ACTE I, SCÈNE Vî
Rue Lepelletier, 36, chez madame de la Roseraie : ce n’est pas ^ la moins importante , et je vois avec chagrin que^vous soyez encore à la découvrir. C’est à peine, j’en suis sûre, si vous y mettez le pied de toute la journée. Voyons , faites-moi votre confession.
( Elle M ranled tor le diran.) MotteZ-VOUS donC là SUT 1r SellottO, 6t THCOn-
lez-moi l’emploi de votre journée.
LA ROSERAIE, t’enefent 1 droite.
Volontiers. — Interrogez I . ..
MADAME DE VITRÉ
Vous venez ici de bonne heure?
LA ROSERAIE
Dès l’aurore.
MADAME DE VITRÉ
Bon début!... Vous déjeunez... je suppose...
LA ROSERAIE
Généralement.
MADAME DE VITRÉ
Avec votre femme?
LA ROSERAIE
Jamais.
MADAME DE VITRÉ
Dans votre cabinet?
Toujours. Après avoir parcouru, depuis six heures du matin, toutes les cours de l’Europe, j’ai grand besoin de me refaire ; voua comprenez... et je me refais, délicieusement au reste, en prenant le thé avec lord Melbourne, charmant convive... le Marivaux des hommes d’État.
MADAME DE VITRÉ
Très-bien! Vous y dînez peut-être aussi, à votre bureau?
LA ROSERAIE
Oh ! seulement trois fois la semaine , les jours de grand cour^ rier... avec 11 Nestor des chancelleries.
MADAME DE VITRÉ
Mon Dieu, couchez-y, ce sera plus tôt faitl
LA ROSERArE.
Vous croyez rire, chère amie? eh bien ! Je vous dirai que dans ^ les circonstances graves, la veille de grandes batailles diplomatiques , par exemple , il m’arrive de passer la nuit sur un lit de camp, 'dans mon cabinet, évoquant dans ma pensée ces illustres morts, mes ancêtres : Machiavel, Bolingbroko...
MADAME DE VITRE) ayec éclat, so levant»
Ah ! c’est trop fort ! Eh bien j je vous dirai , moi , qu’à force d’évoquer Machiavel dans votre cabinet. Vous finirez par trouver Richelieu dans votre chambre!... Voilà! ' ' ' '
LA ROSERAIE, sérieux tout à coup; ü se lère «t, baissant la Toix.
Comment? qu’est-ce que c’est? Qui est-ce que vous appelez Richelieu?
MADAME DE VITRÉ, riant.
Ah! vraiment?... Un esprit comme le vôtre, où roulent sans cesse des pensées surhumaines , une tète vaste et compliquée comme une mappemonde, se préoccupe encore de certaines puérilités?...
LA ROSERAIE
■ Voyons, chère madame, ne plaisantons pas sur ce sujct-là... Je vous avoue ma faiblesse : tout pacifique (jue je sois, il y a de certaines images qui me font bondir le cœur dans la poitrine et passer un nuage de sang sur les yeux. Vous êtes mon amie... qu’y a-t-il? qui est-ce que vous appelez...
MADAME DE VITRE, riant.
Personne! Vous êtes fou !... C’est moi qui vous ai choisi votre femme; et, vous aimant comme je vous aime, je n’ai pu vous donner qu’un diamant â l’épreuve... ' ’ '
LA ROSERAIE, respirant.
Ah ! VOUS me faites du bien 1
MADAME DE VITRÉ
Mais... mais malgré toute ma confiance dans le caractère et dans les vertus de Caroline, si vous continuez à mener la belle vio que vous venez de m’esquisser, je vous donne ma parole que jo :esse de cautionner l’entreprise.
Mais sei ieusemont, ma chère amie, je ne vous comprends pas.