tout porte à croire qu’ils n’occupent pas leur place primitive, et que les architectes romains les ont transportés et rétablis

1. Bohn, Jahrbuch der k. preuss. Kunstsammlungen, 1888, p. 69.

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