‹ Peril en la demeure comedie en deux actes, en proseChapitre 14 sur 59 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Je me considère, si vous le permettez , comme le modèle des époux. . J’aime ma femme sincèrement... la fidélité du lierre! Jamais l'ombre d’une galanterie interlope... jamais...

MADAME DE VITRÉ

Eh ! qu’importe à votre femme , après tout , si vous l’oubliez, SI vous la négligez , si vous la trahissez, que ce soit pour une danseuse ou pocr lord Melbourne! sa vie en est-ello moins solitaire, son cœur moins vide, son âme moins veuve? Ah! voilà bien ce qui vous perd, vous autres, hommes sérieux J Dès que vous êtes en règle du côté de la morale , vous vous croyez à l’abri do tout reproche et de tout péril! Parce que vos passions sont honorables, vous croyez pouvoir vous y abandonner sans mesure et sans frein! Et vous ne vous apercevez pas que vous avez, sous une autre forme et sous des uoms spécieux, le pur égoïsjne du libertin!

LA ROSERAIE

Ah! je vous arrêterai ici...

MADAME DE VITRÉ

Non, vous ne m’arrêterez pas!... Comment! vous osez me dire que votre femme n’a pas de rivales, quand la politique et l’ambition vous possèdent du matin au soir, et du soir au matin ! Moi, je vous dis qu’elle aimerait mieux une franMie rivale en chair et en os... cela lui prouverait au moins que vous avez un cœur, et elle pourrait espérer en avoir sa part un jour ou l’autre! Elle souffrirait; mais elle vivrait: elle vivrait, entendez-vous? car il faut que nous vivions comme vous, mon cher ami. Nous ne sommes ni des meubles ni des plantes, je vous en avertis... Il faut que nous ressentions dans notre passage sur cette terre des émotions et des intérêts, des tristesses et des joies, tout comme vous! Vous trouvez tout cela dans votre tète, c’est très-bien! Nous le trouvons, nous, dans notre cœur ! Or, quand vous prenez une femme dans votre maison, quand vous l’enchaînez à votre foyer, pour qu'elle en soit le charme et le repos, c’est à charge de lui donner en retour cette vie ou cœur, qui est sa destinée légitime..- Et si vous la lui i-cfusez, un autre la lui donnera! Et voilà pourquoi, si vous voulez le savoir, il y a, parmi les hommes les plus éclairés et les plus distingués, tant de... tant de filles qui sont muettcsl

LA ROSERAIE, qui l’a ^cout^o Cn ijutiant.

La peste, quel esprit de corps! C’est une chose inouïe comme les femmes, qui ne cessent de se déchirer individuellement, sont toujours prêtes à se soutenir en masse ; c’est comme une bande de voleurs. nt.) Eh bien , ma chère amie , je vais vous confondre d’un mot : je ne parle pas de vos théories, qui peuvent être vraies... je parle de Caroline et de moi. Vous saurez que nous nous adorons comme au premier jour... que nous en sommes encore aux fines attentions; et que ce soir même, pour preuve, ma femme m'a fait à l’improviste un charmant cadeau.

MADAKE DE VITRÉ, Indifférente.

Bah ! quoi donc?

LA ROSERAIE

Oui... chère enfant 1 elle m’a donné une bague.

MADAME DE VITRÉ, Tirement.

Une bague?

LA ROSERAIE

Un rubis magnifique... ici présent! (niui montre u bagne.)

MADAME DE VITRÉ, aaUie.

Âh ! Dieu !

LA ROSERAIE

Quoi donc?

MADAME DE VITRÉ, d’on ton naît; 1e regardant en Cace.

Quoi? qu’est-ce que vous avez?

LA ROSERAIE

Moi? rien du tout. Je vous montre cette bague.

MADAME DE VITRÉ

Eh bien, montrez-la donc, (euo examine la bagœ.) Et c’est vctre femme qui vous l’a donnée?

LA ROSERAIE

Comme je m’habillais pour venir ce soir... Vous conviendrez que c’est assez significatif.

MADAME DE VITRÉ, soupirante

Oh! très-significatif... Pour ça!... ,

LA ROSERAIE, taisant jouer les feux de son rubie.

Remarquez qu’il est balais...

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