‹ Peril en la demeure comedie en deux actes, en proseChapitre 12 sur 59 · ACTÉ I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTÉ I, SCÈNE VI

Soit! mais j'en veux à votre femme. Par amitié pour moi, i! me semble qu’elle aurait pu passer quelque chose à cet enfant...- Sa belle vengeance tombe sur moi seule, en réalité. Ce n’est pas bien, et je ne le tairai pas à Caroline.

LA ROSERAIE. !

Soyez sûre que vous no lui direz rien dont je no l’aie accablée dès que j’ai su qu’elle desservait Albert auprès du ministre, .le lui ai représenté vivement toutes mes obligations envers vous; j’ai raisonné, j’ai supplié, le tout en vain. Sa conclusion a toujours été : j’aime et je vénère madame de Vitré ; je lui donnerais mon sang...

MADAME DE VITRÉ

Eh! j’ai bien affaire de son sang !

LA ROSERAIE

Mais M. son fils est jeune et peut attendre, (atsc infoociance, »’â*- Mjant il oité do madamo do vitrd.) Ail ça ! entre nous , ma chèro amie I qu’esirce donc qu’il a fait à ma femme, votre étourneau?

MADAME DE VITRÉ

Ah! par exemple, voilà qui est boü ! Mais c’est à vous que je le demanderai.

LA ROSERAIE

A moi, grand Dieu 1 est-ce que cela regarde mon département? Demandez-moi , madame , ce qui se passe à Bornéo , à Sidney, à Cuzco, aux quatre points cardinaux , je vous le dirai avec des détails qui vous surprendront et dans la langue qu’il vous plaira; cela m’est égal. Mais ne me demandez pas l’heure qu’il est à Paris, je ne m’en doute pas. (n tire sa montre. ) Tenez, il est dix heures et demie, eh bien ! ma parole d’honneur, je n’en savais rienl

, MADAME DE VITRÉ, rianl.

Écoutez, La Roseraie; il est très-bon assurément, quand on est homme po’itique , de savoir ce qui se passe à Cuzco ; mais il est meilleur, quand on est marié, de savoir ce qui se passe chez soi.

LA ROSERAIE) se levant.

Et où en trouverais-je le loisir, Seigneur Dieu! Mais vous n’avez aucune espèce d’idée de la vie que je mène , ma pauvre chère amie I

MADAME DE VITRÉ

Mais VOUS menez une sotte vie , mon pauvre cher ami , j’en ai peur.

LA ROSERAIE, arec une empliasd xin peu rvMpeuse.

Comment ! c'est une sotte vie , madame , à votre compte , que celle qui se voue tout entière aux plus graves intérêts des sociétés humaines I

MADAME DE VITRÉ

Eh I le mariage est la base des sociétés humaines, Monsieur.

LA ROSERAIE, s'exaltant.

Une sotte vie, que celle qui embrasse dans son cercle quotidien toutes les idées , toutes les passions , tous les intérêts qui se développent , qui s’attirent , qui se mêlent , qui se combattent sur toute la surface de l’univers habité ! ne comprenez-vous pas que mon humble existence personnelle, que la vie de mon intelligence et la vie de mon cœur grandissent et se multiplient à l’infini dans le rayonnement de cette vie universelle? Cela m’éblouit! cela me dévore 1 cela me tue ! Mais qu’importe , je vis , je suis heureux! Voilà des passe-temps, madame, voilà des joies, voilà un orgueil dignes d’un homme ! Et vous me demandez... quoi? de consacrer ma vie à recueillir les historiettes de salon , à noter les commérages de boudoir, à surveiller toutes les minuties mesquines de la stratégie mondaine I Ah ! franchement, demandezmoi plutôt de faire des broderies, des découpures ; demandez-moi, madame, de passer mes jours et mes nuits, l’œil collé sur un microscope, à étudier les mœurs des animaux infusoires ! J’aimerais mieux cela 1

MADAME DE VITRÉ

Eh ! je ne vous demande rien de pareil ! Vous savez mon horreur pour les paresseux et les inutiles ; mais, en vérité, vous donnez dans l’excès contraire : vous accordez trop à la chose publique... Je sais que vous avez un département très-étendu...

LA ROSERAIE

Mon Dieu non... les cinq parties du monde, simplement]

MADAME DE VITRÉ, s’irritant at sa ISTauL

Eh bien! il y en a une sixième. Monsieur]

LA ROSERAIE

Bah l où donc ça?

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