CHAPITRE IX
LA TERRASSE DU THÉÂTRE
Le plateau de l’Acropole dessine un arc de cercle, dont les extrémités sont tournées vers l'occident. Qu’on se représente une ligne droite formant la corde de cet arc, on aura comme le tracé géométrique de la terrasse du théâtre, et le théâtre Iui-mème figure assez bien un cercle irrégulier inscrit dans ce segment. L’ensemble de constructions et d’édifices dont il est le centre s’étage sur le versant occidental de la colline qui domine la vallée du Sélinus, celui où l’Acropole étale pour ainsi dire sa façade. Ces monuments en complètent l’aspect décoratif. Aujourd'hui encore, tout ruinés qu’ils soient, ils se signalent de loin à 1 attention. Si l’on prend son point de vue près du cimetière turc, sur le levers oriental de la vallée du Sélinus, on voit les puissants soubassements de la terrasse, mis a nu par les fouilles, souligner d une saillie énergique la base de 1 Acropole royale, au-dessus des pentes raides où les travaux des fouilles ont fait dévaler en longues traînées grises les terres déblayées. On se rend compte que, placé à une telle hauteur, le théâtre de Pergame ne le cédait, pour le pittoresque de la situation, à aucun autre théâtre grec. On le comprend encore mieux, lorsque, de la terrasse d Athéna Polias, on entreprend de descendre jusqu au
niveau de la scène par les gradins à demi rompus. Nous avons déjà décrit l'aspect que présentent de ce côté la vallée du Sélinus et la plaine du Caïque. On 1 embrasse d'un seul coup d'œil, sans que rien vienne la limiter; le vide du premier plan lui donne une profondeur extraordinaire, et le terrain semble se dérober et fuir en pente rapide vers le lit encaissé du Sélinus.
C'est le théâtre qui nous occupera tout d'abord1 2. On sait qu’au sens étroit du mot, le théâtre (Osa-pov) est proprement l'emplacement réservé aux spectateurs. Avec le temps, on désigna ainsi l'ensemble des constructions destinées aux représentations scéniques, en y comprenant les différentes parties dont les noms sont trop connus pour qu'il y ait lieu de les définir ici longuement : l 'orchestra, c’est-à-dire la place de danse, où évoluaient les choreutes; la skéné, qui, dans l'acception la plus large du terme, comprenait les chambres où s’habillaient les acteurs, et les magasins d'accessoires; l’estrade appelée proskénion ou logeion , et les paraskénia qui faisaient saillie de chaque côté du proskénion. Tous nos lecteurs savent quelles discussions soulève 1 étude de ces différentes parties du théâtre grec, et notamment celle du logeion- . Aussi bien nous n’avons pas à les rouvrir ici. Si, parmi les archéologues, les uns acceptent la théorie de M. Doerpfeld qui refuse de voir dans le logeion l'endroit où parlaient les acteurs, si les autres la combattent énergiquement, le théâtre de Pergame ne fournit aucun argument nouveau ni aux partisans ni aux adversaires de ce système. Il n'en présente pas moins des particularités intéressantes, qui méritent l'attention. Mais avant de les signaler, il importe de rappeler qu'il a subi des remaniements à plusieurs reprises. La construction primitive, dont la date reste incertaine, a été modifiée, soit sous les derniers rois, soit dans les premières années qui ont suivi la mort d'Attale III. A l'époque impériale, Yorchestra et la skéné ont été adaptées aux exigences du goût romain. Tous ces changements ont laissé des traces. Nous les indiquerons chemin faisant.
Le théâtre. La dépression naturelle qui se creuse sur le flanc occidental de l'Acropole offrait un emplacement tout désigné pour y asseoir le Oea-pov proprement dit, c'est-à-dire les gradins réservés aux spectateurs. La pente du terrain, la largeur de l’espace, créaient des conditions favorables pour faire du théâtre de Pergame un des plus grands qui existent. Entre la plate-forme de la terrasse d'Athéna, qui le domine à l'ouest, et le sol de Y orchestra, la différence de niveau est de 46 mètres, et l'espace couvert par les gradins mesure en chiffres ronds 4.200 mètres carrés. La limite supérieure était tracée par les murs de soutènement qui bordaient la terrasse d'Athéna et la cour voisine de la bibliothèque. Nous avons décrit ces
1. Nous citerons une fois pour toutes, comme la source principale, le tome IV des Altertümer von Pergainon consacré à la terrasse du théâtre : Die Theater-Terrasse, par R. Bohn, avec atlas in-folio.
2. La question a été traitée longuement par M. Léchât dans la Restauration d'Epidaure. Nous renvoyons également à l’ouvrage de MM. Doerpfeld et Reisch, Das griechische Theater, Leipzig, 1896.
LA TERRASSE DU THEATRE
murs renforcés par des pilastres, se raccordant à angle obtus avec le mur long de i2m,55 auquel aboutit le portique nord du sanctuaire d’Athéna'. Il y avait là à la fois pour le théâtre une clôture et un passage, car un escalier, pratiqué dans l’intervalle de deux pilastres, mettait le théâtre en communication avec la terrasse supérieure. Cependant les gradins ne montaient pas jusqu a ce mur. Ils étaient