ACTE î, SCÈNE VI
MADAME DE VITrA.
Oui... il est balais... ça vous fait la jambe belle I
LA ROSERAIE
Ah çà ! définitivement, quelle mouche vous a piquée? Vous avez une mine toute singulière depuis que je vous ai montré cette bague.
MADAME DE VITRÉ
Moi?... Vous riez?
LA ROSERAIE
Je vous dis que vous avez l'air agité, contrarié...
MADAME DE VITRÉ
Vraiment, vous l’avez remarqué?
LA ROSERAIE
Sans doute.
MADAME DE VITRÉ
C'est étonnant! rien ne vous échappe.
LA ROSERAIE, réfléchissant.
Mais... quelle peut être la raison?...
MADAME DE VITRÉ
Non, ne cherchez pas... j’aime mieux vous la dire... quoiqu’il m’en coûte. Heml... Allons, c’est dit, j’en boirai la honte. Vous connaissez mon faible pour les bijoux?
LA ROSERAIE
Moi? non.
Eh bien, je vous l’apprends... j’ai la passion des bijoux... Celui-ci est adorable... je l’avais remarqué l’autre jour en traversant le Palais-Royal... je comptais Tacheter... et pafl je vous le vois au doigt!
LA ROSERAIE
Ahl pauvre chère amiel
MADAME DE VITRÉ
Voilà te secret de mon humeur. Est-ce assez ridicule?
LA ROSERAIE
Grand Dieu! Mais si ce n’était un cadeau de ma femme, je m’empresserais...
MADAME DE VITRÉ
Ah! bah! quelle plaisanterie! c’est un caprice. Mais je n’ai pas fini... vous ne savez pas encore ce que c’est qu’un caprice de feoune. Dites moi, Caroline ne vient pas au bal ce soir?
LA ROSERAIE
Non... elle était un peu nerveuse... pas en train. Mais qtloil vous voulez que je vous prête cette bague?
MADAME DE VITRÉ
11 a deviné!... qu’il est aimable!... Eh bien! oui; pour la soirée; après cela j’cn aurai le cœur net... je sera: contchte!
LA ROSERAIE, lui donnant la bague*
Comment donc ! elle n’en aura que plus de prix à mes yeux.
MADAME DE VITRE, se mettant la bague au doigt, et passant k droite,
k part.
Elle ne voulait pas le laisser partir je comprends mainte-
nant! (luut.) Que je suis enfant pour mon âge, hein?
LA ROSERAIE
Laissez donc... chacun a ses petites idées 1... ah çà! entronsnous? Youlez-vous mon bras?
MADAME DE VITRE, lui prenant le bras.
Soin... mais il faut absolument, mon ami, que vous me ménagiez deux minutes d’entretien avec votre ministre. J’essaierai d’enlever à brùle-pourpoint la nomination d’Albert; plus que jamais je la veux... je veux que cet enfant quitte Paris...
LA ROS>ERAIE.
Diantre ! vous n’avez pas de temps à perdre... l’ordonnance doit être signée cette nuit...
MADAME DE VITRÉ
Cette nuit?... Ah! ciel! raison de plus hâtons-nous! (xibcH
parait au fond , ayant l'air do chercher quelqu'un. )
LA ROSERAIE, a'anrdtant.
Eh ! mais, voici votre fils, voici la victime 1... Regardez-le donc, licureuse mère ! N’est-ce pas une barbarie sans nom que d’enlever cette florissante jeunesse à ses amours en fleur? Toutes ces dames vuil vous jeter la ; ierre.